Cela fait maintenant treize ans, le 21 juin 2001, que Samir Didouche (13ans) et Kamel Khelfouni (27ans) ont été assassinés. Pour leur rendre hommage, l’APC de Draâ El Mizan ainsi que les associations Taneflit n’Tmazight et Amgud ont programmé deux journées de commémoration. Un public nombreux est venu revivre, à l’exposition de photos et de coupures de journaux mise sur pied au siège de Taneflit, ce qui s’était passé lors du Printemps Noir, depuis l’assassinat du jeune Guermah Massinissa dans la brigade de gendarmerie de Beni Douala jusqu’à ce jour fatidique où sont tombés Samir et Kamel et où 21 autres jeunes avaient été blessés par balles réelles le même jour. L’exposition a été émouvante. Les blessés se remémorant ce jour apocalyptique. » Quand nous avions entendu que nos camarades Samir et Kamel étaient morts, nous étions abattus, alors que nous souffrions de nos blessures à l’hôpital Krim Belkacem, encerclé par les tenues vertes. Que Dieu ait leurs âmes! », dira un blessé qui s’est reconnu dans l’une des photos placardée sur une pancarte. Un peu plus loin, un autre évoquera avec émotion la mort de Samir. » Ecoutez, ne remuez pas le couteau dans la plaie. J’ai encore devant mes yeux l’image du petit Samir, atteint d’une balle et affalé sur un pneu en flammes. C’était vraiment un grand choc pour moi. Je ne cesserai pas de remercier tous ceux qui se sont mobilisés pour nous sauver la vie. L’élan de solidarité ce jour là était exceptionnel », nous dira ce deuxième témoin. D’autres blessés n’ont pas voulu parler de cet épisode douloureux, treize ans après le drame. Hier, les élus à l’APC, les membres de Taneflit, ceux d’Amgud, le père de Samir et d’autres citoyens se sont rendus, dans la matinée, au carré dédié à ces deux martyrs, tout près de la mairie, où il y eu un recueillement à leur mémoire avec le dépôt d’une gerbe de fleurs et la lecture de la Fatiha devant leurs tombes. » C’est un devoir pour nous de commémorer chaque année cette date. Et puis, nous devons aussi rappeler aux jeunes générations le combat de ces jeunes pour la démocratie et la langue amazighe. Ce sont deux martyrs de notre région. Que personne ne les oublie! », nous déclarera un organisateur. Tout le monde dira, à la fin de la commémoration, que le combat des 126 martyrs du Printemps Noir n’a pas été vain. C’est grâce à eux qu’aujourd’hui Tamazight est constitutionnalisée langue nationale, en attendant son officialisation qui ne tardera pas à l’être, parce qu’aussi bien les partis politiques, les personnalités nationales, toutes tendances confondues, ainsi que le Mouvement Culturel Berbère ont inscrit cet objectif dans leur calepin.
A. O.
