Retour sur l’année 2014 – Douze mois en six faits marquants

L’année 2014 aura été riche en événements. Nous tenterons de retracer quelques-uns des faits les plus marquants à l’échelle de la wilaya de Bouira

Gourdel où le «cafouillage» médiatique

L’actualité dans la wilaya de Bouira en cette année 2014 a été encore une fois marquée par un regain de l’activité terroriste. Certes, les groupes terroristes sont très affaiblis et acculés, mais ils ont toujours cette capacité de nuisance, comme en témoigne les nombreuses incursions et attaques enregistrées durant la seconde moitié de cette année qui s’achève. La dernière en date remonte à mardi dernier lorsqu’une caserne militaire a essuyé des tirs au mortier artisanal (Hebhab) sur les hauteurs d’El Mokrani, à l’ouest de la wilaya. A l’Est de Bouira, c’est un convoi de travailleurs étrangers chargés de la réalisation de la pénétrante autoroutière Ahnif-Béjaïa qui a été attaqué le mois de novembre dernier, par un groupe terroriste. Au courant du même mois, un faux barrage a été dressé sur la CW98 entre Ath Yekhlef et M’Chedallah. Un citoyen sera délesté de son véhicule qui sera retrouvé quelques jours plus tard à Illithen, sur les hauteurs de Saharidj. Quelques jours après, un groupe de terroriste a tenté de racketter en plein jour un exploitant d’un poulailler à Allouach, dans la même région de M’Chedellah. Au mois de septembre, un groupe de randonneurs sera intercepté à Tala Rana, en contrebas du mont de Lalla Khedidja. Les jeunes randonneurs seront relâchés par leurs ravisseurs après les avoir rackettés. Quelques plus tard, soit le 23 septembre, un groupe terroriste du nom de «Jound El Khilafa », affichant clairement leur allégeance au « Daech » d’Abou Bakr El Baghdadi, une nébuleuse terroriste activant en Irak et en Syrie, intercepte pas loin d’Ath Ouabane (W de Tizi-Ouzou) un véhicule à bord duquel se trouvait un ressortissant français, en l’occurrence Hervé Gourdel. Ce dernier sera enlevé avant d’être exécuté quelques jours plus tard. Cet acte terroriste qui a ciblé un ressortissant étranger fera couler beaucoup d’encre aussi bien dans les médias que sur les réseaux sociaux. La sur-médiatisation de l’événement était prévisible. Car cela est intervenu dans un contexte international marqué à la fois, par la montée en puissance de la nébuleuse terroriste du « Daech », de laquelle se réclamaient les ravisseurs du ressortissant français et de l’offensive internationale contre cette mouvance. Ceci étant dit, la course effrénée à l’information a provoqué un cafouillage médiatique sans précédent. Durant plusieurs jours, la station climatique de Tikjda sera désignée à tort dans la quasi-totalité des comptes-rendus de la presse comme étant le lieu présumé du rapt. Or, toutes les sources autorisées avaient balayé cette hypothèse. La notoriété du site et sa proximité avec l’endroit de l’enlèvement expliquent le fait qu’il soit mis sous les projecteurs. Il faut dire que ce site a été longtemps carrément déserté par les touristes car étant la proie à de nombreuses attaques terroristes. Des attaques qui s’étaient soldées par la destruction de l’infrastructure hôtelière. L’activité touristique, elle, y a été complètement anéantie. Cependant, il y a eu peu à peu un retour à la normale et ce à la faveur de l’amélioration des conditions sécuritaires. Ce site hautement stratégique a plus besoin de promotion que d’une « mauvaise pub». Toujours au plan sécuritaire, 2014 a vu un redéploiement des services de sécurité sur le terrain mais aussi une intensification de la lutte anti terroriste.

La «fièvre» monte à Bouira

L’épidémie de la fièvre aphteuse a été un des faits qui ont défrayé la chronique durant l’été 2014 dans la wilaya de Bouira. Le premier foyer du virus a été détecté au début du mois d’août dernier dans la commune d’Ain Turk. Ce que l’on croyait au départ être un cas isolé prendra par la suite les allures d’une épidémie. La maladie s’est très vite propagée pour toucher plus d’une vingtaine de communes de la wilaya, et ce, en dépit des tentatives des services agricoles (DSA) de stopper la propagation de virus. Chaque jour, de nouveaux foyers de la maladie sont signalés et des bêtes atteintes abattues. Un bilan établi le 11 août, quelques jours après l’apparition de la maladie, faisait état de 340 cas. Et en mois de dix jours, 120 nouveaux ont été enregistrés. Chez certains éleveurs, les premières pertes commençaient à se faire ressentir tandis que chez d’autres la crainte de voir leur cheptel décimé était omniprésente. Bon nombre d’entre eux refuseront carrément de vacciner leurs cheptels. En revanche, ceux qui réclamaient du vaccin n’arrivent pas à s’en procurer. Car, il y a eu rupture de stock. Ceci dit, dans les jours qui ont suivi, un quota de 11. 000 vaccins a été réceptionné et les opérations de vaccinations ont aussitôt débuté. Dès lors, la maladie commençait peu à peu à être circonscrite. Au final et en l’espace de 10 jours, 465 bêtes avaient été abattues à travers la wilaya. Cet épisode de la fièvre aphteuse a levé le voile sur les problèmes chroniques auxquels fait face la filière de l’élevage bovin. Souvent exercée dans des conditions primitives, très loin des normes en termes d’hygiène, de vaccination, cette activité reste précaire et gagnerait à être modernisée. Ceci d’une part, il y a lieu de relever d’autre part un manque flagrant de réactivité des services concernés et l’absence d’un plan à même de prévenir les maladies mais aussi de moderniser la filière.

