Le village Takaâtz, d’environ 3000 habitants, considéré comme le plus peuplé des villages que compte la commune de Seddouk, est situé à quelques encablures et à l’entrée ouest du chef -lieu communal. Son extension fulgurante dans le domaine de la construction lui a permis de jeter des ponts par l’intermédiaire des cités Adha et Mikouchadhan qui le raccordent à la ville. Ainsi, les habitants semblent partagés par l’intermède d’une nouvelle vie de citadins et celle des ruraux. Cependant, sa population demeure très attachée aux valeurs ancestrales dans le domaine de la cohésion sociale. Les notables élus démocratiquement par la communauté acquièrent une crédibilité qui leur donne un pouvoir d’exercer leurs prérogatives d’œuvrer pour la défense des intérêts moraux et matériels des citoyens. L’action la plus humanitaire de préservation de la jeunesse locale des fléaux de tout genre et de toute nature était cette opposition farouche à deux reprises à l’ouverture d’un débit de boissons alcoolisées même fût-il dans les parages du village. Autre action d’envergure, les démarches entreprises pour doter la localité du gaz naturel projet qui n’a concerné au départ que la ville de Seddouk, pour ne citer que ces deux exemples édifiants. En cette fin de l’année 2005, l’association des villages a organisé du 26 au 28 décembre, une cérémonie grandiose célébrant le premier centenaire de l’école primaire, Kettouche-Hafid qui a ouvert ses portes en 1905 et qui a formé des générations-cadres établis un peu partout. Ses anciens élèves, là ou ils se trouvent, ont tenu à lui rendre un vibrant hommage. Ceux, qui résident encore dans la localité ou dans les parages et qui peuvent se permettre le déplacement, l’ont fait et leur présence fut remarquable avec des souvenirs de l’enfance étalés au grand jour et les retrouvailles vont bon train ! Après des accolades émotionnelles et des brins de causettes souvent agrémentés de rires et de pleurs, place est cédée aux flashs des appareils photos pour des poses en groupe afin d’immortaliser des rencontres d’un événement qu’on ne vit qu’une fois. Quant à ceux qui vivent très loin mais qui gardent toujours dans leur cœur leur école chérie, ils n’ont pas hésité un seul instant à manifester des marques de sympathie par des correspondances ou sont restés suspendus à leurs téléphones (mobiles) pour demeurer dans le bain de la fête même de très loin, heure par heure, journée par journée, ils vont vécu en direct les moments intenses de la cérémonie. Perchée sur la cime d’une colline telle une citadelle inexpugnable à quelque 400 m d’altitude et dominant toute la vallée de la Soummam de Sidi Aïch jusqu’à Akbou et jaillissant tel un donjon d’un château alsacien, au sommet d’un monticule se situant en face presque à la même altitude que les villages de Seddouk et des contrées de Béni Ouaghlis. Le visiteur pour s’y rendre doit emprunter la RN 74, à partir de Takrietz. En arpentant cette route serpentée, très large, bien entretenue et traversant les contreforts du versant ouest du village dont le relief accidenté a favorisé l’émergence d’une économie basée sur la plantation de l’olivier qui règne en maître et dont les arbres fétiches ont traversé des siècles et des tumultes, formant un environnement sauvage de toute beauté, un paradis de l’escapade. On ne nous le fait pas remarquer deux fois, la campagne de la cueillette des olives bat son plein et le village est vidé de ses habitants qui se rendent dans les champs pour ramasser ce produit labellisé du terroir, l’olive. Là, où les yeux se portent, on découvre une famille se mettant à l’ouvrage. Les bruits de gaulage nous les entendons de loin pendant que nous regardons le geste adroit des ouvriers tapant des gaules, qui s’abattent sur les branches des arbres laissant tomber des olives sur de grands filets verts en plastique ou naturellement parterre. Les femmes avec des mouvements de fourmis s’affairent à collecter les olives qu’elles mettent dans des récipients de fortune. La marmaille joue et se querelle autour d’un feu de bois auquel se joignent le temps de chauffer leurs mains des ouvriers ou des ouvrières. Certains enfants s’adonnent à la collecte des olives négligés dans des arbres non travaillés dont la production est insignifiante et situés souvent dans des endroits accidentés ou gagnés par la broussaille ou encore récupèrent les sujets ratés par les ramasseuses. Les voitures stationnées au bord de la route offrent le décor d’un cortège de fête de mariage auquel manquent les rubans tricolores, de par leur nombre important et leur position en file indienne. L’après-midi, hommes et femmes, jeunes et âgés quittent joyeusement les champs après avoir accompli le rituel sacré et séculaire légué par les ancêtres dans l’espoir aussi d’aller se reposer après une journée de travail harassante. Les plus chanceux rentrent en voiture avec la production, les moins chanceux à dos de mulet ou suivant pas à pas la bête chargée de sacs en jute remplis d’olives, les autres longent la route à pied, un sac d’olives ou un fagot de bois sur le dos. C’est au détour d’un virage anodin que nous tombons nez-à-nez avec Takaâtz, un ksar qui caresse le regard, dépayse la vue et impressionne l’esprit avec ses habitations anciennes et nouvelles aux tuiles vernissées. L’enchanteresse