Le regrettable état d’abandon dans lequel se trouve la polyclinique d’Aomar fait d’elle aujourd’hui une structure qui n’a presque plus rien de sanitaire. Elle continue, cahin-caha, à fournir des services réduits à leurs plus simples expressions dans de tristes conditions. Hormis les consultations de médecine générale et de dentisterie, les changements de pansements et les injections, la polyclinique n’offre aucun autre service. Une pléthore de personnels, qui devrait pourtant la faire fonctionner au mieux de ce qu’elle peut offrir comme services se trouve désoeuvrée. Elle ne compte pas moins de deux médecins généralistes (un troisième vient tout juste de se faire muter au secteur sanitaire de Bouira), deux dentistes, sept infirmières, trois infirmiers dont un chef de service, une sage-femme, une secrétaire et cinq agents de sécurité. Avec cette kyrielle de professionnels de la santé, les consultations ne sont plus assurées, et cela depuis des lustres, comme auparavant au niveau des centres de santé des villages de la commune. Par le passé, un médecin assurait dans chaque centre, au moins une fois par semaine, la consultation des malades. Alors que les populations d’Aomar s’attendaient légitimement à une meilleure prise en charge de leurs problèmes de santé, ils voient leurs acquis se réduire comme une peau de chagrin. Ils se voient tous contraints de se diriger vers la seule structure encore fonctionnelle de la commune, laquelle n’arrive plus à faire face convenablement aux besoins d’une population, pour la plupart indigente, de 24000 âmes. Son entretien semble n’être le souci de personne. En dehors de quelques coups de balai ou de serpillière il n’est plus assuré. L’état de délabrement vers lequel elle s’achemine n’émeut que ceux qui n’ont pas les moyens de se payer les services de la médecine privée. Si les murs sont à peu près propres, les lampes grillées ne sont pas remplacées. Les carreaux cassés l’exposent à tous les vents. Par ce temps hivernal l’air y est glacial. Il règne un froid sibérien. Le chauffage central, dont l’installation a dû coûter une fortune ne marche plus. Il faut beaucoup de courage aux malades pour se déshabiller dans la salle de consultation et davantage aux bébés pour se faire vacciner dans la salle de soins. Chaque malade risque fort de ressortir de ces chambres froides au moins avec une grippe s’il échappe à la bronchite. Tous ces problèmes ne datent, évidemment, pas d’hier et aucun des responsables qui se sont succédé à la tête de ce secteur ne semble pas avoir été préoccupé par le bien-être des malades ni même par celui de son personnel sinon pourquoi n’a-t-il pas fait installer des chauffages au gaz de ville comme il a été fait pour le logement d’astreinte?La maternité jouxtant la polyclinique n’est pas mieux lotie. Celles qui viennent y accoucher doivent, si elles veulent éviter des complications, ramener avec elles suffisamment de couvertures pour se prémunir contre le froid. Faute de réchaud, elles doivent aussi se contenter de manger froid. En fait, il ne leur est offert qu’un lit à la propreté douteuse et la seule compétence d’une sage-femme ou d’une accoucheuse. Si, par malheur, un accouchement se présente mal ou se complique il n’y a même pas une ambulance pour évacuer la patiente vers l’hôpital, celle dont disposait la polyclinique a été reprise, il y a des années, par l’hôpital de Lakhdaria. Il n’y a même pas un téléphone pour appeler les pompiers en cas de nécessité, celui qui s’y trouvait aurait fait l’objet d’un désistement. Il n’y a aucun médecin pour intervenir en cas de besoin; seule tantôt une sage-femme, tantôt une accoucheuse, livrée à la protection divine et à la baraka des saints d’Aomar, assure le service, aidée d’une femme de ménage. Les trois accoucheuses et les deux sages-femmes qui tiennent la maternité travaillent en alternance et assurent chacune une permanence de 24 heures. Si le constat paraît amer, défaitiste et alarmiste, il est aussi démoralisant pour une population qui ne comprend plus comment au lieu d’aller vers le mieux on n’arrive même plus à lui assurer un SMIG sanitaire dans des conditions acceptables. Comment une polyclinique qui assurait par le passé une couverture sanitaire dans de bonnes conditions se trouve aujourd’hui réduite à un état de déliquescence aussi déplorable? Comment a-t-on pu la ramener à un niveau qui n’est guère mieux que celui d’une simple infirmerie de campagne?
Ahmed Chibani
