Cela fait longtemps qu’ils n’ont pas profité autant de cette fête. Le hasard du calendrier aidant, les élèves des écoles et lycées ont été libérés l’avant-veille de l’Aïd, c’est à dire le dimanche et ce, jusqu’à samedi. Grâce à ces vacances providentielles, les enfants ont pu goûter pleinement à cette fête tant attendue. D’habitude, les deux journées de l’Aïd et du lendemain, officiellement chômées et payées ne permettaient pas aux enfants de jouir pleinement de la fête, ce qui a toujours déplu aux enfants et à leurs parents. Sans « thassewiqt » la fête n’en serait pas une. « Si les petits ne vont pas au marché, l’Aïd n’a pas de sens », dira ce père de famille ravi de sortir ses gosses. Cette année, malgré la pluie et le froid, ils ont eu la chance d’étrenner leurs nouveaux habits, durant deux jours. La grande rue a été fermée à la circulation automobile. Il fallait jouer des coudes pour se frayer un passage et se rendre de l’autre côté de la ville. Chez nous, la fête commence un jour à l’avance par la traditionnelle « Thassewiqt » où grands et petits se rendent aux marchés, qui pour des achats de dernière minute, qui pour l’achat de jouets et de friandises. Qu’il pleuve ou qu’il neige, on ne peut faire l’impasse sur cette journée. Les grands ne pensent qu’à se plier aux caprices des petits. Ne dit-on pas que l’Aïd est la fête des enfants ? Toutes les folies sont permises « pour faire plaisir » à la progéniture. On justifie la dépense, peu raisonnable, consentie pour l’achat du mouton, par « c’est pour les enfants ». Le jour J est réservé à la famille. Cela commence aux aurores par la visite au cimetière où chacun se recueille sur la tombe de « ses morts », et distribue aux enfants présents sur les lieux des friandises, des fruits et autres victuailles pouvant être consommés sur place. Les chérubins s’en donnent à cœur joie avec des cris « awid aylaw » (donnez moi ma part) qui résonnent aux quatre coins du cimetière. Ils vont de tombe en tombe pour remplir les sachets prévus à cet effet. Ce mouvement, une tradition à ne rater sous aucun prétexte, se termine vers huit heures. Après le sacrifice du mouton, les gens sont alors libres pour la journée que chacun meuble à sa façon. Certains rendent visite aux proches et amis, d’autres préfèrent rester au chaud, chez eux. Le lendemain, les visites continuent, les réjouissances aussi. Mais la ferveur du premier jour s’est déjà estompée.
Nacer Benzekri
