Akbou : Les habitants de ce bidonville vivotent dans des conditions lamentables – Piton ou le pic de la misère

Le quotidien des 26 familles habitant le bidonville dit ‘’Piton », dans la commune d’Akbou, est des moins enviables.

En 2007, ce sont 53 familles qui ont été recensées par les services de l’urbanisme d’Akbou. Seules 43 ont été recasées, l’année dernière, au niveau de la localité de Bouzeroual. Toutefois, l’opération de recasement ne fut pas suivie de démolition, car plusieurs personnes n’ont pas voulu rejoindre leurs familles et y sont restées. « Je suis marié et père de famille. Un appartement de type F2 ne pouvait tous nous contenir. C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de rester dans notre gourbis en attendant mon tour d’être relogé », nous explique Mourad. En voyant sa petite fille âgée de six ans sortir dudit gourbi et venir nous rejoindre, Mourad nous apprendra qu’il sera bientôt père d’une deuxième fille : « Et je ne souhaite pas qu’elle grandisse dans ce gourbis », souhaitera-t-il. Les autorités sont donc loin d’en avoir fini avec le problème de ce bidonville. Pourtant, lors des différents blocages de la RN26, par les résidents, le chef daïra, Si Nacer Derradji, ainsi que M. Temmam, vice-P/APC chargé des affaires sociales et des activités sportives à l’APC d’Akbou, nous avaient affirmé que le plan d’éradication de ce bidonville était achevé. Et à en croire les habitants, hormis le dernier recensement effectué en octobre dernier, aucune suite n’a été donnée. Quand nous sommes arrivés sur les lieux, c’est Mourad, notre interlocuteur, qui nous avait accueillis, en compagnie d’un autre résident. Ils descendaient de la petite colline qui surplombe le bidonville. « Soyez les bienvenus chez nous ! », dira-t-il, avec un sourire qui cachait mal sa profonde tristesse. En leur compagnie, nous nous sommes dirigés vers un endroit faisant office de Thajmaâth (lieu traditionnel pour le rassemblement des villageois), pour lequel l’enchevêtrement des branches d’un olivier fait office d’une toiture. « C’est ici que nous tenons nos réunions, notamment les membres du comité que nous avons créé pour nous faire entendre », explique Mourad. Un certain nombre de villageois, des jeunes pour la plupart, saisiront notre présence sur les lieux pour nous faire part de leurs préoccupations. « Nous sommes tous des nouveaux mariés. Nous vivons une véritable misère au quotidien », lâchent-ils d’une seule voix. Ils nous expliqueront leur décision de rester sur les lieux : « Certains disent que nous ne voulions juste pas accompagner nos familles. Mais au nom de Dieu, comment peut-on vivre dans un appartement de deux pièces avec une famille de 07 membres ! » s’exclame Ouaraz Mnd Oumeziane, un jeune habitant les lieux. « Nous sommes nés dans ces gourbis et n’avons pas choisi d’y vivre. Aujourd’hui, nous demandons juste un toit décent pour nos enfants », ajoutera un autre jeune résident. Selon des habitants, la société de distribution de l’électricité d’Akbou a refusé de raccorder ces gourbis au réseau électrique, mais elle a toléré des branchements à partir d’une ligne souterraine. « Un simple accident peut causer l’irréparable », diront-ils. Ils nous confieront également leurs craintes quant aux récurrentes chutes de pierres qui les menacent au quotidien. Celles-ci sont provoquées par les explosifs utilisés dans la mine voisine.

«Vous n’êtes pas Akbouciens !»

Situé au pied d’un mont, fierté de toute la vallée de la Soummam, le quartier Piton n’est en fait qu’un ensemble de baraques. « Lors d’une réunion avec les responsables locaux, le maire d’Akbou, parlant de notre cas, a déclaré qu’il devait d’abord consulter les Akbouciens avant de nous inscrire dans le fichier national, afin que nous bénéficiions du logement social! », nous rapporte, d’une voix amère, Ouaraz. Il ajoutera : « Nous ne comprenons pas pourquoi l’on nous dénie notre appartenance à cette commune !! ». Et pourtant, ces citoyens ont eu droit à des certificats de résidence délivrés par la mairie d’Akbou. Notre interlocuteur précisera : « Nous avons des cartes d’identité nationales qui mentionnent clairement que nous habitons Akbou ». Les 26 familles  résidant encore à la cité Piton sont originaires, selon des témoignages, des localités issues des montagnes limitrophes de la vallée. D’ailleurs, on y trouvera des familles issues de Boutouab, d’Ath Yenni et d’Ighil Ali. « Mon père a été obligé de quitter notre village à cause de la misère et de la précarité. Il n’y avait ni école, ni infrastructure ni rien », témoigne l’un des habitants, originaire d’Ighil Ali. Lui emboitant le pas, d’autres  évoqueront le même parcours.

Menad Chalal