Le projet du théâtre de plein air de Bouira, lequel a englouti plus de 32 milliards de dinars, est toujours à l’arrêt. Ce chantier a tellement accumulé les retards et autres arrêts, qu’il a été qualifié par le wali de Bouira de « risée de la ville ». Et pour cause, l’ordre de service (ODS) de ce chantier a été signé en mars 2010 pour une durée de réalisation qui ne devait pas excéder les 30 mois. Il a accumulé un retard de 24 mois. Entre temps, ce chantier a certes avancé mais sa date de livraison, prévue pour ce mois de mars, risque fort de ne pas être respectée. Au mois de décembre dernier, aussi bien les responsables de l’entreprise réalisatrice que le directeur de la culture avaient affirmé que ce projet « sera fin prêt » pour ce mois de mars. Dans le but d’en savoir plus sur le sujet, nous avons pris attache avec le chef de projet. Ce dernier nous a expliqué que les travaux « ont certes connu un léger retard, à cause des récentes intempéries qu’a connues la région ». Il a ajouté : « Avec le retour du beau temps, nous comptons relancer la cadence et l’achever pour les mois de mai à juin prochains ». L’argument avancé est certes crédible, néanmoins il ne peut à lui seul expliquer cet arrêt. En effet, et selon des sources crédibles auprès de l’entreprise réalisatrice, les matériaux nécessaires à la finition de ce théâtre n’ont pas été livrés dans les délais. Quoi qu’il en soit, mauvaises conditions climatiques ou défaut de matériaux, ce chantier demeure l’un des points noirs du secteur de la culture à Bouira.
Salle Errich : une réhabilitation qui s’éternise
Le même constat a été fait du côté du projet de la réhabilitation de la salle de cinéma Errich, puisque ce chantier est toujours à l’arrêt. Et des arrêts, ce projet en a connus à la pelle. Il y a lieu de souligner que l’infrastructure existe déjà et qu’on parle d’une simple réhabilitation. Son inscription remonte à 2009 et l’autorisation de programme (AP), d’un montant estimé à 80 millions de dinars, a été signée en 2010. Au début, les travaux allaient bon train, mais six mois plus tard, ils ont connu leurs premiers piétinements. Pourtant, l’entreprise tout comme le bureau d’études n’avaient pas à accomplir les douze travaux d’Hercule. Loin de là. Il s’agissait seulement de procéder à l’installation des fauteuils et de l’éclairage scénique, au traitement acoustique, à équipement de la scène et à d’autres travaux de maçonnerie et de boiserie. Bref, rien de bien extraordinaire. Mais coup de théâtre, sans mauvais jeu de mot, quelque temps après le début du chantier, on demande déjà une rallonge budgétaire, ou pour être plus précis, une réévaluation de l’AP. Et c’est là que le bât blesse et des questions se posent. 80 millions de dinars ne suffisent donc pas pour réhabiliter une bâtisse de moyenne envergure? Quels sont les travaux de réfection qui peuvent engloutir 80 millions de dinars, soit 8 milliards de centimes? Des questions que les ex-responsables du secteur n’ont pas jugé bon de se poser. Bref, avec trois ans de retard et des rallonges budgétaires, ce projet traîne toujours. Hier, lors de notre passage sur les lieux, nous avons trouvé la porte de ce théâtre fermée et un gardien rencontré sur place nous a avoué que le chantier est à l’arrêt depuis plus deux mois. « Ne vous fatiguez pas, les travaux sont en stand-by », a-t-il indiqué. Voulant en savoir plus sur le sujet, nous avons interrogé notre vis-à-vis sur les raisons de cet arrêt. Il nous répondra avec un léger rictus : « Les matériaux nécessaires viennent tout juste d’arriver ». Et d’ajouter : « Tout ce que je sais, c’est que le projet est en phase finale et devrait être achevé d’ici un mois ou deux ».
Annexe de la BN : le bureau d’étude aux abonnés absents
Autre projet figé dans le temps, c’est sans conteste celui de l’annexe de la bibliothèque nationale (BN), située au niveau du chef-lieu de la wilaya de Bouira. Ce chantier enregistre un retard des plus considérables. Cette structure, qui devait être réceptionnée au mois d’août dernier, demeure irrémédiablement à l’arrêt. La cause ? Et bien selon le chef de projet rencontré hier, « le bureau d’étude a carrément disparu de la circulation laissant le projet à l’abandon ». Le responsable du chantier ajoute : « Cela fait près de deux mois que nous attendons un groupe électrogène. Sans électricité on ne peut absolument rien faire ! ». Il est vrai qu’au moment de notre présence sur les lieux, les quelques ouvriers croisés prenaient allègrement « un bain de soleil ». Lors de sa récente visite effectuée sur ce chantier, le premier magistrat de la wilaya a pris connaissance d’un énorme contentieux entre l’entreprise réalisatrice et le bureau d’étude. D’ailleurs, le lendemain de cette visite, les deux protagonistes avaient été convoqués au bureau du wali, afin de mettre un terme à leur litige. Cependant, il semble bien qu’aucune issue positive n’a été trouvée. Tous ces projets, soit en retard ou carrément à l’arrêt, pénalisent fortement l’émergence de la culture à Bouira, laquelle, il faut bien le souligner, est mise en veilleuse depuis plusieurs années. Les responsables du secteur, au même titre que le wali de Bouira, sont appelés à veiller au grain et surtout prendre les mesures nécessaires à l’égard des différents acteurs de ces projets, car il y va de la crédibilité de toute une wilaya et de ses responsables.
Ramdane Bourahla
