Un quidam qui aurait le malheur de bosser pour une société privée, fut-il son gérant, et qui aurait l’outrecuidante prétention de rouler carosse en se payant un véhicule à crédit, devra accepter de subir une drôle d’épreuve, trop imbécile pour ne pas constituer tout bonnement une manière de l’éconduire en s’en lavant les mains… En effet, la banque — de surcroît privée — exige entre autres pièces, la DAS (déclaration annuelle des salaires) de l’employeur privé — laquelle DAS est requise par la CNAS en fin d’exercice et établie dans le strict respect de ses prescriptions. Depuis l’année passée, la mode étant au tout informatique, le formulaire a été remplacé par une disquette. La CNAS, par un curieux sens du formalisme, refuse d’entériner le document tiré de la disquette au motif qu’il ne porte pas son entête et en dépit du fait que son contenu soit en tout point conforme avec celui de cette fameuse disquette qui nous a fait rentrer de plain-pied dans le modernisme bureaucratique ; ses agents invoquent après un regard circulaire, une circulaire de leur direction générale des deux bassins…Devant l’air désolé du quidam qui ne sait plus comment sortir de cette impasse bureaucratique très algérienne, la gracile préposée de la banque, toute contente de justifier son refus, lui fait un sourire de sadique compassion en haussant les épaules pour lui démontrer que c’est indépendant de sa très bonne volonté…
Jouad
