Vous avez été dans plusieurs unités de productions aujourd’hui en Kabylie. Quel état des lieux en faites-vous ?
Amara Benyounès : Tout d’abord vous ne perdez pas de vue que Tizi-Ouzou est une wilaya qui compte soixante-sept communes. Il nous aurait fallu donc autant de jours pour les visiter toutes. Aujourd’hui avec le wali, nous avons tenu à visiter ce qu’on peut appeler le poumon industriel de la wilaya. Il y a donc l’ENIEM de Oued Aïssi, l’ENEL d’Azazga, Leader Meuble de Taboukert, l’entreprise de textile d’Aït Yahia ainsi que deux entreprises privées, à savoir celle spécialisée dans la production de portes et fenêtres en PVC de Tizi-Rached et la laiterie de Draâ Ben Khedda. Et puis il y a la visite que nous avons effectuée sur le site qui abritera très prochainement la grande zone d’industrielle de Souamaâ. Le lancement des travaux se fera incessamment et la zone s’étalera sur 372 hectares. Si on se réfère aux normes mondiales, en matière de création d’emploi, ça va aller au-delà de soixante mille emplois. C’est vous dire son importance. Dans les tous prochains jours, nous allons encore libérer, au profit de la wilaya, la zone industrielle de Tizi-Ghenif avec une superficie aussi importante. Ce sont là des amorces pour une relance certaine. Car il y a déjà des entreprises publiques qui sont en train de reprendre leur essor comme on enregistre aussi un certain dynamisme chez les entrepreneurs privés qui travaillent. C’est un bon prélude à la grande activité qui suivra dans les deux grandes zones industrielles qui vont être lancées. Comme nous allons lancer également, en partenariat avec l’administration et les assemblées locales, un plan de réaménagement de toutes les zones d’activité existantes au niveau de la wilaya, qui connaissent actuellement des problèmes, à l’image de toutes les régions du pays. Et ces derniers sont multiples, comme avoir affaire parfois à d’indus occupants, des détournements d’activité non utilisation de certaines superficies…
Justement vous mettez là le doigt sur un problème crucial. Y a-t-il une réflexion engagée pour remédier à de telles situations ?
Tout à fait, d’ailleurs pas plus loin qu’hier, un comité de travail qui s’est penché au niveau du ministère sur le foncier industriel a entériné la reprise par l’Etat de tout le foncier industriel détourné ou non utilisé. Nous comptons arriver dans quelques mois à une gestion plus rationnelle de ces zones.
Quelle appréciation faites-vous sur la rentabilité des entreprises publiques au niveau local ?
L’ENIEM fait des produits de qualité internationale. L’ENEL d’Azazga en fait de même, mais ces entreprises, comme c’est le cas dans quasiment l’ensemble des entreprises publiques pour qui l’Etat a donné pourtant beaucoup d’argent (l’Etat a mis dix Milliards de dollars dans le secteur public), n’arrivent pas à résoudre leurs problèmes qui les handicapent sérieusement dans la commercialisation de leurs produits. Il faut qu’elles parviennent à avoir une forme d’agressivité dans le bon sens du terme, sur le marché comme le font les entreprises privées ou ces autres entités spécialisées dans l’importation. On voit en effet les privés se battre plus pour acquérir des parts de marché.
Vous parlez de la future zone industrielle de Souamaâ. A quand le lancement du projet ?
Je l’ai dit précédemment, les travaux seront lancés très prochainement. C’est un groupe algéro-espagnol qui a eu le marché. D’après la directrice générale de l’ANIREF, c’est l’une des plus grandes entreprises au monde qui sera chargée de bâtir cette zone aux normes mondiales en matières d’aménagement et d’assainissement… Il y a aussi celle prévue au sud dans la région de Tizi-Ghenif.
Beaucoup se dit sur les lenteurs administratives et la bureaucratie qui entravent l’investissement dans la wilaya. Quel commentaire en faites-vous ?
Concernant le climat des affaires à Tizi-Ouzou, sachez qu’il n’est pas plus mauvais qu’à Oran ou à Constantine. Il est problématique à travers tout le territoire national. Le Premier ministre l’a dit à plusieurs reprises, l’Algérie a un problème de bureaucratie, de beaucoup d’entraves à l’investissement. L’Algérie est d’ailleurs classée dans une position peu reluisante au plan mondial. C’est à juste titre d’ailleurs que nous avons installé un comité au niveau du ministère pour travailler avec des experts, pour justement améliorer ce climat des affaires. Ceci dit, beaucoup de choses ont été déjà faites, mais il en reste encore beaucoup à faire et nous en sommes conscients. Pour Tizi-Ouzou, je suis personnellement convaincu que le problème numéro un pour l’investissement c’est le foncier. Avec les deux nouvelles zones à lancer, je suis sûr que la wilaya connaîtra un grand essor industriel.
Le problème d’insécurité se pose toujours. Un commerçant est d’ailleurs actuellement en captivité. C’est là une situation qui n’est pas pour rassurer les industriels et autreshommes d’affaires…
Tout d’abord je le dis, il faut absolument que Amirouche (la victime) soit libéré sain et sauf, le plus vite possible. Maintenant, pour en revenir au problème de sécurité dans la wilaya, l’Etat fait de son mieux pour améliorer la situation et je peux dire que celle-ci s’est nettement améliorée. Maintenant il est vrai qu’il reste encore quelques poches où se manifeste de temps à autre une certaine activité terroriste, et l’Etat ne reste pas les bras croisés. Sauf que c’est là un travail et une mobilisation qui portent leurs fruits sur un certain temps. Et l’Etat arrivera certainement à éradiquer ce fléau de la wilaya de Tizi-Ouzou.
Ne pensez-vous pas que les entreprises publique locales lancées il y a des dizaines d’années sont dépassées et que leur survie reste tributaire d’une réhabilitation ?
L’Etat ne peut pas tout faire en matière d’investissement économique, encore moins dans le domaine industriel. Les grandes entreprises qui existent dans la wilaya sont des entreprises qui datent certes des années soixante-dix et quatre-vingts. Mais elles restent très compétitives et performantes en matière de production. Cela dit, il faut que les gens comprennent que le secteur privé doit retrouver une place importante dans l’économie nationale. Nous au gouvernement, nous disons que nous ne faisons plus de différence entre le secteur privé et le secteur public. Car ce dernier ne peut pas employer tout le monde, comme il ne peut être une solution pour tous les problèmes. Le secteur privé doit s’impliquer et l’Etat sera là pour l’aider à s’épanouir et à s’imposer dans l’échiquier de l’économie nationale.
Pour finir, y a-t-il un plan spécial pour relancer l’activité économique en Kabylie ?
Sachez que la wilaya de Tizi-Ouzou est la seule wilaya du pays qui a bénéficié de deux zones d’activité. C’est vous dire l’attention qu’accorde l’Etat pour relancer l’économie, particulièrement l’industrie, dans la région. Maintenant, c’est vrai qu’il y a des investisseurs qui ont fui la wilaya par le passé mais avec les efforts consentis par l’Etat, notamment le futur lancement de ces deux zones, la région sera apte à accueillir des investisseurs locaux comme ceux d’autres wilayas, dans un proche avenir. Les données changeront, je suis convaincu, en mieux.
Propos recueillis par Djaffar C.

