“Bonne année, Monsieur le Président”

Partager

Il n’y a plus de spéculation sur l’état de santé de Abdelaziz Bouteflika. Après cinq semaines faites d’attente et de doute, le président de la République est rentré hier dans la matinée au pays. L’annonce de la venue du Président Bouteflika avait déjà planté le décor dans la capitale, qui s’est faite belle pour la circonstance. Tôt dans la matinée d’hier, les rues d’Alger étaient bondées de monde. Des dizaines de citoyens, de tous âges et venus de toutes les régions du pays, se sont amassés sur les trottoirs de plusieurs rues de la capitale pour accueillir le chef de l’Etat. Banderoles et portraits en main, d’autres citoyens, visiblement venus de l’intérieur du pays, ont pris d’assaut le parking de l’aéroport Houari Boumediène. Ils ont créé un air de fête. On se croirait dans une campagne électorale, ou une fête nationale. La longue durée de leur attente n’a en rien entamé leur détermination à voir le Président passer, eux qui n’entendaient depuis plus d’un mois que les rumeurs les plus folles.Pendant ce temps, les services du protocole de la présidence de la République s’affairaient à régler les derniers détails. Des badges aux invités, tout est passé au peigne fin. Rien n’est laissé au hasard. La même impression est donnée par les services de sécurité qui ont préféré arrêter la circulation sur la route que doit emprunter le cortège présidentiel. 11h 30min, l’avion présidentiel se pose sur le tarmac de l’aéroport international d’Alger, sous les coups de baroud et des youyous des femmes. Dans les rues, ceux qui ont appris la nouvelle par le biais de la radio commencent à jubiler. Ceux qui ont préféré rester chez eux ou encore ceux qui ont travaillé, ont pu suivre les premières images du Président foulant le sol algérien à la télé. Des hélicoptères des services de sécurité survolent toute la ville sous le regard curieux des présents. Première escale du cortège, place du 1er-Mai, au cœur d’Alger. Des dizaines de personnes surexcitées réagissaient à tout mouvement des véhicules de police, attendant avec impatience l’arrivée de la voiture présidentielle. Une heure après sa descente d’avion, Abdelaziz Bouteflika est arrivé à la place de la Concorde à 12 h 30’. Il quitte la voiture pour marcher à pied et saluer la foule sous les acclamations, notamment des jeunes. Plus de 200 mètres durant, du tunnel de la placette jusqu’à l’entrée supérieure de l’hôpital Mustapha, Bouteflika semble retrouver sa vivacité. S’arrêtant chez un groupe de jeunes pour les saluer, ou faire signe de la main à ceux qui ont préféré suivre le spectacle à partir de leurs balcons, le Président ne donnait pas l’impression de sortir d’une longue convalescence. Mis à part la pâleur qui reste encore visible sur son visage, Bouteflika balaie d’un simple coup de pied toutes les rumeurs qui le donnaient pour « moribond ». Rien de tout cela. Et cette impression a donné du mordant aux jeunes qui scandaient : « Bonne année Bouteflika, bonne année », ou encore « Que Dieu te guérisse ! » Arrivé à hauteur de l’hôpital Mustapha, le chef de l’Etat, qui semblait apprécier ce bain de foule, a poursuivi son parcours saluant la foule à partir de sa Limousine décapotable. Des jeunes ne pouvant suivre le spectacle de loin, ont forcé le cordon de sécurité pour s’approcher du Président et le suivre de plus près. D’un geste de la main et de larges sourires, ce dernier tentait de saluer le maximum de personnes. La scène s’est poursuivie plus de 200 mètres encore. Arrivé au niveau de Lapérine, Bouteflika s’est engouffré à l’intérieur de la voiture.Il a besoin de plus d’énergie, parce qu’une étape l’attend à quelques encablures de là. En effet, à quelques mètres du palais présidentiel, situé à El Mouradia, sur les hauteurs de la capitale, le cortège présidentiel s’arrête encore. Une foule immense et compacte attend, là encore. Mêmes gestes que ceux affichés quelques minutes auparavant. Mêmes acclamations des présents. Le Président fait le tour de la place de Pékin, où se situe le siège de la présidence. Quelques minutes ont suffi à ceux qui attendaient ici depuis la matinée pour voir de leurs propres yeux que le chef de l’Etat est bien là. Il est arrivé. Debout. Comme d’habitude. Ce n’est qu’à 13 h00 que le Président regagne son bureau à la présidence. Là encore, une autre tâche l’attend. Loin des foules et des clichés des photographes, Bouteflika doit parapher la loi de finances pour 2006. Un bon augure pour l’année qui commence aujourd’hui. Et une réponse qui se passe de tout commentaire pour ceux qui ont misé sur le pire.

Ali Boukhlef

Partager