Un pan de la mémoire collective s’en va

Situé à quelques encablures du chef-lieu de la commune de Saharidj, le village d’Ath Oualvane est l’un des plus anciens villages du arch Amchedal. Plusieurs fois centenaire, le déclin de ce village a commencé avec le déclenchement de la guerre de Libération nationale qui a vu les meilleurs de ses fils rejoindre le maquis et y mourir en martrys, vint ensuite le terrorisme qui aurait contribué à les décimer, n’était la vigilance des villageois qui ont réussi à déjouer le complot en donnant l’alerte et en se mobilisant pour repousser la horde sanguinaire, venue accomplir sa macabre besogne, malheureusement trois citoyens d’une même famille ont été froidement égorgés par une nuit d’hiver de 1997. Devant l’acharnement des terroristes, les habitants de ce village n’ont eu d’autre choix que de quitter massivement les lieux pour ne plus revenir, malgré maintes tentatives des autorités à les ramener chez eux, allant jusqu’à débloquer des enveloppes financières faramineuses dites « aides au retour des populations d’exode vers leurs villages », pour réduire la forte pression de l’exode massif sur les centres urbains, rien n’y fait, le village reste désespérément vide. On ne peut pénétrer dans ce village en empruntant des ruelles étroites, sans se sentir étreint par une forte émotion, partout où se pose le regard, c’est tout un pan de l’histoire de la région que l’on retrouve, une vue générale fait ressortir l’emplacement stratégique du village choisi pour faciliter sa protection aux temps des « Razzias » qui remontent à plus de deux siècles ; le regard est ensuite attiré par l’architecture toute de pierre taillée, chaque pièce est unique et démontrent une besogne qui a demandé une patience de fourmi et un goût artistique prononcé, des pièces de musée uniques aussi incroyable que cela puisse paraître. Nous avons remarqué aussi des maisonnettes à la toiture en chaume d’où l’ancienne appellation de « chaumière » d’autres maisons composées d’une seule pièce, comprennent « adaynin » (écurie pouvant contenir l’âne et la paire de bœufs), Thissi (niveau supérieur pour la poterie), « Agrour » (grenier sans doute l’un dérivé de l’autre) servant aux provisions de céréales et l’huile, le reste de la pièce avec un Kanoun au centre sert de cuisine et de dortoir pour toute la famille. Pour revenir à l’état actuel de ce village : il est tout simplement désolant avec une dégradation avancée et une détérioration progressive, il ne tardera pas à disparaître complètement en emportant avec lui un pan de l’histoire de toute la tribu d’Imechdallen, à titre d’exemple pour tout litige de n’importe quel village de l’arch, qu’on n’arrive pas à régler localement, c’est à ce village que les villageois s’adressent pour régler définitivement le problème sans possibilité aucune de… recours.

Omar Soualah