Depuis l’avènement de l’ANSEJ où bon nombre de jeunes ont bénéficié de crédits pour l’acquisition de camions de transport de marchandises, les accotements de la RN26, une route de vacances qui s’étale sur environ 90 kilomètres, allant de Tazmalt à Béjaïa, sont devenus à certains endroits des petits marchés fixes à ciel ouvert pour la vente de fruits et légumes.
Forgés par des années de chômage où ils ont connu les affres de la vie, l’ANSEJ est venue à leur rescousse, leur ouvrir les portes des banques qui leurs ont accordés des crédits comme s’ouvrent les portes du ciel pour lâcher une fortune sur un misérables, à laquelle il ne s’attendait pas. Rencontré à la maisonnette, à la sortie Nord de Tazmalt, derrière un immense tas de pastèques gros calibre, un jeune ayant le sourire d’un vrai commerçant a lâché ces quelques mots pour dire comment sa vie à changer complètement, passant du statut de chômeur à celle de commerçant gagnant bien sa vie. «Je suis issu de parents pauvres qui n’ont pas pu m’envoyer à l’école mais qui m’ont donné une bonne éducation, veillant sur moi pour ne pas être attiré par les fléaux sociaux car les privations qui me collaient à la peau mènent aux dérapages pour certains jeunes. Dieu merci, je suis sorti indemne. Sans diplôme, j’ai travaillé comme manœuvre journalier pendant des années et la bonne chose que j’ai faite est d’avoir passé le permis de conduire que j’ai obtenu. L’opportunité d’acquérir un camion qui m’a été offerte par l’ANSEJ, je ne l’ai pas ratée. Certes j’ai galéré entre cette agence et la banque durant deux ans, mais j’ai résisté jusqu’à l’acquisition de ce camion qui a totalement changé le cours de ma vie depuis que j’ai dressé cette baraque. Je m’approvisionne à la source, c’est-à-dire dans les fermes, voila pourquoi je pratique de bons prix qui attirent les clients», a raconté en détail sa vie un jeune qui est un bon exemple parmi tant d’autres de tous ceux qui ont cru que l’eldorado existe partout de par le monde, même en Algérie. Ces petits marchés font fureur et reçoivent beaucoup d’acheteurs car réputés pour les bons prix qu’ils pratiquaient. A Tazmalt par exemple, au lieu-dit la «maisonnette», ce sont des dizaines de marchands installés sur les deux accotements et alignés l’un à côté de l’autre qui exposent à la vente des produits agricoles défiant toute concurrence. On expose de tout et à longueur d’année et c’est facile à conclure que le créneau est porteur car ces marchants profitent de tous les bénéfices réalisés du fait qu’ils ne payent pas de loyers, sont exempts d’impôts et ne payent de réparations du matériel tant qu’ils ont des véhicules neufs assortis de garanties tous risques que leur paye la banque de surcroît. Le mardi passé en revenant d’Alger, on a compté plus d’une centaine de vendeurs ; et ce qui est intéressant ; c’est la diversité des produits disponibles, frais et à bon marché. La pastèque qui se vendait à 80 dinars et plus, son prix a chuté jusqu’à 35 dinars dans ces marchés informels, soit à plus de 50% de son prix. La tomate quand à elle a vu son prix chuté aussi, considérablement. Si, en ville, elle se vendait entre 75 à 90 dinars dans les épiceries, chez ces marchands, elle est cédée au prix de 40 à 50 DA, en fonction de la qualité. Ces marchands installés sur les routes ont cassé vraiment les prix de ces produits très demandés par les ménagères. La pomme de terre fraichement récoltée est vendue à 40 dinars et on a même vu son prix descendre jusqu’à 38 dinars chez certains marchands. Cela démontre à quel point la concurrence s’installe entre eux. L’oignon, lui, son prix ne dépasse guère les 35 dinars comme tout d’ailleurs celui de l’ail. Pour ces trois produits qui se conservent plusieurs jours, les gens les achètent en grosses quantités de 5 à 10 kg, voir plus, pour échapper au dictat de l’épicier du coin qui impose le prix qu’il veut. La pêche vient de faire son entrée avec un prix à la portée de toutes les bourses. Le poulet, vif ou déplumé est vendu à des prix raisonnables par des producteurs qui s’installent sur les abords des routes. Quant aux clients qui fréquentent ces petits souks, ils se composent de vacanciers qui empruntent cette route en allant ou en revenant des stations balnéaires de la cote de Béjaïa. Les citadins de la ville et les ruraux des villages ont aussi découvert ces petits marchés au bord de la RN 26, où ils s’y rendent pour faire leurs emplettes. Il faut dire aussi que chacun trouve son compte dans ces petits marchés installés sur les routes, que ce soit les vendeurs ou les acheteurs. Mais seulement, les clients devront être vigilants, car tous ces marchands ne sont pas honnêtes, il y a parmi eux des indélicats qui diminuent les prix et la quantité avec, comme en témoigne Rabah : «J’ai acheté cinq kg de pomme de terre et une fois arrivé à la maison, j’ai constaté malheureusement que j’étais arnaqué sur le poids, car au lieu de cinq kg, j’en ai trouvé que 3,5», a déclaré cet interlocuteur voulant attirer l’attention des acheteurs sur les arnaques qu’ils peuvent subir.
L. Beddar

