Les principales places de change parallèle qui collectent la devise européenne pour les barons de l’import-import enregistrent depuis la mi-novembre une forte dépréciation du cours de l’euro par rapport à la monnaie nationale. Sur les deux grands marchés du chef-lieu de wilaya, sur la forte place d’Akbou sise prés de la poste, ou chez les nombreux banquiers parallèles de Tazmalt, la monnaie européenne ne dépasse guère 105 dinars l’unité alors qu’elle s’échangeait à 125 DA au début de l’été. Les banques publiques et les bureaux de change officiels offrent 82 DA pour un euro ; la différence de valeur remarquée, entre le marché officiel et le parallèle, traduit l’attractivité et la souplesse des transaction du trabendo comparativement à la lourdeur bureaucratique qui caractérise le secteur bancaire national incapable de capter cette manne en devise qui circule sans trace sur des réseaux bien rodés, pour alimenter une partie de l’économie parallèle. « L’euro baissera encore, parce qu’il n’y a plus de demande pour cette monnaie comme auparavant. La durcissement de la législation européenne a réduit la circulation des personnes et le commerce du cabas, principal demandeur de monnaie liquide, est frappé de plein fouet notamment les réseaux qui activent vers l’Italie et la Turque. On peut dire aussi que des importateurs qui ont accès ou change officiel auprès des banques publiques ont investi le marché du vêtement, du parfum et du gadget autrefois accaparé par des groupes de jeunes financés par des commerçants occultes » Explique Saïd M. acheteur de devise à la criée. L’invasion du marché national par le produit chinois a réduit à néant le « commerce du cabas » qui alimentait les boutique spécialisées en gadgets, vêtements de fausse marque et autres produits cosmétiques. Les nombreux jeunes, porteurs de valises pour les barons du trabendo, entre Alger et les capitales européennes se sont recyclés dans le produit chinois importé légalement par conteneurs entiers en ouvrant des boutiques ou en activant sur les marchés hebdomadaires.
Euros et produits chinois Notre interlocuteur ne veut pas s’aventurer dans une explication des rapports tissés entre le système bancaire et le marché parallèle, il se contente d’une analyse sommaire sur le changement de la nature des besoins financés en euros. « Le change parallèle est complémentaire du système bancaire qui manque de souplesse. Les importateurs ont toujours besoin de liquide, d’une petite trésorerie, une caisse noire pour payer les commissions, le courtage, les frais de séjours, de déplacements et autres servitudes imposées par la concurrence, comme les pots de vin et autres bakchichs institués par les échanges internationaux ». Nous sommes en fin d’année, le commerce est au ralenti. C’est le temps des bilans. Il faudra attendre février pour voir l’euro s’envoler à nouveau. Les spéculateurs agissent en ce moment dans le sens de la baisse, pour avoir un prix plancher acceptable au moment de la relance. Saïd M., dissimulant mal un sentiment de culpabilité, ajoute : « L’offre est toujours la même, elle varie peu. La Kabylie est le bassin privilégié de collecte de l’euro. Les pensions des retraités et des veuves de retraités de France, les mandats des derniers émigrés actifs constituent la principale source de devises. Le chèque a tendance à remplacer le liquide pour les grosses sommes. Le fonctionnement du marché est des plus simples. Nous enregistrons d’abord la demande qui est illimitée sans chercher à savoir à qui elle profite ni pourquoi elle est destinée et nous déployons toutes les astuces possibles pour capter l’offre. Nous sommes des intermédiaires qui travaillons contre une commission qui ne dépasse pas 10 DA pour un euro. Durant le mois de novembre, nous avions une demande à la côte de 115 DA, nous proposions aux vendeurs 110, notre commission ne dépasse pas 5 DA. Depuis le début de décembre, l’euro est à 105, la chute continue ». Durant tout l’été, la demande en dinars suscitée par l’arrivée de nombreux émigrés avait inversé la tendance du marché. L’euro s’est mis à baisser depuis juin où il avait atteint la hauteur de 120 DA. Aucun phénomène nouveau n’est venu changer la donne, même le pèlerinage à la Mecque n’a pu revigorer la demande locale en euros. Les étudiants en partance vers l’Europe se font de plus en plus rares, les visas délivrés au compte goutte et l’arrivée de l’hiver qui raréfie les voyages, ajoutent à la morosité du change parallèle où activent des centaines de spécialistes qui blanchissent l’argent du trabendo en soustrayant au système bancaire national une manne substantielle.
R. Oulebsir
…Et dégringole au centre-ville
l Les places publiques de Bgayet qui abritent le marché informel de la devise européenne affichent grise mine. L’affluence dans ces bourses parallèles a nettement marqué le pas. Les cambistes, gagnés par le doute musardent en rasant les murs, n’hésitant pas à bichonner le premier supposé client qui se profile à l’horizon. La réduction, à sa portion congrue, du volume des transactions a laminé leurs dividendes, quoique les marges bénéficiaires n’ont pas évolué. C’est que la décrue de l’euro, amorcée l’été dernier et qui se poursuit inexorablement, a plongé le marché dans l’incertitude et la fébrilité. La devise européenne a dévissé de nombreux points, passant de 112 DA en juillet dernier à 103 DA/1¤ début décembre (le taux officiel est de 1¤=86,51 DA). Les détenteurs de l’euro, perdant au change, préfèrent garder leur bas-de-laine, dans l’espoir d’une reprise des cours. De l’avis de certains initiés, la dégringolade de l’euro n’est pas près de s’arrêter et l’avenir immédiat du marché est voué à la morosité.
Nacer Maouche