languissante à sous un soleil hivernal clément, nonchalante et superbe offre, sans aucun doute, toute la diversité et la richesse de son patrimoine, notamment ses ruelles et quartiers pleins de charme. Au premier carrefour dépourvu de plaques de signalisations, mais très fréquenté par des passants se dirigeant vers diverses destinations, nous apprenons que la localité située à droite, s’appelle Amalou Sidi El Mouffok, nom emprunté à son Saint marabout, Sidi Mouffok venu du village Roda dans la région d’Ath Mellikèche. A sa mort, un mausolée lui a été édifié permettant aux pèlerins de le visiter pour demander la bénédiction du Saint. La route comme une ligne droite continue vers la grande ville de Seddouk, qui apparaît au loin avec l’émergence de ses bâtiments culminants et du donjon de sa grande mosquée. Notre destination, dont le bâti commence à partir de là, est située à gauche. En remontant, nous découvrons des centaines de maisons qui s’égrainent tel un chapelet de trésors immobiles sur la route principale dans un piteux état un se mêlent des cratères, des ravinements et des nids-de-poules causés par les travaux de gaz naturel dont a bénéficié la localité. Cette route traverse la bourgade comme l’arête d’une feuille divisant des ruelles à droite et à gauche. Vite, on se rend compte que ce village, notamment le vieux bâti, la Casbah pour ainsi dire, ressemble à un gîte rural d’un charme éblouissant et unique en son genre dans la région. Un site traditionnel, exceptionnel et légendaire pour bien l’illustrer qui rappelle son glorieux passé à l’image de, Ahmed Oumerzag, un villageois, qui s’est rebellé jadis contre l’injustice du corps de la Gendarmerie coloniale durant les années de braises. Aussi, ce village s’accroche à son titre de noblesse de Takaâtz Immassissen, qui signifie tout bonnement le « Plateau de Massinissa ». A défaut de manuscrits écrits à ce sujet, l’histoire, qui se transmettait de bouche à oreille et de génération en génération laisse entendre que probablement le charismatique guerrier kabyle, Massinissa, au temps de l’invasion romaine, s’était réfugié dans cette région où il a élu domicile ou du moins y a séjourné pour quelques temps. Voilà en somme, la thèse développée par certains sur l’origine du nom de Takaâtz. La placette du village (tajmaâth) brille par l’absence des villageois, mais les quelques vieux adossés aux murs dans leurs burnous blancs et bien exposés au soleil doux certains profitent en ronronnant dans un profond sommeilou d’autres nous regardent les yeux rivés, prescrivant le poids de l’âge qu’ils supportent tant bien que mal, nous accueillaient avec bienveillance. L’un d’eux avec une mémoire encore intacte prend la parole pour parler des des difficultés quotidiennes qu’endurent ses pairs. « Le village a acquis un terrain depuis des dizaines d’années qui demeure encore réservé pour un projet de construction d’une infirmerie qui servira aussi les deux villages attenants, Zounina et Amalou. Le projet est tombé à l’eau et nos malades se dirigent toujours vers la polyclinique de la ville pour une banale injection ou pour des soins », fulmine-t-il. Continuant dans sa foulée, il met en exergue cette fois-ci, le problème de transport. « Sans risque de me tromper, notre village est le seul dans la commune qui n’est pas desservi par les fourgons de transport. Les habitants même ceux situés aux fins fonds du village sont condamnés à faire une marche à pied jusqu’à la route nationale pour prendre les fourgons faisant la navette Sidi-Aïch-Seddouk », enchaîna-t-il. La mauvaise distribution de l’eau courante qui empoisonne la vie quotidienne des citoyens n’est pas non plus négligée. « Nous sommes confrontés aux problèmes récurrents des récessions de l’eau courante en subissant des pannes quasi permanentes, notamment en été qui durent des lustres », rajouta-t-il. La frange juvénile, qui compose 75% de la population, et livree à elle-même était aussi dans l’agenda du septuagénaire. « Les infrastructures socioculturelles sont inexistantes et les jeunes se déplacent en ville pour s’évader un temps soit peu sur Internet ou autres bases de loisirs. Le seul terrain de jeux de proximité de fortune, non aménagé qui rend service aux jeunes est dans un état lamentable, poussiéreux en été et transformé en bourbier en hiver. Néanmoins, des démarches sont entreprises afin d’arracher un projet pour son aménagement. Dans leur demande, ils ont sollicité la réalisation de tribunes, de vestiaires et d’une clôture », renchérit-il. Cependant, il dit néanmoins, que dans son village, le temps de la bouteille de gaz est révolu. « Le problème le plus complexe pour nous est résolu, nous venons de bénéficier d’un projet d’alimentation des foyers en gaz. Mais, nous regrettons seulement la mise en l’état des trottoirs et des chaussées de routes totalement défoncées », jubile dans une joie difficilement contenue, notre interlocuteur. Ce village avantagé par sa proximité de la grande ville, ses habitants même s’imprégnant petit à petit des vertus de la vie citadine basée sur l’amélioration des conditions de vie et l’autonomie, tiennent toujours à garder des repères et les us et coutumes, tels qu’établis par leurs aïeux, notamment la solidarité, pilier fondamental de la communion entre les membres de la communauté.
L. Beddar
