Encore à l’état embryonnaire jusqu’à 2008 et 2009, l’attention des responsables de la wilaya étant concentrée quasi exclusivement sur l’agriculture, conformément à sa vocation primitive, le tissu industriel a connu, ces toutes dernières années, pour ne pas dire ces tous derniers mois, un bond extraordinaire à Bouira, reléguant, loin derrière, le secteur du BTPH, considéré pourtant comme le plus productif et le plus performant de tous.
Un exemple chiffré émanant de l’Andi, qui est en notre possession, montre cette évolution positive de la situation en matière d’investissement et de création d’emploi imputable au nouveau secteur, devenu en deux ou trois ans le fleuron de notre économie. Tout le laisse penser. En tout cas, une chose parait évidente : l’idée fortement ancrée dans l’esprit des décideurs, selon laquelle, « quand le bâtiment va, tout va », est battue en brèche. Désormais, la formule c’est : « quand l’industrie va, tout va ». La croissance a besoin d’un nouvel élan, et ce secteur le lui apporte sur un plateau d’argent. Une simple comparaison chiffrée permet de s’en convaincre. Voici les chiffres fournis à notre demande par le directeur de l’ANDI et qui corroborent ceux en notre possession. Avec 86 projets générant 2034 emplois, le secteur de l’industrie se place en tête de ce palmarès. Il supplante ainsi largement le BTPH, et ce, malgré le programme présidentiel qui prévoyait, dans l’avant dernier mandat, la réalisation d’un million de logements en cinq ans. Ce secteur, naguère florissant, arrive, donc, en deuxième position avec 78 projets créant 104 emplois. En termes de pourcentage, le secteur industriel représente 50% du total des emplois créés. Le BTPH ne représente que 24%. L’agriculture occupe la troisième position avec 9 projets donnant 34 emplois, soit un taux de 1,5% de l’ensemble des projets d’investissement. Les autres secteurs, comme le tourisme, le transport ou le commerce suivent loin derrière. Commentant ces chiffres, notre interlocuteur, qui considère que le secteur industriel vient en appoint à l’agriculture même s’il constitue un pôle très attractif pour le développement, fait remarquer que la seule branche d’activité liée à ce secteur et qui est l’agroalimentaire représente 6% du total de l’investissement avec 34 projets fournissant 780 emplois. Ces deux derniers chiffres concernant l’agroalimentaire font parti du chiffre global de l’industrie. Cette situation qui montre de quelle façon et dans quelle direction évolue l’investissement dans la wilaya de Bouira date du 26 juin 2011 au 31 décembre 2013, coïncidant avec la création du guichet de l’investissement au niveau de l’ANDI. Les visites d’investisseurs venant de toutes les wilayas, indicateurs de la bonne santé des affaires de ce secteur et correspondant à cette période, ont atteint les 3 010, révélant un engouement puissant pour ce secteur en plein essor.
86 projets créés en 2013
Depuis, il y a comme un basculement. La superficie de la seule zone de Sidi Khaled, objet de visite d’inspection répétées et quasi systématiques, a presque doublé passant de 225 à 415ha, suite à une opération d’extension qui a ciblé cette zone. Il est, actuellement, prévu d’atteindre la création de 6 000 nouveaux emplois. La dynamique créée, telle que la demande d’assiette formulée en attente d’une réponse favorable, est de 172 dossiers. Et alors que nous attendions d’avoir un entretien avec le directeur de l’ANDI, un investisseur venu d’Alger travaillant en partenariat avec un autre investisseur étranger demandait à être reçu par ce responsable pour l’implantation de son projet dans cette zone. Interrogé sur les projets les plus structurants, le responsable de l’ANDI a énuméré pour nous pêle-mêle quelques uns, comme la laiterie de Bechloul, alors que la filière laitière connaît une forte tension sur ce produit de première nécessité générant 300 emplois, la fabrication de produits chimiques et de produits chimiques à usage mécanique et métallurgique à Aomar, procurant chacune 40 emplois. Celui de l’usine Fiona est de ceux la, dans la mesure où le groupe Arco Fina qui travaillera en partenariat avec des chinois, projette de produire 50 000 autos/an et de créer 1 000 emplois directs et 10 000 emplois indirects. Et l’ambition de cette firme va plus loin encore, car elle ne vise rien moins que l’exportation vers des pays africains, entre autres.
