L’état des routes dans la wilaya de Bouira est chaotique ! Les crevasses et autres nids de poules y sont légion.
Aucune région n’est épargnée par cette situation lamentable qui va de mal en pis, sans que les responsables de la direction des Travaux publics ne prennent les mesures adéquates afin de réhabiliter ce qui peut l’être. En effet, les exemples ne manquent pas pour illustrer cette détérioration des routes dans la wilaya. Mais à qui incombe la responsabilité de cette catastrophe ? Et bien, selon certains élus interrogés, elle incombe directement aux services de la DTP et aux entreprises qui gravitent autour. Pour s’en convaincre, un bref état des lieux suffit. Du nord au sud, d’Est en Ouest, pratiquement toutes les routes de la wilaya sont délabrées et sont victimes des piétinements des services de la DTP.
50% du réseau routier impraticable à Lakhdaria
Ainsi, dans la commune de Lakhdaria, à une quarantaine de kilomètres du chef-lieu de la wilaya, la majorité des routes sont délabrées ou, pire encore, carrément impraticables. Selon un récent rapport de la commission de l’APW, plus de 50% du réseau routier de cette commune devrait faire l’objet d’une complète rénovation. Le chemin qui mène vers le village El Hazama, à une dizaine de kilomètres du chef-lieu communal, est, en grande partie, impraticable. Les citoyens de cette localité ont, à d’innombrables reprises, interpellé les autorités à ce propos, mais sans grand résultat. D’autres localités de la commune, sont pratiquement coupées du monde du fait que leurs routes sont dans un piteux état. La commune voisine de Kadiria n’est pas en reste, puisque, toujours selon le même rapport, les différents chemins communaux et vicinaux sont dans un état de dégradation très avancée. Les villages de Ziraoua, Beggas, Ouled Benfodil et autres bourgs sont inaccessibles en voiture et les habitants sont contraints d’utiliser des mulets pour arriver chez eux. Les citoyens des communes de Maâla, Guerrouma et Boukram, se retrouvent dans le même cas et ne cessent de crier leur désarroi face à ce qu’ils qualifient d’abandon total de la part des élus et, par corrélation, des services de la DTP à qui incombe la charge de la réfection des routes. La commune de Djebahia, à une vingtaine de kilomètres à l’ouest du chef-lieu de la wilaya, est l’une des plus affectée par cette situation catastrophique. Les rapporteurs de l’APW ont mis en exergue le fait que plus 70% du réseau routier communal est dégradé. Ainsi, et notamment en période hivernale, les hameaux de Djebahia sont isolés et pratiquement inaccessibles. D’ailleurs, pour acheminer les bonbonnes de gaz butane aux citoyens qui ne sont pas encore raccordés au gaz naturel, les services de Naftal et de la DEM de Bouira éprouvent les pires difficultés à accéder à ces villages, tant l’état des routes y est infernal en certains endroits. Dans la commune d’Ain Bessam, à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de Bouira, c’est le même topo! En certains endroits, les routes ont disparu, transformées en de simples pistes où un mulet casserait ses sabots. Cette situation concerne toute la périphérie du chef-lieu communal, ainsi que d’autres quartiers tels que les lotissements « Social » et « El-Bhaïeur ». Un état de fait qui soulève moult interrogations chez les automobilistes et les piétons. Plus aucune rue ou route de la daïra d’Aïn Bessam n’échappe à cette déchéance. Plus de 40% des chemins de wilaya et communaux sont dans un état de délabrement avancé en dépit des nombreuses opérations