l Il est grand temps de renouer avec le ramassage des olives et dans ce sens la dextérité des mains est mise à rude épreuve à travers nos champs, ainsi à Abizar c’est tous les membres de la famille qui sont convoqués pour profiter des moments de beau temps qui se font tout de même rares ces temps-ci. Et en plus du fait que toutes les familles possèdent au moins une dizaine d’arbres, et par conséquent seule la pléthore de mains peut constituer un plus, la cueillette s’effectue encore avec des moyens traditionnels et c’est tout le monde qui se limite à l’utilisation des filets et des bâches en plastique pour recueillir plus aisément les fruits qui tombent de l’arbre sous l’effet du gaulage, voire des vibrations qu’on lui fait subir. Cela sous réserve, bien sûr, que les olives ne soient pas arrivées à maturité car dans ce cas, elles tombent par terre sous l’action du vent et l’on aura juste la peine de les grappiller l’une après l’autre. A cet inconvénient temps s’ajoute le désagrément de récolter des fruits abîmés et impropres. Interrogé sur la période la plus propice pour la cueillette, un septuagénaire, visiblement aguerri et très initié aux moindres secrets relatifs à la culture des olives, nous explique que « c’est à la véraison que la quantité d’huile est à son optimum, et l’olive bien mûre ne donne pas forcément plus d’huile qu’une autre qui l‘est à peine. La réalité est que l’olive étant plus sèche, la proportion d’huile est plus importante mais la quantité absolue est la même ». Cette année et d’après les villageois, la récolte n’est pas des plus prometteuses. Chose, qui ne manquera, sans doute pas, de se répercuter sur les prix de l’huile qui oscillaient l’année passée à pareille époque entre 200 DA et 250 DA. C’est donc la mobilisation générale à travers toute la Kabylie pour aller à la rencontre de l’olivier, cet arbre millénaire qu’ont entretenu nos ancêtres au prix d’efforts soutenus, ce symbole de la liberté et de la résistance, cet arbre mythique qui nous a tant donné. Alors pouvons-nous nous permettre un seul instant, alléguant un zephyr ou une grisaille hivernaux, de renoncer à de telles retrouvailles ?
Kamel Oubellil
