Devant le refus d’Aimé Césaire de le recevoir, le premier ministre français, Nicolas Sarkozy, a dû reporter le voyage qu’il devait effectuer dans les Antilles, qui est, pour rester dans l’esprit de la loi du 23 février glorifiant la colonisation, un ‘’département français d’outre-mer ». Si Aimé Césaire n’est plus maire de Fort de France, il est resté, aussi bien en Martinique que dans le monde, le grand poète des îles, défenseur de la liberté et de la culture des Noirs des départements d’outre mer ! Les Martiniquais, après les Algériens, ont pris conscience du caractère infamant de cette loi et, à leur tour, la dénoncent. Un collectif contre la loi a même été créé dans la capitale et se comité se félicite aujourd’hui de la reculade du ministre français, considéré ici comme l’un des défenseurs de la ‘’colonisation positive ». Les Martiniquais se rappellent aussi qu’un 6 décembre 1987, ils s’étaient mobilisés pour empêcher la venue de Jean Marie Le Pen, le chantre du racisme, dans l’ïle. La loi de février 2005 a surtout été conçue pour le Maghreb mais les Martiniquais, qui vivent toujours dans un régime colonial, se sentent concernés : l’esclavage, dont ils ont longtemps souffert, n’est-il pas le père de ce colonialisme que l’on veut aujourd’hui glorifier ? En 2001, ils avaient réussi à arracher à l’Etat français une loi proclamant l’esclavage comme un crime contre l’humanité, ce qui constituait une sorte de reconnaissance, par l’Etat, de ses torts dans les antilles. Il était question alors de désigner une journée nationale du souvenir mais le choix a été reporté. Aujourd’hui, avec la loi glorifiant le colonialisme, les émeutes dans les banlieues et la montée de l’extrême droite, cette commémoration risque d’être renvoyée aux calendes grecques !
S. Aït Larba