Une usine auto, une fabrique de câbles électriques…
Il s’agit pour les gros investisseurs de produire pour satisfaire la demande locale. Grâce à un savoir faire de haute qualité un matériel importé dernier cri et une ambition à la mesure des enjeux économiques et financiers, leur mot d’ordre semble s’articuler autour de la productivité et la compétitivité. Etre présents sur tous les marchés, y compris internationaux, tel est le défi que se lancent ces chevaliers de l’industrie moderne. Nous retrouvons cet appétit qui incite à regarder vers d’autres horizons, vers d’autres marchés plus exigeants en matière de qualité des produits offerts, chez quelques uns, dont nous avons visités les unités de fabrication, dernièrement, à la faveur du déplacement du wali qui nous a, pour ainsi dire, ouvert l’accès de ces hauts lieux de l’innovation et de la technologie. Ainsi, nous avons eu la chance de voir que les émiratis qui ont acquis un terrain de 100 000 m2 dans la zone d’extension vont se lancer dans la fabrication de câbles électriques par le groupe Sarl Cablet El Djazaïri. Leur objectif est double : produire 26 000 tonnes pour satisfaire la demande nationale, mais également la demande étrangère, notamment celle provenant de la Libye, de la Tunisie et du Maroc pour un volume estimé à 6 000 t/an. Les fournisseurs de matière première sont des étrangers : SAM (Italie), Pourtier (France), Mailefer (Filande) et Rendoh (Autriche). L’unité qui produit des câbles de basse, moyenne et haute tension, fabrique également des fils de bâtiment. Le responsable de la wilaya, mécontent de la lenteur des travaux, a distribué un carton jaune sous forme d’une mise en demeure. Alors que les machines de l’unité de production sont livrées, le problème butte sur la charpente des structures. A côté de l’importante laiterie de Messaoudi Frères, d’une capacité de production de 5 000 L/H, est installée l’unité de production de treillis soudés (150 rouleaux toutes les 8 heures, 100 rouleaux-poutrelles (par jour), fil d’attache (25t/toutes les 8 heures) et de bottelage (5t/j). Ajoutant ces deux autres unités, nous aurons à peu près un aperçu assez clair du potentiel industriel dont disposera la wilaya dans les prochains mois, si les délais impartis à sa réalisation sont tenus. Il y a cette unité de production du clore qui a l’heure d’attirer particulièrement l’attention du wali, lors de la séance de travail qu’il a tenue au terme de sa visite, au point de souligner l’intérêt qu’elle représente pour une wilaya très demandeuse de ce corps simple qui a des propriétés désinfectantes, notamment. Sa capacité de production est estimée à 150 T/j d’hypochlorite et 20 T/j pour chacun des trois produits, en l’occurrence la soude caustique, l’acide chlorhydrique et le chlorure ferrique. Et puis, il y a le centre chinois CSCEC/ HABICARE avec ses projets de fabrication de machines, de menuiserie, d’aluminium, de charpente métallique et dont le taux d’avancement des travaux est à 40%. Sa capacité de production oscillera entre 10 000 et 12 000 tonnes par an, générant 150 emplois. Enfin, un tableau récapitulatif affiché à l’entrée de la salle où s’est tenue cette séance de travail permet de mieux cerner l’état de choses relatif à ce potentiel industriel. Avec 87 entreprises, la superficie totale répartie en lots estimée à 203 ha, 56 ha, 8 ca, pour une voirie occupant 21 ha, 5a et 77 ha. Soit un total de 225 ha réparti en 95 lots. De ce tableau, qui est ancien, sont exclus les nombreux projets et lots attribués dans la zone industrielle de la gare Aomar et des nombreuses zones d’activités, objet l’une et les autres d’une importante extension. Il est possible que sous la poussée de nouvelles demandes d’attribution de lots, la wilaya soit obligée d’envisager d’autres extensions pour satisfaire d’autres.