d’entretien et de réhabilitation du réseau. Les centaines de crevasses et des glissements de terrains, signalés ici et là font désormais partie du lot quotidien des usagers de la route, qui slaloment à longueur de journée afin d’éviter les pièges du macadam. Faute d’entretien permanent et efficace de la part des responsables du secteur, les nids-de-poule se creusent de plus en plus, chaque jour. Les récentes chutes de pluie ont causé des dégâts importants, particulièrement dans la banlieue Est de la ville. Ceci relève, bien sûr, des aléas de la nature, mais il y a aussi ces fuites d’eau potable qui ruissellent à longueur de journée sur le bitume. L’exemple le plus frappant se situe au faubourg Oued Lek’hal, où les écoulements d’eau ont fait disparaître toute trace de bitume. D’autre part, le manque de civisme a atteint des proportions alarmantes. Des privés creusent partout pour effectuer divers travaux sans se soucier du reste. Cela s’explique par une certaine impunité notamment dans les quartiers Aradh-Saleh et Ahmed Ben Gharabi, où des citoyens construisent sans permis de construire ni autorisation de voirie. Le constat est amer et il est identique, que l’on se trouve dans des quartiers résidentiels ou dans les centres urbains. L’asphalte est déterré en de nombreux endroits. Les travaux de rénovation du réseau d’AEP de la ville d’Aïn Bessam qui perdurent, ne peuvent expliquer, à eux seuls, les dégâts occasionnés au réseau routier. Le manque d’entretien et l’absence de curage des avaloirs à la fin de chaque été et en début d’automne, comme cela se faisait jadis, a favorisé grandement la dégradation d’une grande partie des routes. Le délabrement dans lequel est plongé le réseau routier de la ville est devenu coutumier, particulièrement durant la saison hivernale, engendrant à chaque fois des perturbations de la circulation au niveau des grands axes routiers de la ville à la moindre averse, sans compter les accidents de la route, plus ou moins graves, qu’occasionnent les crevasses béantes. En somme, le réseau routier de la commune d’Aïn Bessam est à refaire, et ce n’est pas l’APC, avec son maigre budget, qui peut entamer ce travail. L’embellissement de la ville fait actuellement l’objet de toutes les priorités, alors que l’état des routes offre au visiteur une piètre image de la ville d’Aïn Bessam. Des routes trompeuses, qui font le cauchemar quotidien des automobilistes qui les empruntent. « Il est dramatique de faire payer des taxes au contribuable lorsqu’on voit des véhicules neufs rouler sur des pistes caillouteuses quand elles ne sont pas simplement défoncées », commente Aâmmi Achène, un habitant du quartier de l’indépendance. D’autres communes de l’Est de la wilaya, à l’exemple de M’Chedallah, Aghbalou, Ahnif et Chorfa, connaissent le même problème. À travers cet état des lieux, on se rend vite compte de l’ampleur des dégâts et des carences dans le secteur. Pourtant, des sommes colossales ont été injectées, depuis 2004, pour parfaire l’état des routes à l’échelle de la wilaya, mais le résultat fait encore défaut. Ainsi, plus de 33 milliards de dinars ont été consommés par les services de la DTP, depuis 10 ans, et près de 4 milliards viennent d’être accordés par le Premier ministre, afin de relancer ce secteur. Malgré les sommes alloués, les chiffres avancés par cette même direction sont très en deçà des attentes. Ainsi, seuls 574 kms de routes ont été réhabilités sur un total de 3000 kms, ce qui est un taux relativement faible, par rapport aux enveloppes budgétaires englouties.
