Implanté dans un cadre féerique, fait de montagnes, de forêts et de cours d'eau, Hammam K’sana offre à ses visiteurs des plaisirs multiples.
Connu pour les vertus thérapeutiques de ses eaux thermo minérales, dont la température avoisine les 42°,; les curistes, depuis l’ère coloniale, y trouvent un lieu de repos en accédant au bain. Pour atteindre Hammam K’sana, il faut passer par la commune d’El Hachimia, par le nord. Dès qu’on dépasse l’ancien jardin du chef-lieu de cette dernière, on aperçoit une plaque indiquant «Hammam K’sana 24 Km ». Avant d’y arriver, on emprunte un chemin étriqué très dégradé et jonché de ralentisseurs. Heureusement que des figuiers et autres oliviers bordent agréablement la route et font oublier ces rébarbatifs dos-d’âne. Une autre image gâte le paysage. Des carrières d’exploitation de gravas implantées tout au long de la route, contrarie l’environnement. En s’approchant du site, notre regard va droit sur un enfant assis sur la bordure, en pierre, du ravin. Celui-ci nous fait signe de nous arrêter. En réalité ce n’est qu’un vendeur qui propose sa marchandise faite maison aux visiteurs. Ces derniers se ravitaillent de ces produits, surtout à leur sortie du hammam, car les restaurants font cruellement défaut dans cette zone reculée de la wilaya de Bouira, ou même votre téléphone ne sonnera pas, puisqu’il y a absence totale de réseau téléphonique mobile.
Un don de la nature, mais…
L’histoire de ce site révèle que, dans les années 1930, un scientifique français, venu en Algérie réaliser des études sur les nappes thérapeutiques et volcaniques, avait découvert cette magnifique nappe d’eau thermo minérale. Et ce n’est qu’après l’indépendance, durant les années 1970, que la wilaya de Bouira réalisa le premier bain public de l’histoire contemporaine, Hammam K’sana. Durant les années 90, le Hammam avait été fermé au grand public, par mesure de sécurité. Il faut dire que la zone d’El Hammam était réputée pour être un fief des groupes terroristes armés, qui semaient la peur et la terreur au sein des visiteurs, mais aussi chez les villageois. Ces derniers étaient obligés d’abandonner leur hameau durant plusieurs années. Ce n’est qu’au début des années 2000, que les villageois ont commencé à revenir dans leur terre d’origine. Grâce, notamment, à l’aide de l’Etat, le village Hammam K’sana a été graduellement repeuplé chose qui a permis, également, à la relance de l’activité touristique dans cette région. Ainsi, la wilaya de Bouira, avait permis la réalisation d’un nouveau complexe thermal, inauguré en 2011. Une structure touristique luxueuse, composée d’une cinquantaine de chambres individuelles et d’une dizaine de bains collectifs, tous biens équipés, gérée par une entreprise privée, spécialisée dans la gestion touristique. Les services de la wilaya de Bouira ont également prévu un nouveau projet au profit de cette région, par l’inscription, en 2008, de la zone d’extension touristique à Hammam K’sana. Malgré la disponibilité de l’assiette foncière, du budget et des études techniques, le projet tarde toujours à voir le jour, et ce, pour des raisons inconnues. Ainsi, pourrait-on décrire la station thermale, réputée pour ses eaux curatives, et qui accueille journellement des visiteurs. Des gens de toutes les catégories s’y rendent à la recherche du repos ou de cures thermales. D’autres y viennent tout simplement pour bronzer au bord des eaux de l’oued qui ne tarit jamais. En hiver, particulièrement, l’engouement est indescriptible. Et l’un des visiteurs du complexe a raison d’insister sur la nouvelle culture du thermalisme parmi la jeune génération, contrairement au passé où Hammam K’sana était synonyme de cure uniquement pour des personnes âgées. Aussi, ajoute-t-il, «de nos jours, les jeunes s’intéressent de plus en plus au climatisme et à la remise en forme, qui constituent des potentialités récemment découvertes chez la nouvelle génération. Ce qui explique, la variété de la clientèle qui vient d’horizons divers et de toutes les wilayas, tels Alger, Tizi-Ouzou, M’sila et de l’Est du pays, de même qu’un nombre important d’émigrés ». Ainsi, et grâce aux investissements de l’Etat, la région de Hammam K’sana est sortie de l’anonymat, notamment avec l’ouverture du nouveau centre, doté de cabines où les curistes ont la latitude de bénéficier d’un bain réparateur ou de soins appropriés, pratiqués par des professionnels des cures thermales. Cependant, l’absence d’hôtels des restaurants, de cafétérias, de parkings, de piscines et autres structures adéquates et animations, font fuir les curistes, les familles notamment. A ce sujet, un visiteur écoeuré nous déclare avec amertume : « Je ne pense pas que j’oserais revenir au hammam, surtout pas en famille ! Malgré le bon accueil et la prise en charge à l’intérieur de la station thermale, avec son infrastructure des plus modernes, l’absence de dortoirs, de restaurants ou de lieux de repos m’ont fait changer d’avis, surtout que tout le tronçon routier est dans un piteux état ! ». Dommage pour un endroit, autrefois enchanteur et dont les eaux bénies faisaient des miracles en dermatologie et en néphrologie. Devant cette situation alarmante, il est temps pour les responsables locaux ainsi que ceux du secteur du tourisme, de réagir afin de relancer le projet de la ZET, et de redonner à ce site son lustre d’antan.
«Nous rencontrons des blocages ! »
Inscrit en 2004, dans le cadre du programme national pour le développement touristique, le projet de la zone d’extension touristique (ZET) de Hammam K’sana, tarde toujours à être concrétisé et accuse un important retard. En effet, et selon M. Mellouk, gérant du Hammam, le projet est seulement à 30% de réalisation. « Le projet comporte plusieurs parties, notamment un centre traditionnel, un centre de soins médicaux, un hôtel, une salle polyvalente pour les réunions et les congrès. Mais pour l’instant, il n’y a que le centre traditionnel qui est achevé le reste du projet n’a pas encore été lancé », nous dira notre interlocuteur. Selon lui, le projet nécessite une réévaluation financière pour relancer les travaux. « L’évaluation financière de 2004, est à revoir. Actuellement, nous sommes en phase de réévaluation du coût financier ainsi que de l’étude du projet », affirme notre interlocuteur. Interrogé sur les véritables raisons qui ont causé le blocage du projet, le même responsable avance plusieurs facteurs, liés notamment aux oppositions des propriétaires terriens et aux litiges qui les opposent à l’entreprise de réalisation. « Les oppositions des villageois sont la première raison qui entrave l’avancement du projet, régulièrement soumis à des blocages et autres litiges avec les villageois, propriétaires des terrains où nous nous sommes installés », nous dira M. Mellouk, avant d’ajouter : « La banque qui a pris en charge le financement du projet, nous avait exigé de régler définitivement ce problème, faute de quoi, nous n’aurons pas la deuxième tranche du crédit. Donc, nous avons décidé de saisir officiellement le wali de Bouira ainsi que le CADASTRE, pour régler définitivement ce problème, qui menace sérieusement l’essor du projet et du tourisme à Bouira ».
Oussama K.

