Campagne électorale pour la présidentielle du 17 avril – Il faut savoir raison garder

Les gorges déployées et les hauts parleurs diffusant un excès de décibels nous font renouer, depuis avant-hier, avec les grands jours des joutes électorales, telles que l’Algérien en a connus, y compris dans les moments chauds du terrorisme, au milieu des années 1990. Si les Algériens ont vécu à un certain moment une sorte de « harcèlement » électoral, où il y eut des hauts et des bas en matière de représentation politique, aussi bien au niveau des assemblées locales que de l’APN, aujourd’hui, les citoyens sont appelés à une élection présidentielle qui coïncide avec un contexte interne et régional bien particuliers. Jamais, sans doute, l’Algérie n’a connu autant d’intérêt accordé à une élection. Quelle que soit sa forme d’expression, par la participation ou le boycott, cet intérêt est partout perceptible. Les nouveaux médias télévisuels, de statut privé ont certainement joué un rôle majeur dans l’alimentation quotidienne de ce suspens électoral. Il y a bien eu une campagne électorale avant celle qui a débuté hier. Le passage d’une centaine de candidats à la candidature aux six candidats officiellement retenus par le Conseil constitutionnel ne s’est pas fait seulement par un simple filtre administratif. Il y a eu un accompagnement assourdissant de caméras et de micros jusqu’à frôler l’overdose. Même s’il y eut un peu de fantaisie et beaucoup de spectacles d’aspect ludique, la précampagne a au moins eu le mérite de faire sortir les Algériens de la pensée unique et du discours de langue de bois qui jure toujours de triompher de la raison et de l’esprit de différence. La multiplicité des tonalités et des pensées, la grande variété des positions et des attitudes politiques, le bariolage de la rue aux couleurs des candidats et des opposants aux élections et, enfin, l’arrivée sur la scène politique d’hommes de la génération de l’Indépendance, confèrent immanquablement une autre saveur à ce scrutin et à la campagne électoral qui l’anime. L’unanimisme de façade, par lequel ont été longtemps gérées les affaires publiques du pays, n’a plus cours. Le rejet de la fraude électorale, à commencer par l’acte de participation aux élections, n’a sans doute jamais bénéficié d’une telle unanimité. Dans une situation aussi bariolée, aussi diversifiée et animée, le challenge des six candidats prend une allure quasi homérique. Celui qui aura convaincu le plus de monde, celui qui aura emporté une adhésion plus forte, aura été sans doute, miraculeusement bien servi par sa campagne bien menée ou par son bilan qui parle pour lui. Une chose est sûre: nonobstant les lieux communs qui prédisent un résultat tranché d’avance, le choix des urnes n’est plus aussi aisé que celui des années ou des décennies précédentes. Dans ce contexte, dire, comme l’a affirmé d’une façon sans doute distraite Abdelmalek Sellal, que Bouteflika n’a pas besoin de campagne électorale, est non seulement sujet à caution, mais est également un argument contreproductif. Tout le monde doit livrer campagne. Une campagne où il est attendu le maximum d’arguments et de sagesse. Cette dernière qualité est des plus sollicitées dans le contexte de tension sociale interne et de crise régionale qui entoure presque entièrement l’Algérie. Personne ne gagnera à ce qu’il y ait un dérapage, verbal soit-il ou de toutes autres natures.

A. N. M.