Qu’en est-il de la prise en charge des malades mentaux ?

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Il est là, dans la rue, dans les recoins obscurs des dédales de Tizi-Ouzou ou d’ailleurs.

Nous le croisons sans nous en apercevoir. Il nous est devenu quasiment invisible. «Il» c’est le fou, l’aliéné en un mot comme en mille, c’est celle ou celui qui a perdu la raison. Cette communauté avec celle des déficients mentaux représente plus de 15 084, dont 784 enfants âgés de 6 à 18 ans atteints, parmi 31 370 tous handicaps confondus, selon la DAS de Tizi-Ouzou. Ce sont des chiffres qui donnent froid dans le dos, lorsqu’on songe aux conditions de vie qui sont les leurs. Les moyens d’accueil de ce genre de malades sont satisfaisants, selon les propos du Pr Ziri, psychiatre et directeur du Centre Hospitalo-universitaire de Tizi-Ouzou. L’EHS Fernane Hannafi offre 330 lits suivi par 20 psychiatres et 20 résidents, le CHU Nedir Mohamed de Tizi-Ouzou 6 et le privé 8 spécialistes. On peut dire, pour reprendre sommairement les réponses du premier responsable tant de la formation des résidents que du méga établissement qu’est l’hôpital Nedir Mohamed qu’«à l’égard de la prise en charge du malade tout y est investi pour son confort et sa dignité». Quant à l’internement d’office du malade, ce spécialiste dira : «Cette question n’est pas dans nos prérogatives ni dans celles des corps constitués. Elle est soumise dans le cas d’un acte médicolégal, où c’est le Ministère Public qui ordonne une expertise pour se prononcer si au moment de l’acte le prévenu était en possession de toutes ses capacités mentales, conformément à l’article 21 du code des procédures pénales. Dans le cas où le mis en cause serait reconnu malade mental, il sera alors interné dans un service spécialisé de l’hôpital Frantz Fanon de Blida en vertu de l’article 47 du code pénal. Pour le deuxième type d’internement, en l’occurrence l’hospitalisation d’office, c’est le wali qui a, en premier chef, autorité de placement sous la foi d’un certificat médical mentionnant la dangerosité du sujet sur l’ordre publique, les personnes et leurs biens. Ensuite les parents, les P/APC et le DRAG, ce sont ces seules entités qui sont habilitées à demander un internement d’office». Interrogé sur le cas des aliénés errants, et il y en a, notre interlocuteur s’est montré assez pointilleux sur la définition sociale et culturelle de l’errance. «Tout individu errant n’est pas forcement fou, il ne faut pas exagérer. D’autre part, les malades errants ne relèvent pas exclusivement de la Santé mais d’une implication multisectorielle. Il faut d’autres mesures pour décider de leur internement», soulignera-t-il. Toutefois, s’agissant de malades mentaux avérés qui se trimballent dans la rue, qui se disputent aux animaux, chats, chiens et rats, le contenu des poubelles et des dépotoirs clandestins, ne faut-il pas craindre pour leur santé et leur sécurité ? Un commerçant de Tizi-Ouzou nous fait, désemparé part de son témoignage. « Un jour, dans la rue, un fou a été pris soudain d’une crise qui le poussait à se rouler par terre et à hurler à tue-tête de douleur en se tenant le ventre. J’ai appelé les pompiers en spécifiant qu’il s’agissait d’un malade mental, on me fut rétorqué que je devrais m’adresser à la police, ce que j’ai fait immédiatement. Mais là encore, on me dirige vers l’APC. Manque de peau, elle était aux abonnés absents. Là je me demande si je n’ai pas dit qu’il s’agissait d’un fou, la protection civile m’aurait elle dirigé vers la police ? Sans aucun doute non. Elle serait même intervenue illico », nous a-t-il raconté. Nonobstant, le vide juridique touchant à cette catégorie de souffrants de maladies mentales, il reste néanmoins des tares ataviques, liées à la «nature» de cette maladie considérée comme  honteuse par bien du monde dans notre société à dépasser. Il fut un temps où le malade était caché par les siens et même parfois enchaîné pour empêcher tout contact entre lui et la société. Autre temps, autre mœurs, les mentalités doivent changer, il y va de notre humanité à tous.

Sadek A. H.

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