A notre arrivée à Tizra Aïssa, lieu où est implantée la maison natale du père El Hadj L’Hocine Hamou Aïssa, les travaux de réfection de l’une des chambres étaient en cours car la toiture s’est quelque peu affaissée sous le poids de la neige tombée en janvier. Effectivement, cette demeure qui avait vu un jour de décembre 1922, et plus précisément, le quatorze du mois, le petit Belkacem est à l’abandon, n’était ce le dévouement de cet agent d’entretien affecté par l’APC. Au fur et à mesure, notre guide nous fait visiter les lieux. Ce qui a attiré notre attention est cette petite pièce où a poussé son premier cri celui qui allait devenir l’un des artisans de la Révolution. On peut toujours lire cette inscription « Ath Yahia Moussa à Evian », ce qui nous renvoie au parcours de l’Homme, de son petit hameau de Tizra Aïssa pour mener des négociations qui mettront fin à 132 ans de colonisation, face à des interlocuteurs plus attitrés que lui, à Evian. Après une halte devant l’Akoufi, toujours témoin d’une enfance sereine, Arezki nous renvoie des années en arrière. « Pourtant, le wali a promis de prendre en charge ce musée en affectant trois agents d’entretien », enchaîne-t-il. Notre interlocuteur se mit en colère. « Il faudra que les autorités redonnent à ce lieu l’importance voulue. On espère que le ministère des Moudjahidine donne un statut de monument historique à ce musée », pensent tous ceux qui viennent ici occasionnellement. En quittant ce musée, le paysage des villages d’Ath Yahia Moussa s’offre à nous « C’est une contrée, entièrement délaissée », nous lance un citoyen d’Iaâllalen. Quant au chemin qui mène à cette vaste contrée, il est en dégradation avancée si bien que les automobilistes le redoutent. Certes, la région natale du Lion des djebels a bénéficié de quelques infrastructures (écoles primaires, unité de soins…), mais il faudra dire que le manque est criant. Les villages ne sont pas alimentés en eau potable en permanence. D’ailleurs les contestations ne se sont jamais arrêtées. Pas moins qu’avant-hier, les jeunes ont bloqué la route nationale N°25, pour exprimer leur ras-le-bol notamment en ce qui concerne l’emploi. « Voilà le sort réservé à notre région. Pourtant, dans une seule bataille, le 6 janvier 1959, par moins de 400 personnes avaient laissé la vie sous le napalm, sans compter le nombre de blessés et les autres pertes matérielles. En somme, c’est cela qu’on appelle la récompense », nous dit un jeune, qui nous laisse passer après lui avoir décliné notre identité. Tout comme leur aîné, c’est-à-dire Krim Belkacem, qui dans une correspondance écrite à l’intention des pouvoirs publics après que les Français eurent incendié sa maison. « Ils pouvaient même prendre femmes et enfants, je ne changerais pas d’avis et je continuerais à les combattre », avait-il dit à feu Alizamoum, ces jeunes sont prêts à continuer à revendiquer l’emploi. Aujourd’hui, 43 ans après l’indépendance Ath Yahia Moussa attend toujours une quelconque relance.
Amar Ouramdane
