Le jour où l’Algérie venait au monde

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Après plus de 132 années d’occupation féroce et inhumaine, l’Algérie obtient enfin son droit à la souveraineté pleine et entière sur l’intégralité de son territoire.

Au bout d’âpres négociations menées,  pied à pied, entre la délégation du GPRA et la délégation de la République française, le 19 mars 1962, à midi, prend officiellement effet un cessez-le-feu qui met fin à sept années et sept mois de guerre en Algérie. La veille, le gouvernement français a cédé au gouvernement provisoire de la république algérienne ses pouvoirs sur l’Algérie et le Sahara. Les négociateurs de ces accord étaient, côté algérien : Krim Belkacem, Saad Dahlab, Benmostefa Benaouda, Lakhdar Bentobal, Taïeb Boulahrouf, Mohamed Seddik Ben Yahia, Seghir Mostefa, Redha Malek, M’Hamed Yazid, Ahmed Boumendjel, Ahmed Francis et côté français : Louis Joxe, Bernard Tricot, Roland Cadet, Yves Roland-Billecart, Claude Chayet, Bruno de Leusse, Vincent Labouret, Jean Simon (général), Hubert de Seguins Pazzis (lieutenant-colonel), Robert Buron, Jean de Broglie. «Le Conseil national de la révolution algérienne (CNRA) a d’ailleurs approuvé l’accord par 47 voix ; seuls quatre membres ont voté contre, dont Houari Boumediene», précise M. Ould Kablia, le président de l’association des anciens du MALG, lors d’une conférence tenue le 18 mars 2012 à la grande salle de la Maison de la Culture Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou, ajoutant que «le chef d’état-major n’a pas apprécié le fait de ne pas avoir été associé aux négociations». Le conférencier, proche du dossier et très documenté sur la question, a retracé l’histoire de toutes les négociations qui ont eu lieu entre l’Algérie et la France coloniale bien avant 1954 et jusqu’au 18 mars 1962, date de la signature de l’accord de cessez-le-feu. Il dévoilera par la même occasion des documents inédits dont des PV qu’il projette de remettre aux Archives nationales «au moment opportun», «après l’écriture de mon livre», promesse réitérée lors de sa dernière intervention au Forum d’El Moudjahid mardi dernier. Krim a marqué l’histoire de l’Algérie et des accords d’Evian. Entamant sa conférence, Ould Kablia dira d’emblée que le choix de Tizi Ouzou pour entamer sa série de conférences n’est pas fortuit, eu égard au rôle de Krim Belkacem, chef de la Wilaya III historique : «Il faut reconnaître que Krim est l’homme qui a marqué l’histoire du pays et des négociations finales d’Evian qui ont abouti à l’indépendance de l’Algérie». Et d’enchaîner que les postes occupés par Krim Belkacem, notamment celui de vice-président du GPRA, ministre des Forces armées, ministre des Affaires étrangères et enfin ministre de l’Intérieur lui ont permis d’acquérir un bagage qui lui permettait de mener à bon port les négociations. Des contacts secrets aux rencontres officielles en passant par des interruptions, le conférencier a expliqué que la ligne directive du FLN au temps de la guerre n’a jamais changé puisque celui-ci a toujours insisté sur l’intégrité du territoire national et sur le droit du peuple algérien à l’indépendance. D’ailleurs, en 1961, alors que deux communiqués simultanés sont rendus publics à Tunis et Paris pour annoncer la reprise des négociations, le FLN posera cinq conditions à la poursuite des négociations : l’unité du territoire national, le Sahara partie intégrante du pays, pas de cessez-le-feu avant les résultats des négociations, la libération des cinq détenus du FLN et sa reconnaissance comme seul et unique représentant du peuple algérien. «Les détenus, fera savoir Ould Kablia, ont été toujours mis au courant des négociations et de leurs résultats». «Le 31 janvier 1961, Krim, Ben Tobal et Ben Yahia sont allés même à leur rencontre en prison», a-t-il ajouté. Cela dit, les nostalgiques de «l’Algérie française» n’ayant pas digéré jusque-là la victoire légitime du FLN, continuent  encore cinquante deux après à contester cet acquis des Algériens et de leur patrie, à l’exemple du maire FN de Bézier, qui a eut l’outrecuidance de nier cette victoire négociée par les jeunes du GPRA. Il faut reconnaître que la moyenne d’âge des parlementaires du Gouvernement provisoire de la République Algérienne ne dépassait guère les 35 ans. En effet Il n’y a plus à Béziers de «rue du 19 mars 1962», date des accords d’Evian qui ont mis fin à la guerre d’Algérie. Dans l’après-midi du 14 mars, au cours d’une cérémonie officielle, le maire extrême-droite de la ville, Robert Ménard, a procédé au changement de nom, décision votée en janvier en conseil municipal. La rue porte désormais le nom du «Commandant Hélie-de-Saint-Marc», un officier mort en 2013, dont le nom reste associé à la torture en Algérie et au putsch des généraux en 1961. Condamné pour cet acte à dix ans de prison, le gradé avait été gracié en 1966 et réhabilité en 1978. Qu’à cela ne tienne, le révisionnisme français a de beaux jours devant lui en dépit du bon sens. Mais cela reste un problème franco-français qui ne nous empêchera pas de dormir dans cette «Algérie pointée comme un poing au soleil», ni de célébrer, dans la liesse et la convivialité cet anniversaire de cette victoire conquise de haute lutte et d’inénarrables  sacrifices.

Sadek  A. H

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