L’hommage de l’Algérie profonde

Déjà tôt dans la matinée, des dizaines de personnes, de toutes les générations, se sont rendues à El Alia. Ils ont tous répondu à l’appel de la famille de Abane Ramdane qui voulait rendre hommage à l’homme du congrès de La Soummam, mais aussi demander le rapatriement de ses ossements qui demeurent cachés loin de sa terre natale. Cette terre pour qui le révolutionnaire avait sacrifié sa vie. L’ironie de l’Histoire a fait que le 27 septembre est aussi l’anniversaire de la mort de l’ancien président de la République, Houari Boumediene. Mais curieusement, personne n’est venu se recueillir comme c’était le cas depuis 27 ans, sur le tombeau de ce dernier ; il n’y avait que deux gerbes de fleurs déposées la veille. Heureusement que des enfants des scouts musulmans sont venus combler le vide. Pendant le temps qu’a duré l’attente des « pèlerins », les présents ont profité pour échanger les informations qui reviennent à chaque fois qu’il s’agit de Abane Ramdane. Si les noms des commanditaires de son assassinat sont désormais connus, l’emplacement de ses ossements reste un véritable secret. Personne, apparemment, n’est en mesure d’avancer un lieu précis. L’endroit de la liquidation de Abane est aussi connu, mais il s’avère, de l’aveu de Ali Abane, son neveu, que la dépouille est ensevelie ailleurs. Où ? Il n’y a que les exécutants qui peuvent le dire, selon toujours le porte-parole de la famille Abane qui ne désespère pas de voir un jour les ossements de son oncle enfin en Algérie. Il dit avoir adressé des requêtes au Président de la République, mais se désole de n’avoir pas reçu de réponse. Ali Abane nous a confié qu’il a même tenté de faire passer le message au gouvernement par le biais du Mouvement citoyen des Archs. Rien n’y fait. Pendant ce temps, les présents, parmi lesquels on pouvait distinguer les délégués des Archs, Hocine Zehouane de la LADDH, Hocine Ali du MDS ou encore l’ancien président de l’APN Karim Younès, attendent le dépôt de la gerbe de fleurs et la lecture de la déclaration de la famille Abane. Il faut préciser qu’aucun officiel ne s’est joint à la foule, pas de politiques également, y compris ceux qui se réclament comme héritiers de l’œuvre de Abane. Le dépôt de la gerbe de fleurs sur le tombeau cadastral qui porte son nom et la minute de silence qui a suivi ont plongé les présents dans un moment de communion et de recueillement. Ali Abane, le neveu du martyr, a lu une déclaration dans laquelle il a retracé le parcours hors du commun de son oncle. Du mouvement national jusqu’à son enrôlement dans les rangs du FLN, un seul message est délivré : Abane Ramdane fait partie de ces personnages qui ont fait l’Histoire de l’Algérie et de l’humanité en général. Preuve en est, comme le rappellera son neveu, cet effort incroyable consenti pour fédérer toutes les tendances politiques autour du combat libérateur. Ce travail titanesque suffit à son héritier pour réclamer aux autorités du pays sa réhabilitation qui passe par le rapatriement de ses ossements. « J’ai adressé deux lettres au président de la République, mais je n’ai reçu aucune réponse à ce jour. Je ne comprends pas ce silence et cet ostracisme qui frappe l’un des plus valeureux héros de l’Algérie », s’est indigné Ali Abane qui garde toujours l’espoir de voir son oncle, ou plutôt le père de tous les Algériens comme il l’a qualifié, enterré parmi les siens. La cérémonie terminée, place encore aux questionnements et commentaires autour de l’événement. Tout le monde est parti. Ils veulent tous revenir se recueillir, un jour, sur la vraie tombe de Abane Ramdane.

Ali Boukhlef