La diffusion de la presse écrite dans la région sud de la wilaya de Bouira, continue à se faire de manière presque artisanale et beaucoup de citoyens sont pénalisés par une prise en charge fort déficitaire de ce segment important qui participe à l’information de la population et la formation de l’opinion. En effet, dans le chef-lieu de commune de Sour El Ghozlane, une commune de 50. 000 habitants, le dépositaire du centre-ville écoule les exemplaires qui lui sont destinés dès les premières heures de la matinée. Sur les étalages, il ne reste, après onze heures, que les hebdomadaires arabophones en couleur. Les lecteurs arrivés tardivement n’ont d’autre choix que de se tourner vers les revendeurs installés pour la plupart sur les trottoirs de la rue Mazani-Mokhtar. Ces buralistes informels s’approvisionnent chez le dépositaire principal dès l’arrivée des paquets de journaux. Il va sans dire que les prix pratiqués sur le trottoir comportent leur marge bénéficiaire qui ne descend pas au-dessous de 2 dinars. Le journal à 12 DA est une règle établie depuis plus de dix ans dans la ville de Sour El Ghozlane. En outre, le nombre d’exemplaires disponibles sur le territoire de cette grande commune, est loin de répondre à l’attente des lecteurs potentiels. Ancienne ville forte du fief de l’administration coloniale dans la région, Sour El Ghozlane avait des traditions citadines et culturelles qui la mettaient à la tête des villes de la wilaya de Bouira en matière de consommation des produits de presse pendant les années 70/80. Un enseignant à la retraite se souvient avec nostalgie de l’engouement de l’ancien Aumale pour la presse française (Le Monde, Le Figaro, L’Humanité, Le Canard enchaîné…). Il est vrai qu’aujourd’hui le lectorat n’est plus ce qu’il était, mais, le déficit en matière de diffusion de la presse est bien visible, particulièrement lorsqu’on sait que sur un rayon de plus de 20 kilomètres aucun autre dépositaire de journaux n’existe. Des communes entières, situées à la lisière des wilayas de Médéa, M’sila et Bordj Bou Arréridj sont dépourvues de point de vente de journaux. Certaines collectivités locales, après avoir lancé des avis de publicité par le truchement de l’ANEP, ne peuvent même pas se procurer la coupure de presse contenant leur publicité. Elles font toute une gymnastique pour en obtenir des photocopies au niveau de la wilaya ou ailleurs. Quant aux enseignants et fonctionnaires isolés aux confins de Ridane ou Taguedite, ils se contentent de lire, quelques jours plus tard, de vieux exemplaires acquis auprès d’amis ou de collègues de la ville. La même situation règne à El Hachimia, une ville située à mi-chemin entre Bouira et Sour El Ghozlane. Erigée au chef-lieu de daïra depuis 1991, cette ville de quelques dix mille habitants ne possède aucun dépositaire de journaux. Les propriétaires de bureaux de tabac se déplacent au chef-lieu de wilaya pour acquérir quelques exemplaires de quatre ou cinq journaux qu’ils revendent à 13 DA. Un ancien dépositaire exerçant jusqu’à la fin des années 1980 explique les raisons qui l’ont poussé à abandonner cette activité : « Mes paquets de journaux étaient déposés soit à Sour El Ghozlane, soit à Bouira. C’était à moi d’aller les chercher là où ils se trouvaient. Il arrivait qu’ils s’égarent carrément. Pour la marge bénéficiaire qu’on nous consent, c’était une pure perte, une perte de temps, par-dessus le marché. Alors j’ai préféré abandonner ».
Amar Naït Messaoud
