Les éleveurs dans la tourmente

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Les éleveurs de la wilaya de Tizi-Ouzou risquent de perdre gros sur le marché en raison de la chute brutale des prix du bétail. 

En effet, l’envolée spectaculaire des prix du foin et forages, ces dernières semaines, en est la principale raison de cette dépréciation. 

Vendu entre 850 et 900 DA la botte, le foin qui prend ainsi une ascension de valeur, ces dernières semaines, tend à désarçonner le marché du bétail qui, lui, perd de grandes valeurs, puisque les pertes se situent entre 5 et 15 millions de centimes sur une tête vendue, a-t-on  appris, hier, auprès de M. Mouloud Amyis, président de l’association des éleveurs de la commune de Timizart. « La botte de foin se négocie, en ce moment même à Mascara, entre 600 et 700 dinars, mais les grossistes ne veulent pas négocier en dessous de cette barre qu’ils avaient fixé depuis la semaine dernière », nous a confié hier, Mouloud Amyis que nous avons joint par téléphone pendant qu’il se trouvait dans les wilayas de l’Ouest, pour négocier l’achat d’une quantité de foin et de paille. Ce week-end, la botte de foin, destinée à l’alimentation du bétail, a été cédée, dans les localités de Fréha et de Timizart, à 800 dinars, pendant que la botte de paille, servant de couchage aux animaux, est vendue entre 400 et 420 dinars, selon les éleveurs. La faible pluviométrie enregistrée, cette année, sur l’ensemble du territoire national, a engendré de faibles rendements des forages cette saison, notamment les primaires devant être fauchés au printemps pour alimenter les vaches laitières entre autres, a contraint les éleveurs à se rabattre sur le foin séché acheminé des wilayas de l’Ouest du pays, notamment Mascara, Tiaret et Ain Defla. « Dans ces wilayas, l’offre est très faible face à la forte demande, comparativement aux années précédentes », nous informa, également, M. Amyis. Celui-ci qui dit s’être déplacé dans ces wilayas depuis le week-end dernier, en vu de s’approvisionner à la source et en grandes quantités, paraissait déçu des prix qui lui sont proposés sur place. « Ils ne veulent même pas négocier. Déjà que les stocks sont relativement épuisés, les grossistes tendent à afficher d’autres prix supérieurs à ceux de la semaine écoulée. Il y a fort risque de négocier une botte de foin à 950 dinars ici même à Mascara », dira encore le président de l’association des éleveurs. Comme conséquences à cette dérégulation du marché de forages asséchés, le marché du bétail, lui aussi, subit une dépréciation avec de graves conséquences sur les éleveurs. « La vache laitière qui se négociait, il y a quelques jours à 400.000 dinars, a été vendue, ce week-end, à 250.000 dinars. Sa valeur a déprécié de presque la moitié et cela n’est pas sans graves conséquences sur les éleveurs qui se voient entrain de brader leurs efforts », regrette Mouloud Amyis. Celui-ci souligne également qu’un taurillon d’une valeur moyenne de 20 millions de centimes a été vendu, le week-end dernier également, à 15 millions de centimes, pendant que le veau a été « totalement bradé à 5 millions de centimes alors qu’il en coûtait le double auparavant ». 

La viande sera plus chère ?

A ce rythme de « la bourse » de bétail, la viande rouge « risque de connaître une courbe ascendante à la faveur de la baisse de la production », soutient Mouloud Amyis. Pour le président de l’association des éleveurs, « tant le prix du bétail baisse à cause des difficultés à le nourrir, la viande, par contre, prend le chemin inverse en s’affichant à la hausse ». « Ce raisonnement, même s’il paraît aux antipodes de la règle du marché a toutes les chances d’être appliqué par les éleveurs qui ne céderont leurs élevages qu’au prix fort, étant l’offre sera réduite », explique notre interlocuteur. Celui-ci souligne que les éleveurs de sa région ont décédé momentanément de réduire le nombre de têtes dans leurs étables à cause de l’envolée des prix de l’aliment. « Lorsque nous achetons le quintal d’aliment à 3 600 dinars, et la botte de foin à 800 ou 900 dinars, nous n’avons d’autres solutions que de réduire le nombre de bêtes dans nos étables, ce qui créera une baisse de l’offre dans les jours à venir. Voilà pourquoi le consommateur devra, ensuite, payer le prix de la viande plus cher qu’il en est actuellement », tente d’expliquer, encore, M. Amyis. Cette explication a été néanmoins, balayée par M. Boussad Boulariah, directeur de l’agriculture de la wilaya. Contacté à ce sujet, le DSA relativise la situation qu’il qualifie, d’ailleurs, de « normale » et « d’habituelle » en ces jours d’avant la saison de fauchage. « Si les prix du foin ont atteint ces prix, c’est parce qu’on épuise de ce qui reste des stockes de la saison écoulée », a expliqué M. Boulariah au sujet de la baisse de l’offre et l’envolée, systématique, des prix. Assurant du bon rendement des forages, cette année, dans la wilaya de Tizi-ouzou, le DSA temporise et assure que le début de la saison du fauchage est pour la fin mai en cours. « Dés que les agriculteurs entameront les opérations de fauchage à partir du 15 mai, les prix vont connaître une baisse de tension progressive, et les bétails seront négociés à leurs justes valeurs. Voilà pourquoi je suis convaincu que le prix de la viande ne sera pas plus cher qu’actuellement », dira encore le directeur des services agricoles de Tizi-Ouzou.                          

 M.A.T  

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