Kadiria, Aïn Bessam, M’Chedallah…même topo
Dans le but d’en savoir plus sur le sujet et de situer les responsabilités de chacun, nous avons interrogé certains P/APC et autres élus, qui ont unanimement insisté sur “ la mollesse” des services de la DTP de Bouira. Ainsi, pour le maire de Djebahia, la direction des travaux publics a été alertée à plusieurs reprises concernant la dégradation des routes au niveau de sa circonscription. “ Nous avons écrit mille et une correspondances, nous avons tout fait pour prévenir les services concernés de la situation, mais en vain. Nous avons des villages qui sont entièrement coupés du monde. Nous sommes dans l’expectative la plus totale», a-t-il dit. Par la suite, il citera quelques exemples de routes qualifiées d’impraticables dans sa commune. “ Nous avons la route qui mène vers le village d’Ain El Azra, qui nécessite une remise à niveau. Idem pour celle qui conduit vers le hameau d’El Hammam et le chemin communal débouchant vers la localité de Chaâbet Lakhra. Tous ces tronçons sont délabrés. Et le pire dans tout cela est que les services de la DTP sont informés et ne bougent pas le petit doigt», a-t-il déploré. D’autres élus de Lakhdaria ont regretté “ le manque d’engagement” de la DTP de Bouira, dans les projets de réhabilitation des routes de leur commune. “ Nous sommes dans l’attente d’une commission d’expertise que nous avons réclamé il y a de cela une année. Mais à ce jour, nous sommes livrés à nous même. De plus, notre budget ne nous permet pas de rénover toutes les routes. On fait avec les moyens du bord et les centimes qu’on peut grappiller ici et là», soulignent-ils. D’autres élus de Kadiria ont jeté l’opprobre sur la DTP, en notant le fait que des dizaines de requêtes sont toujours en instances chez cette direction et qu’aucune commission n’a été dépêchée afin d’examiner l’état des routes. Pour le P/APC de Haizer, les services de la DTP “ne font pas correctement leur travail”. Ainsi, cet édile déclare ouvertement qu’au niveau de sa commune, plus de 30 kms de chemins communaux se trouvent dans un état des plus lamentables. “ On reste poings liés face à l’immobilisme de la DTP. On se contente de faire des rapports et attendre… », nous a-t-il informé. Sur un autre registre, notre interlocuteur révélera que la RN33 est en voie d’être convertie en route de wilaya, du moins en sa partie reliant la commune de Bouira à Haizer, et ce, dans le but de faciliter les travaux, notamment en matière de compétences territoriales. D’autres élus, de l’APW cette fois-ci, ont abondé dans le même sens, c’est-à-dire le travail “ approximatif” de la DTP de Bouira. Ainsi, pour M. Mani, élu MPA, le chemin de wilaya 98 reliant la commune d’Ahnif à la RN5 a été “ mal fait”. Notre interlocuteur ajoute :“ Écoutez, cette route a été réhabilitée en 2012, mais d’une manière assez étrange. Au lieu d’élargir la chaussée, ils l’ont rétrécie. On peut aisément dire que c’est du travail bâclé”. D’autres élus, à l’instar de MM. Guerfi et Bakiri, ont noté lors du dernier conseil de wilaya, que l’état des routes à travers les communes de Lakhdaria, Maâla, Ath Rached et bien d’autres, est carrément « déplorable et indigne ».
«La qualité des travaux est l’affaire de tous »
Mais les autorités de la wilaya, à leur tête le chef de l’exécutif, ne semblent visiblement pas prendre la mesure du désastre. En effet, et interrogé à ce propos, le wali de Bouira n’a pas voulu jeter l’anathème sur son DTP, mais a jeté la responsabilité sur les camions de gros tonnage qui « sont responsables de cette situation ». Pour étayer ses propos, Maaskri a cité l’exemple du CW99, reliant la commune d’El Hachimia à la localité de Hemmam K’Sana, qui est, fait-il le souligner, dans piteux état. « Ce chemin est entièrement délabré. Mais si on remarque bien, il l’est sur un seul côté celui qui conduit à la sortie, puisque les camions repartent chargés de gravier et autres matériaux », a-t-il expliqué avant d’ajouter que les « aléas du climat favorisent également la détérioration du bitume ». Ces explications sont plausibles, mais jusqu’à un certain seuil. Car certains BET et entreprises n’hésitent pas à bâcler leur travail, en l’absence de contrôle de la part de l’organisme qui en a la charge, à savoir la DTP. Ce fait avéré et irréfutable a poussé le premier responsable de la wilaya à admettre, à demi-mot, que « tout n’est pas parfait en matière de réalisations », en précisant que « la qualité des travaux est l’affaire de tous ». Cet aveu, aussi implicite soit-il, va dans le sens du constat établi par les citoyens et des élus interrogés, qui affirment que les services de la direction des Travaux publics sont défaillants.
Ramdane B. / Oussama K.