Sarl «El WaâdEl Sadek» : Une arnaque à connotation religieuse

La Sarl «El Waâd El Sadek», est l’un des principaux faits marquants de 2014. Jamais une entreprise n’a suscité autant d’engouements et aussi des interrogations de la part de la population. Son propriétaire, M. Moulay Salah, un enseignant de mathématiques de formation, a su en quelques mois bâtir «un empire», dans l’achat et ventes de véhicules au niveau de la commune de Sour El Ghozlane. Mais ce monsieur, avait une «technique» aussi particulière qu’intrigante, pour faire fructifier son business. Il vendait à perte ! Une Mercedes Benz à 100 millions de centimes ? Oui, c’était faisable chez El Waad Sadek. La dernière Seat Léon à 120 millions de centimes, rien de plus facile ! D’ailleurs, en un laps de temps très court, le marché de voitures de Sour El Ghozlane, était devenu «la Mecque» pour les acquéreurs et autres vendeurs de voitures. Cependant très vite, l’«empire» a commencé à s’effriter et les citoyens, commençait à crier à l’arnaque. Cette Sarl, a très vite manqué de liquidités afin de continuer à faire miroiter aux gens monts et merveilles. Les dettes ont commencé à s’accumuler, pour atteindre au mois de mai dernier, la somme faramineuse de 3000 milliards de centimes ! Et les ennuies n’ont fait que commencer pour cette Sarl et son fondateur. Cette entreprise a été déclarée en faillite par les services de la DCP de Bouira, son propriétaire, est jusqu’à aujourd’hui, sous la coupe de trois mandats d’amener, émis par la justice. Bref, après avoir atteint les sommets, cette Sarl a touché le fond. Mais au-delà de cette arnaque, c’est le rôle des pouvoirs publics, ou bien leur «tolérance» vis-à-vis à de cette entreprise qui interpelle plus d’un. La direction du Commerce, comme la justice et le fisc, ont trop tardé pour sévir contre les pratiques plus que douteuses de cette Sarl. Résultats : des milers de citoyens (crédules ou cupides), se sont retrouvés ruinés du jour au lendemain. Et pendant ce temps-là que fait M. Moulay ? Il court toujours…

Logements sociaux : Des émeutes, puis le flou

Autre fait qui a marqué l’année écoulée, du moins à l’échelle locale, est sans conteste les émeutes des logements. Ainsi, tout a commencé le à partir du 4 août dernier jusqu’à récemment encore, au rythme des fermetures de routes, sit-in et même des émeutes. La colère des non-bénéficiaires a tout emporté sur son passage. D’ailleurs, lundi 4 août restera comme un lundi «noir», tant la ville s’est embrasée. En effet, des dizaines de citoyens mécontents ont manifesté leur désapprobation aux abords du siège de la daïra et celui de l’APC de Bouira où un dispositif de sécurité a été déployé par les forces de l’ordre pour parer à toute éventualité de débordement. D’autres renforts de police ont été déployés dans plusieurs endroits de la ville, tandis que dans l’après-midi, la circulation a été rendue très difficile dans plusieurs quartiers, notamment à proximité du siège de la daïra et au niveau du quartier populaire «Evolutif». D’autres localités, à l’image de Thamar et Saïd Abid, ont été carrément coupées du monde. Dans le bourg de Thamar, les protestataires, réclamant un quota supplémentaire de logements sociaux, avaient bloqué la RN05 durant toute une journée. Ainsi, sur 300 postulants aux logements sociaux issus du village Thamar, seulement un seul nom figurait sur la liste des bénéficiaires affichée. Dès lors, une commission de recours a été mise en place par les autorités, afin d’étudier au cas par cas les plaintes des uns et des autres. Aussi, une «présumée» commission d’enquête devait faire la lumière sur ces listes de la discorde. Cependant et cinq mois plus tard, le flou total entoure ces listes. Tout d’abord, le wali de Bouira, a tout récemment démenti catégoriquement, l’existence d’une quelconque commission d’enquête. Pourtant l’ex-chef de daïra de Bouira, avait publiquement donné cette information, qui a été relayée par toute la presse, même la plus officielle. Concernant les recours introduits, on apprendra que sur 3560 recours, uniquement 28 sont fondés. Dans cette confusion, les seuls perdants sont les bénéficiaires et le requérants. Tous n’ont pas reçu leurs clés. Ces faits, font craindre le pire pour cette nouvelle année 2015.

