Chanson : Son nouvel album Achag Aquran sur le marché – Ahmed El Hadi raconte sa carrière

Ahmed El Hadi est un grand nom de la chanson dans la région de Mechtras. Un artiste aimé par toute la population tant ses œuvres sont dignes des œuvres des grands chanteurs à l’image de Dda Slimane Azem ou du maestro défunt Chérif Khedam, des artistes qu’il vénère plus que tous les autres et dont il s’inspire. Hélas, la vie difficile et les moyens toujours manquants ont poussé l’artiste à une longue traversée du désert. Son absence sur la scène artistique n’a pas été acceptée par des milliers de ses fans. Grâce à eux, il fait un retour fracassant. Son nouvel album intitulé ‘’Achag Aquran’’ (Une branche sèche), comprenant 9 chansons, est en vente depuis le mois de septembre dernier. Un régal pour tous les amateurs de la chanson kabyle. La chanson ‘’Dda Ahmed’’ est une parfaite illustration de son talent. Cet artiste de 61 ans, retraité de l’éducation (PES de Maths) est père de trois enfants, promet de belles œuvres artistiques au Mechtrassiens, aux Kabyles et à tous les Algériens. Ahmed El Hadi a bien voulu répondre à nos questions.

La Dépêche de Kabylie : Racontez-nous le début de votre carrière…

Ahmed el Hadi : (Avec un long soupir) Cela remonte à une cinquantaine d’année. Comme pour la plupart des chanteurs de l’époque, mon apprentissage s’est fait avec les amis du village. A l’âge de 12 ans j’écrivais des poèmes, je savais déjà jouer de la flûte et j’essayais de titiller les fils de la guitare de fortune que j’ai moi-même confectionnée. J’ai toujours été attiré et impressionné par les chansons de Chérif Khedam, Slimane Azem et par les produits de tous les anciens de la chanson kabyle à qui je rends un grand hommage. Mon apprentissage s’est fait petit à petit. En juillet 71, je suis passé à la chaîne 2 dans l’émission Ichenayène ousekkales (Les chanteurs de demain) avec une chanson dont je me souviens encore, elle s’intitulait Zewdjagh Renough. J’ai encore continué à travailler dans le cadre de l’association la jeunesse FLN (l’ancêtre de l’UNJA), une association qui disposait de beaucoup de moyens. Avec quelques amis, nous avons même constitué un groupe musical qui animait les fêtes locales et nationales, lorsque l’on faisait appel à nous. Mais le groupe n’a pas fait long feu et chacun est parti de son côté. Cela ne m’a pas découragé puisque j’ai poursuivi mon apprentissage.

Parlons de votre première cassette…

Ma première cassette est sortie en France en 1983. Elle comprenait 8 chansons toutes dans le style Kabyle traditionnel. Une œuvre qui a bien marché en France. L’album n’est pas sorti en Algérie car l’éditeur avait des problèmes avec la justice française. Un éditeur qui a truandé plein de chanteurs, dont moi même. En 1984, de retour au pays, j’ai pris attache avec feu Chérif Khedam qui m’a vraiment aidé. J’avais fais un enregistrement au studio Jugurtha d’Azazga que j’ai remis en mains propre à Dda Chérif qui à son tour l’a transmis à la commission d’écoute qui a fini par l’accepter et le diffuser sur les ondes de la radio. L’enregistrement est aussi diffusé par la radio locale depuis sa création.

Depuis 84, c’est le silence radio… pourquoi ?

Ce fut une longue traversée du désert. Pourtant je produisais toujours mais sans pouvoir éditer. Mon travail d’enseignant prenait presque tout mon temps. Les moyens d’un enseignant étaient limités. Les meilleurs d’entre nous arrivaient juste à nourrir leurs enfants. En plus, les moyens techniques n’étaient pas disponibles en Algérie, il fallait se rendre en France et acheter des devises, ce qui n’était pas dans mes cordes alors j’ai dû patienter et attendre des jours meilleurs qui ont malheureusement tardé à venir. 10 ans après, mes plus proches amis ont su que j’avais un répertoire très riche mais que je n’avais pas les moyens pour les éditer, c’est alors qu’ils ont proposé de me soutenir. En 2012, je suis rentré au studio pour l’enregistrement de cet album qui vient de sortir. Un album dans le style Kabyle classique. Il contient 9 chansons qui traitent du quotidien, de l’amour, du printemps noir, de la déchirure et de la déception. Selon les échos qui me sont parvenus, le CD se vend bien et les jeunes de la région sont enchantés. Nous ferons de notre mieux pour faire plaisir à nos fans et surtout honorer la chanson Kabyle.

Justement quelle lecture faite vous du niveau actuel de la chanson Kabyle ?

La chanson Kabyle a été gâtée par le passée car les anciens chanteurs et ses fondateurs à l’image de Slimane Azem et Chérif Khedam, pour ne citer qu’eux, ont fait du si beau travail qu’il est difficile de les égaler. De nos jours, il y a du bon et du moins bon. Les jeunes chanteurs doivent faire des efforts et cela commence par les études. La musique et la poésie ça passe par l’école et le sérieux. Ceux qui sont moins bons peuvent réussir mais ils devront se donner à fond pour être à la hauteur de la chanson Kabyle et pour l’honorer comme l’ont fait les anciens artistes. L’Etat aussi doit construire plus d’écoles, plus de maisons de jeunes, plus d’infrastructures culturelles pour permettre aux artistes de se former et d’acquérir les qualités et les compétences requises. Le vrai apprentissage ne se fera ni dans les cafés, ni dans les fêtes et encore moins dans la rue.

Nous vous laissons le soin de conclure…

D’abord, un grand merci à votre quotidien qui m’a ouvert ses pages pour m’exprimer et surtout pour l’intérêt qu’il accorde aux chanteurs et aux artistes. Ensuite, je tiens à remercier tous les jeunes de Mechtras pour l’accueil réservé à mon album et pour le respect qu’il me témoigne. Je n’oublierai surtout pas de dire un grand merci aux amis qui m’ont aidé car sans leur apport cet album n’aurait pas vu le jour. Je remercie aussi le groupe musical du studio qui a fait du beau travail. Je promets à tout le public de mettre sur le marché d’autres œuvres plus raffinées qui feront honneur à la chanson Kabyle. Nous lançons aussi un appel aux autorités du secteur de la culture en vue de nous faire participer aux galas et aux fêtes nationales pour justement pouvoir mettre d’autres produits sur le marché. Pour terminer, je lance un appel aux jeunes artistes d’éviter les sentiers battus de la médiocrité.

Entretien réalisé par Hocine T