Ah, si ce n’était ces blocages !
En dépit de l’opération de charme lancée en direction des investisseurs, et de ce qu’il a pu dire au cours des multiples rencontres qu’il a organisées à leur intention, depuis son arrivée dans cette wilaya, le chef de l’exécutif n’a pu cacher sa colère et sa déception devant certains projets non encore lancés ou toujours à l’arrêt. Le retard accusé par certains d’entre eux est jugé inacceptable et la menace de résiliation des actes de concession reste suspendue en l’air comme l’épée de Damoclès. Il comprenait qu’on mette un an et même un an et demi pour commencer, mais pas trois ans. La région qui a la priorité dans tout investissement pour l’engager vigoureusement sur la voie du développement en a tant besoin. Mais comme, d’autre part, il était obligé de donner des gages pour rassurer ceux qui commençaient à s’inquiéter devant la situation liée à l’absence d’électricité de gaz, d’eau et d’assainissement, il a fait savoir que la prise en charge de ces problèmes sera d’autant plus imminente que l’Etat a consacré une enveloppe de 27 milliards pour la seule viabilisation. Elle est destinée à financer deux opérations : la viabilisation des zones d’activité dont les travaux sont confiés à la wilaya et celle de la zone industrielle qui est du ressort du ministère de Tutelle. Pour ceux des investisseurs qui souhaitaient obtenir des autorisations, il a montré sa réticence, déclarant que déjà 22 forages existent et que accorder d’autres pourrait amener la nappe phréatique à épuisement. C’est pourquoi, il a conseillé de s’organiser en petits groupes pour faciliter la tâche des services publics sollicités et de nouvelles autorisations communes pour quelques forages. A ce propos, il a rappelé que les forages seront fermés dès que l’installation des réseaux AEP sera mise en place et en service. Evoquant le problème du foncier, le wali a mis en garde les investisseurs qui ont été mis en demeure pour la troisième fois. Ceux qui n’ont pas de justifications sérieuses, verraient leur terrain récupéré par la wilaya », a-t-il lancé. Ils seraient cinq ou six. Pendant notre déplacement sur les lieux, le constat justifiait le sentiment mitigé devant certains îlots attribués. Ainsi, à hauteur du lot vingt, le plan des îlots domaniaux affectés à l’investissement, sur les 29 projets lancés, 11 sont à l’arrêt, alors que 7 font l’objet d’une affectation. Dans cette partie de la zone des 11 projets, sur les 9 projets, 3 sont à l’arrêt. C’est là que le wali s’est laissé vraiment emporté et menacé de retirer le terrain sur le champ, à l’adresse de l’un des investisseurs qui en étaient à sa troisième mise en demeure. En revanche, il s’est montré très réconciliant à l’égard de ceux qui, comme Rebrab (présent dans la zone avec son complexe de transformation des produits agro alimentaire qui va créer 500 emplois et exporter ses plats cuisinés vers 17 pays) ou Messaoudi, ont des terrains qui excèdent de quelques milliers la superficie attribué. Il a montré sa disposition à régulariser la situation au profit du concessionnaire, à condition que les terrains en question n’empiètent pas sur le lot contigu. Bref, en guise de menace voilée, le wali a tenu à avertir que cette visite sera suivie d’autres et qu’il ne sera toléré aucun retard flagrant ni mauvaise volonté. Le but étant de produire en quantité et en qualité pour pouvoir être performant sur le marché.
Aziz Bey.

