…«On liquide au rabais» à Bouira…

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L’une des répercussions de l’épidémie de la fièvre aphteuse qui touche, actuellement, pratiquement tout le pays, est incontestablement le prix de la viande bovine. Ces prix sont pour l’instant stables, mais ils pourraient, selon certains spécialistes, connaître une envolée spectaculaire dans les prochaines semaines, si d’ici là cette maladie n’est pas totalement éradiquée. Pour l’heure, les prix de la viande bovine (non contaminée) oscillent entre 800 et 1200 DA/Kg. C’est du moins ce qui a été constaté à travers les différentes boucheries du chef-lieu de la wilaya de Bouira. Ainsi et selon certains bouchers rencontrés, les services vétérinaires de la wilaya appliquent un strict contrôle au niveau des abattoirs afin de délivrer un certificat vétérinaire en bonne et due forme. C’est ce précieux sésame qui est, d’ailleurs, affiché dans la plupart des boucheries visitées. « Sans ce certificat, on ne pourrait pas exercer, du moins dans la légalité », nous a confié un boucher officiant au niveau du quartier des 130 logements, sis en plein cœur du chef-lieu de la wilaya. Interrogé sur la provenance de sa viande qu’il cède à pas mois de 800 DA/le kilo, notre interlocuteur dira que ses fournisseurs ont été contrôlés par les services vétérinaires à deux reprises. Pour d’autres bouchers, la situation est plus compliquée, car leurs principaux fournisseurs ont perdu la moitié de leur cheptel, décimé par la maladie. « Je ne sais plus comment faire ? Je ne trouve plus où me fournir en viande saine », avouera Madjid, un boucher de la localité de Kadiria. Toutefois, ce commerçant ne s’est pas (encore) résolu à commercialiser de la viande contaminée. « Je tiens à garder ma clientèle et surtout mon cachet. Mais si la situation continue ainsi, je serai contraint de faire comme les autres », a-t-il déclaré. Ce terme « comme les autres », nous a intrigué. Chose qui nous a poussés à lui demander de s’expliquer d’avantage. « Certains bouchers, que Dieu leur pardonne, achètent de la viande contaminée à bas coût, puis la revendent au prix d’une viande saine », a-t-il certifié. Cette piste nous a conduite dans certaines boucheries de la ville, notamment du côté du quartier de l’Ecotec, où nous avons trouvé de la viande bovine à 600 DA, voire 500 DA/Kg. Intrigués par ce fait, nous avons questionné leurs propriétaires sur la provenance de leur marchandise. Et que fut notre surprise d’apprendre que ces bouchers se sont approvisionnés auprès de fournisseurs dont le cheptel présentait des signes de contamination. « Du moment que la viande est propre à la consommation, pourquoi la gâcher ? », lancera un boucher d’un ton insouciant. Questionné sur le fait si les services vétérinaires étaient au courant de cette « combine », notre interlocuteur, intrigué par nos questions, s’est refusé à nous répondre en apprenant qu’il avait affaire à la presse. Mieux encore et selon nos informations, du côté de la commune de Souk El Khemis, au sud du chef-lieu de la wilaya, un éleveur de bovins peu scrupuleux et ayant appris que son cheptel, composé de près de 80 têtes, était touché par la fièvre aphteuse avait décidé de les « fourguer » à des bouchers, à hauteur de 200 DA/le kilo. Ce cas n’est, malheureusement, pas isolé et ce, de l’avis même des éleveurs. « J’ai préféré liquider une partie de mon cheptel avant qu’il ne soit abattu par les services vétérinaires », nous a déclaré le dénommé K. B., un éleveur de la commune de Lakhdaria. Selon d’autres sources proches du milieu des marché à bestiaux, qui sont fermés jusqu’à nouvel ordre, nous avons appris que samedi dernier, aux alentours de 4h du matin, plusieurs bêtes ont été vendues « clandestinement », au niveau du marché de bétail de la ville de Bouira, et ce, avant l’arrivée des services de l’ordre. Tous ces exemples démontrent bien une certaine défaillance de la part des services de contrôle de la wilaya, lesquelles, il faut le dire, sont submergés par les diagnostics et autres opérations d’abattage. Cependant, il ne demeure pas moins que la vigilance doit- être de mise afin de contrecarrer les plans de certains éleveurs et bouchers, peu scrupuleux des lois. 

Ramdane B.

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