Flambée de la pomme de terre : Le Syrpalac pointé du doigt

Les mercuriales ont eu également, lors de cette année 2014, leur «quart d’heure de gloire », comme disait Andy Warhol. Un légume en particulier, a fait couler beaucoup d’encre. Il s’agit bien évidement de la pomme de terre. Ce tubercule, a flambé durant des mois. Son prix a quadruplé en l’espace de trois mois, passant de 30 DA/kg à 120 DA ! Cette flambée a porté un sérieux coup aux bourses des ménages. D’ailleurs, les algériens comme à leur habitude, ont tout de suite tournée cette envolée sous le ton de l’humour et la dérision, en proposant que «la patate», soit «remboursée par la sécurité sociale», au même titre que les médicaments. Mais trêves de plaisanteries, cette flambée résulterait selon certains, du fait d’un «un dysfonctionnement du Système de régulation des produits agricoles frais de large consommation (Syrpalac). Ainsi, d’après M. Abdelaziz Ait Abderrahmane, directeur général de la Régulation et de l’organisation des activités auprès du ministère de l’agriculture, a souligné que la Syrpalac, n’a pas pris en considération, les signaux d’alertes émis par son département. «Nous avons lancé un signal dès le début septembre, quand les prix ont commencé à augmenter, pour faire rentrer sur le marché les quantités stockées. Cet appel n’a pas été pris en considération (…) Le marché n’avait pas été alimenté à temps», a-t-il indiqué avant d’ajouter: «jusqu’à présent (novembre, ndlr) ,aucun stockage clandestin à grande échelle n’a été révélé. Cependant, nous avons eu une quantité nettement moins importante que celle de l’année dernière». Ces dysfonctionnements ont été rappelés par le gouvernent, mais aussi et surtout, par «l’arrivage» en grande quantité de la production de la plaine de Chlef, qui a inondé les marchés en ce mois de décembre. La baisse a été amortie par l’épisode pluvieux de la semaine dernière, qui a retardé la récolte de quelques jours. Mais avec le retour du soleil, la campagne de récolte a repris massivement, permettant d’approvisionner le marché malgré le stockage qui a repris, en prévision de la période de «soudure» de mars-avril. Désormais, la pomme de terre oscille entre 36 et 40 DA le kilo.

Tronçon autoroutier Bouira-Lakhdaria : 2015 le bout du tunnel ?

«C’est une véritable catastrophe, ou plutôt une mascarade. Tous les acteurs de ce projet doivent assumer leurs responsabilités», c’est en ces termes, qu’a qualifié le ministre des Travaux publics, M. Abdelkader Kadi, le projet de mise à niveau du tronçon autoroutier, situé entre Bouira et Lakhdaria, sur une distance de 33 kilomètres, lors de sa première visite effectuée à Bouira, le 13 septembre dernier. Le ministre, n’avait pas épargné l’entreprise en charge des travaux, à savoir, l’ETRHB-Haddad, en lui assenant: « Votre entreprise est défaillante sur toute la ligne ! Depuis l’entame du projet, vous n’avez pas cessé d’accumuler les retards et autres arrêts. Cette mascarade doit cesser !». Pour rappel, l’ex-wali de Bouira, M. Ali Bouguerra, accompagné d’un haut responsable du ministère des Travaux publics, avait annoncé en septembre 2012, que le chantier de la mise à niveau de ce point noir du tronçon autoroutier débuterait au mois d’octobre de la même année et que les entreprises chargées des travaux avaient même déjà été choisies (ETRHB-Haddad et Altro). Cependant et deux années après, le chantier n’a enregistré aucune avancée notable, ni même la moindre réfection. Néanmoins, lors de sa seconde visite à Bouira, effectuée le 1er décembre dernier, ce même ministre s’est montré « très conciliant» avec la même entreprise qu’il accablait trois mois plus tôt. «Les retards enregistrés n’incombent pas à une seule entreprise, ils nous incombent à tous. Nous prendrons le temps qu’il faudra pour faire des études approfondies afin de régler définitivement ce problème», a-t-il déclaré. Un étrange «volt face», qui a surpris plus d’un. Quoi qu’il en soit, il est fort à parier que le projet de mise à niveau du tronçon autoroutier fera encore parler de lui en 2015, espérons juste que ça ne figurera pas dans la rubrique des «éternels retards».

R. B/D. M