L’urgent… et l’horizon 2007

Maintenant que la Kabylie a pris la voie de la vie normale, des institutions sont élues, le scrutin s’est déroulé dans des conditions saines, ni empêchement, ni agression, ni urnes incendiées et surtout beaucoup de légitimité, en dépit du fort taux d’abstention et que les partis concernés par la gouvernance locale, sont les FFS, FLN, RND, RCD, PT et les Indépendants, allons-nous voir nos élus à différents niveaux, s’occuper des questions cardinales posées par nos concitoyens, et les chantiers qui touchent au quotidien des populations seront-ils lancés ? Des communes entières vivent le calvaire depuis des décennies en matière d’alimentation en eau potable, en énergie électrique, en gaz butane et naturel, des localités entières sont à désenclaver. Les communes de Boudjima, Ouacifs, Zekri, Yakouren, Yataffen, Iflissen, d’autres dans la Kabylie du Sud à Boghni et Draâ El Mizan ont besoin en urgence de solutions à des difficultés vieilles comme le monde, et qui n’exigent ni ordonnance ministérielle ou gouvernementale, car relevant seulement de la bonne volonté d’un maire, d’une bonne coordination entre l’élu et les comités de villages, ainsi que le mouvement associatif. Le mandat de proximité en cours, bien que durant 18 mois, donnera la possibilité et la force d’agir dans le sens des attentes des populations. Certains maires ont prouvé par le passé que, par le dévouement et la persévérance provoquaient des déclics de changements qualitatifs de la cité, ce qui leur a valu d’ailleurs le renouvellement de la confiance par les populations et leurs tutelles politiques. Il serait aventureux et hasardeux de voir nos assemblées quelle que soit la couleur politique, se livrer à une gestion sectaire ou politicienne de la municipalité. Les élections du 24 novembre avec seulement 30% de participation, peuvent être considérées comme une première amorce insuffisante à une reprise en main des affaires publiques. De toute évidence, la participation et l’entrée en ligne de compte des partis politiques, n’est pas la preuve suffisante d’une volonté à répondre aux aspirations des populations. L’autre évidence dans la région est le retour quasi certain de la grosse cylindrée qu’est le FLN, aux côtés du FFS, qui reste un parti incontournable dans la matrice politique locale. Tous les calculs des appareils, en prenant part aux joutes passées, ont en perspectives, certaines considérations qui se rapportent à l’horizon 2007. En ce sens, les locataires de toutes les assemblées, et qui sont majoritairement partisans, risquent de se détacher de l’intérêt et de la mission naturelle qui leur est dévolue pour s’intéresser exclusivement aux objectifs politiques partisans, dont la négociation politique pour l’échéance 2007 commence dès à présent. Bien que la prise en charge des préoccupation citoyennes ne soit pas antinomique avec les assurances politiques partisanes, l’expérience des 15 années passées n’a pas livré un tel cas de figure, si ce n’est des tiraillements répétés et des impasses délibèrement crées, aux dépens des citoyens. L’illustration en a été, les intempéries de 2004, qui ont vu 1200 villages de la wilaya de Tizi Ouzou coupés du reste du monde, et rares étaient les élus rencontrés sur le terrain. Lors du dernier scrutin, la mémoire collective n’a effacé ni les bonnes, ni les mauvaises choses, et le vote-sanction a prévalu. La première attente des futures assemblées, est de voir la cohésion réussir, surtout que plus de 44 mairies vivront une cohabitation politique entre plusieurs partis politiques. Eviter les situations de blocage, aux fins de pouvoir délibérer, est la condition à satisfaire par le dépassement de clivage et l’abandon des étroitesses partisanes. La présence dans les exécutifs des élus FLN et RND, ainsi que certaines municipalités sous leur coupe, donne de l’espoir aux populations de voir la multiplication de projets et le déblocage de budgets. Le même état des lieux est reproduit au niveau de l’APW de Tizi Ouzou, l’alliance scellée entre le FFS, le PT, le FLN, le RND est un fait salutaire pour la région, bien qu’il soit inédit. Les impératifs de développement socio-économique exigent un large consensus, surtout que les partis RND et FLN disposent d’un filon assez fort au niveau de l’administration centrale. La présidence de l’APW revient au FFS, avec une domination toujours du FFS au niveau des APC. A ce niveau, le FFS a tout intérêt à charger ses batteries pour régler des problèmes car à la fin du mandat il lui reviendra d’en donner le bilan. C’est à la fois pour le FFS une victoire d’avoir glané le maximum de sièges, bien que en net recul par rapport aux scrutins antérieurs, mais aussi il sera poussé jusqu’aux derniers retranchements et devra convaincre l’opinion s’il veut protéger ses chances pour 2007. La nouveauté dans cette APW, hormis les élus du RCD, la cohésion et le rapprochement des différents partis, ont décomplexé par la force des choses l’acte de composer avec des forces qu’on a l’habitude de vilipender. L’intérêt du développement de la région semble être partagé par tous à l’exception de ceux qui s’alimentent d’une Kabylie chaotique.

Khaled Zahem