Ayant pour objectif d’analyser le parcours du journaliste, de l’éditeur, du diplomate et de l’historien, un colloque sur Mohand Cherif Sahli a été organisé jeudi dernier, par le groupe d’études sur l’histoire des mathématiques à Bougie médiévale (GEHIMAB), à la salle de cinéma de Sidi Aïch, ville natale de ce grand homme.
Intervenant à l’ouverture des travaux de ce colloque, le professeur Djamil Aissani, président de l’association GEHIMAB et enseignant à l’université de Bejaia, a souligné qu’ « il ne s’agissait pas de rendre hommage ou de réhabiliter Mohand Cherif Sahli, mais de remettre les pendules à l’heure parce que ce n’est pas normal que 25 ans après sa disparition, aucune institution scientifique, université ou centre de recherche n’a pensé à analyser ses œuvres. Il a fallu attendre que la ville de Sidi-Aïch lance cette initiative, alors que le message de Jugurtha, de l’Emir Abdelkader, le chevalier de la foi, tout comme l’œuvre de décolonisation de l’histoire sont des sujets d’actualité. » L’ancien chef de gouvernement Rédha Malek, a estimé quant à lui, que ce colloque constitue « un encouragement aux intellectuels qui ont joué un rôle d’avant-garde dans le combat libérateur du pays ». Selon lui, Mohand Cherif Sahli, « est le 1er grand personnage de la critique de l’histoire et de la pensée », en rappelant que cet homme n’a pas cessé un moment de penser à son peuple auquel il s’identifie. « Il a réfléchi sur ses racines et ses origines. Il est remonté jusqu’à l’antiquité pour retrouver et faire connaître l’histoire de son peuple, à travers ce grand héros, une figure de proue comme Jugurtha. Retrouver l’identité nationale de l’Algérie, faire connaître le peuple numide et ses héros avant Jugurtha, retrouver la personnalité de l’Algérie, l’histoire de l’Algérie dans sa continuité et son unité ; pas d’autre vie que celle de l’Algérie, pas d’autre destin que celui de l’Algérie, sont les trois messages de M. C. Sahli », a soutenu Rédha Malek. Pour Me Ali Haroun, ancien membre du Haut Comité d’Etat (HCE), « le nom de Mohand Cherif Sahli constitue un pas important dans l’écriture de notre histoire », en faisant remarquer que des Algériens ont combattu les armes à la main, mais d’autres l’avaient fait autrement. Se voulant plus précis, le conférencier a précisé que les œuvres de Mohand Cherif Sahli témoignent de son combat. « Evoquer M. C. Sahli pas comme un militant du FLN et de la cause nationale, mais comme acteur de la révolution, en portant la parole de l’Algérie à l’étranger. Son œuvre ‘’L’Emir Abdelkader, chevalier de la foi’’, atteste de l’engagement de l’homme, car avec la foi, on peut tout réussir, par notre foi et notre courage, on construira l’Algérie de demain », a-t-il insisté. Le directeur général du protocole au ministère des affaires étrangères, Fouad Bouattoura, a rappelé au cours de sa brève allocution, que « toutes ces valeurs morales, décrites par M. C. Sahli dans le même ouvrage dédié à l’Emir Abdelkader, chevalier de la foi, il tenait durant toute sa vie à les appliquer à sa propre personne ». D’autres personnalités ont eu également à apporter des témoignages poignants sur la personne et l’œuvre de M. C. Sahli, lors de ce colloque. L’on citera, entre autres, le Dr Cheikh Bouamrane, Abdelmadjid Chikhi, Mohamed Boutaleb et Settar Ouatmani de l’Université de Bejaia. Ce dernier dressera lors de son intervention un portrait de l’historien que fut Mohand Cherif Sahli: « On doit évoquer les témoignages de certains historiens et militants du mouvement national, à l’image de l’historien Mohamed Harbi, spécialiste de l’histoire algérienne, qui rapporte dans son témoignage, qu’à la fin des années 40, à la sortie du livre ‘’Le message de Jugurtha’’, la direction du MTLD et Messali Hadj lui ont demandé de faire très attention à lui, pour le motif qu’il était accusé indirectement de véhiculer des thèses berbéristes. Ils l’accusèrent même d’avoir un relent d’anti-arabisme. Il y a un autre témoignage de Mabrouk Belhocine, un militant du mouvement national, qui va dans le même sens. La direction du parti aurait, selon toujours le même témoignage, saboté la sortie du livre « Le Message de Jugurtha », parce qu’elle l’accusait de véhiculer des thèses berbéristes. Il faut dire qu’à l’époque, il y avait beaucoup de doute sur ce qu’on appelle le complot, la crise berbériste et beaucoup de militants ont été exclus justement du parti pour cette étiquette berbériste. Il a écrit sur l’histoire de l’Algérie, il a parlé de Jugurtha et ça s’est arrêté là». Né le 6 octobre 1906, au village Tasga, commune de Souk Oufella, Mohand Chérif Sahli fera ses premières classes à Sidi-Aïch et le cycle secondaire au lycée Bugeaud (Aujourd’hui Emir Abdelkader), à Alger. Il poursuivra ses études à l’université de la Sorbonne (Paris) où il obtient une licence de philosophie et une agrégation. Instituteur à Toudja, il va par la suite enseigner la philosophie dans plusieurs lycées parisiens, (de 1930 à1939, puis 1950). C’est à cette époque qu’il rencontre Mostefa Lacheraf. Il s’engage dans la lutte pour la cause nationale. Il devient journaliste, critique et fondateur et éditeur de journaux : El Ouma, El Ifriquia, El Hayat et Résistance algérienne. En 1947, il finalise « le message de Yougourtha » et « l’Emir Abdelkader, chevalier de la foi». En 1955, il devient membre de la commission presse de la fédération FLN de France, chargé par Abane Ramdane de « travailler » l’opinion française. De 1957 à 1962, il est nommé représentant permanent du FLN, puis ambassadeur du GPRA dans les pays scandinaves. Au lendemain de l’indépendance, il occupe les fonctions de directeur des archives, puis d’ambassadeur d’Algérie en Chine, Corée du nord, Vietnam puis en Tchécoslovaquie (1971-1978). Admis à prendre la retraite en 1978, M. C. Sahli décède le 4 juillet 1989. Il est enterré au carré des Martyrs d’El Alia.
D. Saïche
