Baqalem ou Thamazirth sont les vrais noms de ce hameau qui, au fil du temps, en a pris d’autres. Surnommé, aussi, «Les pères», par allusion aux pères blancs qui s’y sont installés, jusqu’aux années 70, il est, actuellement appelé, à tort d’ailleurs, Ouaghzen, du nom du village voisin, situé 500 mètres, plus haut. En dehors de l’école primaire, héritage des pères blancs, et de l’école du tapis qui ont fait, jadis, sa renommée, Baqalem a perdu tout ce qui faisait son charme et son aura, que ce soient ses jardins ou ses constructions de style européen, tout ce qui témoigne de son passé. Situé à 4 kilomètres du chef-lieu de la commune de Aïn El Hammam, ce petit village, loin des regards, souffre de l’isolement, dans la plus totale indifférence. Le chemin qui le relie à la route nationale n°72, perpétuellement défoncé, est à la limite de l’impraticabilité. Les rues du village ne sont guère mieux loties, au grand dam des habitants qui ne comprennent pas qu’en aval un sentier, peu fréquenté, ait fait, récemment, l’objet de travaux de bétonnage. D’autres voies plus importantes auraient dû passer, avant. En effet, en amont, les écoliers pataugent dans la boue sur les routes menant de l’école aux villages voisins. Quant à l’éclairage des ruelles, il se limite à de simples lampes allumées généreusement par des habitants qui éclairent les devantures de leurs maisons. Cette bourgade, aujourd’hui oubliée, était plutôt destinée, à l’origine, à devenir un pôle éducatif pour tout l’ex-Michelet vu que l’instruction y a pénétré dès les premières années de la colonisation de la Kabylie. Hélas ! il n’en fut rien et les différents responsables qui se sont succédés, lui ont ôté ce rang de locomotive qui était le sien. «Thamazirth est peut-être le hameau le moins peuplé de la commune mais ses habitants n’ont pas moins de mérite que les autres», affirment les villageois qui attendent un peu plus de considération, ne serait-ce que pour ce que fut ce village, lieu de culture et de savoir, par excellence, qui a tant donné pour toute la région des Ath Menguellet, dont il est le centre. En effet, c’est ici que la première école française, celle des pères blancs, a vu le jour, avant que les sœurs blanches ne leur emboîtent le pas avec l’ouverture d’un ouvroir où la plupart de nos mères et grands-mères ont appris à lire, à écrire et aussi à devenir de bonnes mères de familles. Malgré le départ des religieux, dans les années 70, le village a gardé une certaine animation grâce à la construction d’une école du tapis et surtout avec l’ouverture d’une école fondamentale du troisième palier (CEM). Cependant, en 1997, la construction d’un nouveau CEM, un kilomètre plus loin, a plongé le bourg dans l’anonymat et on oublierait presque son existence si ce n’était la vieille école primaire qui demeure toujours en place et la réouverture, il y peu, du centre artisanal, après une dizaine d’années de fermeture. Pour qui connaît la région, il est facile de déduire que l’installation des pères blancs en ces lieux, si différents des environs immédiats, n’est pas le fruit du hasard. Au contraire, plusieurs paramètres ont motivé leurs choix. En plus de sa discrétion, l’endroit se trouve à équidistance de la plupart des villages de la région, ce qui devait faciliter aux missionnaires d’alors, le contact avec la population. Par ailleurs, vue des hauteurs, Thamazirth ressemble à un îlot qui se distingue des collines avoisinantes par sa présence de l’eau. Les premiers habitants qui se sont implantés autour de ce noyau que fut la maison des pères, ont eu l’avantage de bénficier de l’aide et des conseils de leurs hôtes pour mettre en valeur leurs propriétés en les dotant, chacune, de son propre puits. Les villageois n’éprouvaient, alors, nul besoin de se rendre à la fontaine du village voisin, pour puiser leur eau qui est, d’ailleurs, si abondante qu’on assista à l’émergence de nombreux jardins potagers ainsi qu’à une arboriculture florissante et diversifiée. Les arbres fruitiers introduits par les missionnaires, noisetiers, châtaigniers, amandiers et d’autres espèces, dominent largement, et jusqu’à présent, les espèces locales tels le figuier ou le cerisier. Cependant, il faut noter que beaucoup d’arbres fruitiers, rares chez nous, risquent de dépérir du fait du manque d’intérêt des jeunes pour l’agriculture, se contentant seulement de maintenir ce qui existe déjà, pour la consommation familiale. Certains jardins sont carrément délaissés par leurs propriétaires dont beaucoup de chrétiens, partis, ces dernières années, pour d’autres cieux. Dans un autre registre, il y a lieu de constater que l’ex-ouvroir est aujourd’hui à l’abandon. En effet, non contente de négliger son entretien, l’APC trouve, là, l’endroit idéal pour s’approvisionner en tuiles ou autres matériaux pour réparer, ailleurs, à moindres frais. Au moment où les autorités locales se plaignent du manque de terrains d’assiette pour d’éventuelles constructions, elles seraient bien inspirées si elles pensaient à la restauration d’un tel édifice dont l’impact sur la population locale serait double, car, en plus de disposer de nombreux locaux à des fins éducatives, sans dépenses excessives, on exaucerait le vœux de nombreux nostalgiques de la «vieille école» dont la réparation est réclamée, à maintes occasions. Thamazirth a tout pour être une havre de paix, pour peu qu’on s’y intéresse et qu’on lui donne les moyens de revivre.
Nacer B.
