Les Algérois, nos cousins proches, et alliés ne rataient aucune occasion, l’été venu, pour une mémorable, virée à tamurt, le blad, disaient-ils. Ils débarquaient le plus souvent avec leur progéniture, quelques vêtements de rechange et une brassée de petits pains enfouis dans d’énormes couffins. Tourisme insolite. Sitôt arrivés les voisins vont en quête de tuzqa, de tajadit, des oliviers de leur aïeul et des figuiers de leur yemma Hebbu. Les Algérois n’annonçaient jamais leur venue. La surprise, ils le savent vaut dans l’hospitalité et la générosité paysannes, un couscous bien garni, le sacrifice du dernier et squelettique coq de la minable basse-cour. Les Algérois disent manger de tout, mais ils leur arrive trop souvent après des mielleuses supplications, d’imposer l’afuru, tigherafin, avaghrir, ahlul…des régals ponctués par des cheh, cheh de nostalgie. Le séjour des Algérois dure tout l’été jusqu’à perturber le voisinage, l’étable, les cigales. Jouant sur la fibre parentale et les liens de sang, ils se permettent tout, empruntent, se servent et promettent réparation. Au fil des jours, ils deviennent indésirables dans tamurt. On ne les invite plus, on les évite, même le vieil âne, bête de somme corvéable à merci, se rue sur leur turbulente progéniture. L’été tire à sa fin et avec lui le cataclysme. Grenadiers, figuiers, vignes, tout est saccagé. Le puits a été bombardé, les tuiles du voisin aussi. Les Algérois repartent enfin, chargés d’oignons, d’ail, d’huile d’olive, de galettes et de plantes médicinales. Ils tirent leurs balluchons avec une gêne feinte, celle du braconnier dissimulant sa prise, tamurt soufflera jusqu’à la razzia prochaine.
