Le Secrétaire général du Mouvement Populaire Algérien (MPA), Amara Benyounès, est catégorique : il n’est pas question d’un retour à l’activité de l’ex-FIS.
Dans un entretien, paru avant-hier soir sur le journal en ligne TSA, le premier responsable du MPA a, en effet, écarté l’éventualité d’un retour sur la scène politique du parti dissous par la justice algérienne, pour avoir été à l’origine du terrorisme dans le pays. « Je m’en tiens aux lois de la République. Et je sais que la Charte pour la paix et la réconciliation dit deux choses qui sont très importantes. La première est que cette charte reconnait explicitement que le FIS dissous est à l’origine du terrorisme dans le pays. La deuxième est qu’elle interdit également, de manière explicite, à tous les responsables de ce parti de faire de la politique », tranche-t-il, en réponse à une question à propos de la participation d’anciens responsables de l’ex-FIS et de l’ex-chef de l’AIS, Madani Mezrag, aux consultations autour de la révision constitutionnelle. « Celui qui veut aller plus loin que la Charte doit revenir au peuple. Et ce dernier a tranché cette question et il n’y a que lui qui peut trancher sur le retour ou le non-retour (de l’ex-FIS, ndlr). Pour l’instant, la Charte est très claire : pas de retour à la politique pour ces gens-là. Mais il (Madani Mezrag) peut déclarer ce qu’il veut. Pour moi, on est loin du retour de l’ex-FIS sur la scène politique », explique t-il. « La loi est claire ! Si ses dirigeants veulent refaire de la politique, la personne qui va prendre cette décision doit revenir vers le peuple algérien. L’affaire est tranchée. C’est depuis des années qu’ils disent : on va créer un parti. À chaque fois qu’ils déposent des dossiers pour l’agrément, il leur a été refusé », dira-t-il. Par contre, le MPA, ajoute Benyounès, « approuve le projet de la Réconciliation nationale tel que présenté par le président de la République ».
« La réconciliation est bien cadrée par la Charte »
Cependant, précise-t-il, « nous disons qu’il faut faire attention, puisqu’on entend un certain type de débats dans la société dont celui relatif à l’amnistie générale revendiquée par un certain nombre de personnalités de l’opposition ». Pour le Secrétaire général du MPA, seul le peuple algérien est en mesure de trancher sur la question à travers un referendum. « La réconciliation est bien cadrée par la Charte qui a été votée par le peuple. Celui qui veut aller au-delà de cette charte, doit, impérativement, revenir au peuple, qui va trancher s’il veut donner plus ou pas. Cela étant dit, je pense que le Président a donné tout ce qu’il pouvait donner concernant la réconciliation nationale, que les blessures sont encore extrêmement profondes et qu’il faut faire extrêmement attention pour ne pas jouer avec ce genre de situations ». Pour Amara Benyounès, la réconciliation nationale n’est pas une question figée. « Je pense que c’est un principe sur lequel tout le monde sera d’accord. Quand on dit se réconcilier, c’est se réconcilier avec son histoire, son identité son passé. C’est se réconcilier entre Algériens, apprendre à vivre ensemble, à s’aimer, à vivre dans la fraternité. En fait, il faut qu’on arrive à combattre cette haine qui existe un peu dans la société algérienne. La réconciliation est un vrai projet de société et il ne faut pas la limiter au terrorisme, qui est un vrai drame national. Quand on dit que Tamazight doit être langue nationale et officielle, c’est une réconciliation avec son identité et son histoire », confie le premier responsable du MPA.
« Pour que Tamazight soit langue nationale et officielle »
A propos du projet de révision de la Constitution, envoyé par Ouyahia aux partis et personnalités nationales, le SG du MPA a tenu, surtout, à préciser que le contenu de ce projet n’émane pas de Bouteflika, mais plutôt de la classe politique. « Je voudrais rappeler une chose importante qui, malheureusement, n’a pas été dite, notamment par l’opposition. Ce ne sont pas les propositions du Président, mais celles des différents partis politiques et personnalités nationales rassemblés par la commission (Bensalah, ndlr) et transmises au président de la République. Ce dernier a pris le document de la commission et le soumet une nouvelle fois aux partis politiques et personnalités. Je pense qu’il n’y a pas plus démocratique comme procédure. Et dans la lettre (envoyée par Ouyahia), il n’y a aucune limite aux propositions des partis et des personnalités », indique-t-il, et de préciser que le MPA devra mettre en place, dès aujourd’hui, une commission « pour étudier ces propositions et soumettre les nôtres à Ahmed Ouyahia, quand on sera invités à dialoguer avec lui ». Amara Benyounès n’a pas manqué de signaler des manques dans le projet soumis aux discussions. « Bien sûr ! Il manque pratiquement tout : la nature du régime politique, l’officialisation de la langue amazighe, les équilibres au sein du pouvoir, si l’assemblée aura plus de pouvoir ou pas, le Premier ministre… », avoue-t-il, avant de décliner les propositions que devra soumettre son parti à Ahmed Ouyahia, dont celle relative à l’officialisation de Tamazight. « Nous sommes pour un régime semi-présidentiel ; pour la sauvegarde du caractère démocratique et républicain de l’État algérien, pour le maintien du Conseil de la Nation, parce que nous pensons qu’il constitue un verrou important contre tout dérapage politique, et pour la consécration de toutes les libertés, individuelles et collectives. Et dans les discussions des membres du Conseil national du MPA, il y a unanimité pour que la langue amazighe soit une langue nationale et officielle dans la prochaine Constitution », tranche-t-il.
