Ali Benflis réitère sa menace en cas de fraude – « Je ne rentrerai pas chez moi ! »

A quarante huit heures du scrutin présidentiel, le candidat Ali Benflis a animé une conférence de presse en son QG de campagne à Ben Aknoun, afin de dresser le bilan de ces trois semaines passées à tenter de convaincre les Algériens. Aussi, a-t-il profité de la présence d’un nombre impressionnant de représentants de médias, nationaux et étrangers, pour prévenir contre toute tentative de détourner la volonté du peuple. Car, si tel est le cas, l’ex- chef du gouvernement a fait le serment de ne pas se taire. Pour lui, «s’il y a fraude (…), nous serons dans une situation de légitime défense». Dans sa déclaration laminaire, Ali Benflis a évoqué la densité et l’ampleur de la campagne électorale qu’il lui a été donné de conduire durant trois semaines. Etape à l’issue de laquelle, il se serait rendu dans 48 wilayas, tenu 105 meetings de proximité au niveau des daïras et communes et parcouru quelques 6 700 kilomètres et presque 100 heures de vol. Un périple à travers le pays qui lui aurait permis de constater de visu le calme, la quiétude et, surtout, l’enthousiasme populaire qui auraient marqué toutes ses rencontres avec les citoyens. Toute cette comptabilité ne pouvait se terminer sans lancer une petite fléchette à l’endroit des représentants du candidat Abdelaziz Bouteflika qui, selon lui, «peinaient à remplir les salles ». « Je suis fier et confiant au vu de cette adhésion, franche et massive, que mon projet politique a suscité au sein de notre jeunesse », a indiqué Ali Benflis, devant un parterre de journalistes dont la plupart avaient, surtout, besoin de savoir ce qu’il adviendrait au cas où la fraude venait à être établie. A cette question, le candidat a été prolixe en affirmant : « J’ai été personnellement victime des ravages de la fraude, sur laquelle le pouvoir en place s’appuie pour assurer sa pérennité et sa mainmise sur les richesses du pays. C’est pour cette raison que la fraude est devenue, pour moi, un ennemi et c’est pour cette raison que je la dénonce et que je la combats. La fraude est immorale, elle dégrade et déshonore tous ceux qui y ont recours », a clairement fait savoir Ali Benflis, avant d’ajouter que « cette fois, s’il s’avère que la fraude est au rendez vous de ce scrutin présidentiel, je vous donne ma parole que je ne me tairais pas ! »

« 60 000 observateurs seront là pour empêcher la fraude »

Prié de dévoiler la nature de cette attitude face à la fraude, Ali Benflis a été on ne peut plus clair: «Nous serons présents en force, du commencement de l’opération à la remise des procès-verbaux, grâce à 60. 000 observateurs qui ont suivi une formation pour le jour du scrutin. S’il y a fraude, ces soutiens ne se tairont pas. C’est une sorte de légitime défense », a-t-il déclaré. Et d’ajouter : « Le 17 avril, nous serons en mesure de donner une estimation sur la participation. Si le régime décide de faire entrer l’Algérie dans une crise politique permanente, qu’il en assume la responsabilité. Je ne rentrerai pas chez moi. Nous resterons sur le terrain pour faire front jusqu’à ce que des élections anticipées soient organisées ».

« Le contexte de 2004 n’est pas celui d’aujourd’hui »

Pourtant, lui rappelle une journaliste d’un organe d’outre- mer, « lors de la présidentielle de 2004, Bouteflika avait été réélu avec 84,99% des suffrages, suivi par vous-même, avec 6,42%. Juste après, vous aviez dénoncé une mascarade électorale et vos partisans avaient tenté une manifestation nocturne à Alger, avant d’être vite dispersés par la police ». Pour toute réponse, Ali Benflis a fait savoir que les « choses ont changé depuis, et je peux vous assurer que le contexte de l’époque n’est pas celui d’aujourd’hui », a-t-il répondu avant d’inviter la journaliste à faire son propre constat, en l’invitant à aller sur les réseaux sociaux, pour être édifiée sur l’état d’esprit des jeunes. « N’est-ce pas cette jeunesse qui a tenu à dire toute son indignation à voir le candidat sortant se plaindre d’un autre candidat (Benflis, Ndlr) devant un ministre étranger ? », a –t-il fait savoir pour faire avancer l’idée que la jeunesse d’aujourd’hui dispose de beaucoup d’atouts pour crier sa colère, et plus, si la fraude venait être généralisée le 17 avril.

Ferhat Zafane