Béjaïa : Quatrième jour de la 6ème édition du FITB – Hommage à Kateb Yacine

Riche fut ce premier novembre, quatrième jour du Festival International du Théâtre de Béjaïa, consacré à Kateb Yacine. Cette journée a, d’abord, été consacrée à cet écrivain, dramaturge et poète de la révolution Algérienne, à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire de sa disparition. Ainsi, des rencontres ont eu lieu à la bibliothèque de la Casbah de Béjaïa, sur le lieu même où, six siècles plus tôt, un certain Ibn Khaldoun donnait ses cours. La matinée avait abrité une table ronde sur l’œuvre de Kateb Yacine, avec Olivier Neveux, professeur d’Histoire et d’esthétique du théâtre à Lyon, Salah Oudahar, poète et directeur artistique du festival Strasbourg-Méditerranée, et Brahim Hadj Slimane, poète, journaliste et metteur en scène. Devant un public intéressé chacun des conférenciers a exprimé sa vision sur l’œuvre du dramaturge algérien, laissant le soin aux spécialistes d’expliciter les nuances et les complexités de l’œuvre de Kateb. Il est certain que la richesse de cette œuvre et sa qualité littéraire ne se laisse pas pénétrer si on n’en a pas les clés de lecture. Durant l’après-midi, un film documentaire de vingt-six minutes a été projeté devant la vingtaine de personnes venues à la Bibliothèque. Le film a été présenté par son réalisateur, Brahim Hadj Slimane. «La troisième vie de Kateb Yacine» fut produit, en 2008, par la coopérative «Béjaïa Doc». Une rencontre avec d’anciens compagnons du dramaturge a permis à l’assistance d’entendre leur témoignage et de mieux connaître le personnage. Une visite sur les lieux où a vécu l’auteur de Nedjma, à Mostaganem, a permis de mieux connaître l’environnement dans lequel il avait évolué à l’époque. «Kateb, disait l’un deux, aimait travailler ses textes mot à mot, jusqu’à ce que les acteurs se les approprient et aient l’impression que se sont leurs propres mots». Il était populaire. Le dramaturge fréquentait les fellahs et les ouvriers et apprenait leur langage, jusqu’à saisir les plus profondes subtilités. Après la projection, un des compagnons de Kateb, Mahfoud Lakroun, a interprété de façon spontanée et en solo, un extrait de «Mohamed prend ta valise». C’était un moment plein d’émotions que le public présent a applaudi avec ferveur. Mahfoud est venu tout seul de Mostaganem. Il n’a pas été invité par le Festival et a dû se débrouiller tout seul pour son hébergement chez des amis. Il a tellement à raconter sur son ami Kateb qu’il aurait mérité à lui tout seul, un pupitre et un espace d’expression. La prestation fut suivie de la lecture, par Salah Oudahar, du texte d’une interview de Tahar Djaout qu’il avait réalisée au lendemain de la mort de Kateb Yacine, et publiée dans la revue Tafsut. Pour terminer l’hommage consacré à ce géant de la littérature et du théâtre algérien, sur une musique de Badis Hadj Slimane, le poète Brahim Hadj Slimane a partagé des vers écrits en hommage à celui dont l’œuvre reste encore à explorer, pour mieux essayer de la comprendre. De l’avis de tous, Kateb Yacine était insaisissable, toujours prêt à combattre pour la liberté contre ceux qui se sont approprié la Révolution algérienne, alors qu’ils ne l’ont pas faite, tels les intégristes religieux et les tenants du jacobinisme arabo-islamique.

N. Si Yani