«Je n’ai nul regret. Le nombre de jours qui me restent à vivre, Dieu seul le sait. Mais quel que soit le point de la course où le terme m’atteindra, je partirai avec la certitude chevillée que, quels que soient les obstacles que l’histoire lui apportera, c’est dans le sens de sa libération que mon peuple et à travers lui les autres, ira.
L’ignorance, les préjugés, l’inculture peuvent, un instant entraver ce libre mouvement, mais il est sûr qu’un jour, inévitablement, viendra où l’on distinguera la vérité de ces faux semblants !» disait et écrivait avec une profonde conviction l’auteur Mouloud Mammeri, quelques jours avant sa mort. C’est avec ces paroles poignantes que s’acheva la générale de la pièce théâtrale «La cité du soleil » de Mouloud Mammeri, adaptée par Fernand Garnier et mise en scène par Romano Garnier dans le cadre du Festival international de théâtre de Béjaïa et le CREARC de la ville de Grenoble (France). La pièce est jouée par douze (12) comédiens : six (6) Français : Aurélie Derbier, Margaux Lavis, Morgan Mengin Lecreulx, Vaik-Ian Langroys, Clément Segissement, Guillaume Roche et six (6) Algériens : Walid Bouchebbah, Kaci Ouali Youcef, Rafik Fetmouche, Ali Mizi, Salima Taïeb, Hassiba Aït Djebbara dont quatre (4) femmes, au théâtre régional Kateb Yacine, dans l’après-midi du vendredi 1er mai 2015, coïncidant avec la fête des travailleurs. La salle n’a pas connu l’affluence habituelle pour différentes raisons : week-end, chaleur, horaire tardif entre autres. Il est à noter que dans cette pièce, les rôles ne sont pas attribués à un comédien déterminé. Ce sont des groupes de personnes qui en sont chargés de les représenter dans l’œuvre de Mouloud Mammeri qui parlait : du peuple, de l’idéologue, du prêtre, du général des armées, du maître, du singe entre autres. L’histoire est aussi complexe que très proche de la réalité du terrain car l’auteur, en écrivant La cité du soleil, en 1987, avait agi en visionnaire, en anthropologue et ethnologue à la fois. La pièce, travaillée avec finesse ne manque pas de rapporter les quatre vérités et de mettre à nu les entraves de tout ordre que subit le peuple. Nous sommes en présence des situations où les populations sont livrées à elles-mêmes et sont à la recherche d’un sauveur, un messie. «On ne les voyait pas souvent. Pourquoi ?», parlant des dirigeants. La réponse est vite donnée, ironiquement «Ils sont occupés à travailler !» Le peuple est habitué depuis des années à certaines pratiques imposées par les responsables : «Faites la queue, lavez le sol, dormez, dansez !». Le maître intervient pour éclairer le peuple et les débats tournent autour de la recherche de la vérité. C’est aussi l’occasion avec un débat philosophique sur le bonheur, sur la vérité très recherchée mais aussi sur cette relation bivalente du peuple par rapport au pouvoir qui est incarné tantôt par un maître, tantôt par un général. Et c’est là toute la problématique de la pièce, rappelons-le, l’œuvre est écrite déjà en 1987. Vingt-huit ans (28), l’âge d’un(e) jeune encore célibataire et sans emploi stable. Quant aux libertés collectives et individuelles, c’est une autre paire de manche. «Les gens de la cité ne sont pas contents avec les chaînes». Le général, après sa désignation à la tête de l’Etat, s’adresse à ses collaborateurs mais aussi au peuple : «Y a-t-il quelqu’un qui s’opposerait à ma nomination ?» «La paix est préservée par la police avec interventions musclées ! Puis, c’est le soulèvement : «Le peuple que nous avons travaillé s’est dressé !» telles sont quelques brides de phrases relevées. En somme, La cité du soleil mérite réflexion mais aussi méditation ! Il est à noter que la coordination est assurée par M. Kemmar Mohamed et le Directeur de la production est M. Omar Fetmouche. Elle devait être jouée hier à Béjaïa. « Si le projet est programmé elle sera jouée à Constantine durant le festival culturel et un élu de Grenoble sera présent. C’est aussi une autre occasion de travailler les relations entre la France et l’Algérie, à travers la création théâtrale et au niveau de la formation de jeunes pour le rapprochement des deux peuples des deux rives» dira Fernand Garnier, l’auteur de l’adaptation.
Arous Touil