« Il y a une évolution dans la classe politique algérienne »
Revenant à l’appel lancé par son parti pour des élections législatives anticipées, alors que l’alliance présidentielle, dont le MPA fait partie, dispose d’une majorité confortable au parlement, Benyounès a tenu a préciser que « ce n’est pas une question de majorité à l’APN », mais plutôt celle relative à la réforme constitutionnelle et territoriale. « Ce n’est pas une question de majorité à l’APN. Nous avons dit qu’il y aura une réforme constitutionnelle qui sera très probablement profonde et qu’il faut absolument que les institutions de l’État s’y adaptent en se mettant en conformité. La première institution concernée est l’APN. S’il y a de nouvelles prérogatives pour l’Assemblée nationale et pour le Premier ministre, il faut qu’il y ait des élections. Ensuite, nous avons dit qu’il va y avoir, certainement, un nouveau découpage territorial. Donc, il va y avoir certainement la création de nouvelles wilayas. Comme il s’agit d’un scrutin proportionnel par wilaya, il faut que ces (nouvelles) wilayas soient représentées », explique-t-il, non sans avouer que la carte politique nationale a complètement changé depuis les dernières élections législatives. « Et puis, objectivement, depuis les dernières élections législatives, jusqu’à maintenant, il y a une évolution dans la classe politique algérienne. Les rapports de force ont évolué. Le MPA, par exemple, pense qu’il aura beaucoup plus que ses sept sièges à l’APN ».
« Ce n’est pas l’opposition qui va donner de la crédibilité à la Constitution »
Questionné sur le boycott, par de nombreux partis de l’opposition, des débats sur le projet de la révision constitutionnelle, le SG du MPA rétorque : « Ce n’est pas l’opposition qui va donner de la crédibilité à la Constitution. C’est le peuple algérien, quand il va la voter. Lui seul peut crédibiliser ou légitimer une action et non tel parti politique ou telle opposition. Après les consultations avec les personnalités et les partis politiques, le Président ira, ensuite, vers le peuple algérien et c’est lui qui va trancher. Que l’opposition participe ou pas, le dernier mot reviendra toujours au peuple algérien. Cela dit, je ne comprends pas pourquoi ils refusent de participer à un débat ». Afin de donner plus de crédit à la future Constitution, le parti d’Amara Benyounès suggère sa ratification par referendum. « Nous le souhaitons et nous le demandons pour donner le maximum de légitimité et de crédibilité au projet. Cela est important, puisqu’il s’agit de la loi la plus importante du pays. Le peuple algérien va trancher pour dire quel type de Constitution il veut », dit-il.
« Il n’y a pas d’alliance présidentielle »
Connu pour son franc parler, Amara Benyounès a admis ouvertement l’inexistence d’une alliance présidentielle, mais plutôt de partis qui soutiennent le programme de Bouteflika.
« Il n’y a pas d’alliance présidentielle, mais des partis politiques qui soutiennent le programme du président de la République, qui ont soutenu sa candidature et qui continuent à le soutenir. En dehors du soutien au président Bouteflika, chacun de ces quatre partis a ses spécificités », dira l’actuel ministre du commerce, pour lequel le débat politique n’a jamais influé sur le travail du gouvernement. « Oui, et il est normal qu’il y ait des débats politiques. Je travaille, en tant que secrétaire général du MPA, sur les dossiers politiques dont la révision de la Constitution. Parallèlement, je gère le ministère du Commerce, avec les priorités qui lui sont propres. Il faut que le gouvernement travaille et le Premier ministre était très clair là-dessus. Surtout à l’approche de deux événements importants : le mois de Ramadhan et la saison estivale. Le gouvernement est en train de faire son métier et gérer les affaires du pays », explique Benyounès.
A. C

