Le sens d'un décryptage

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Le traitement qu’a reçu le sujet du drame de Ghardaïa par notre journal, dans son édition d’hier, a suscité quelques réactions sur les réseaux sociaux, en mode privé et public, et même par contact téléphonique, le tout convergeant à un certain « contraste » qui existerait entre les deux articles remplissant la page 3 du journal.

Entre le titre « La main étrangère existe » (phrase extraite du discours d’Ahmed Ouyahia), et « Expression exacerbée d’une mal-gouvernance nationale » (titre de notre papier), des lecteurs ont pu y voir une sorte de contradiction sur le décryptage de la crise de Ghardaïa et sur les tenants et les aboutissants d’une telle dérive. Or, lorsqu’on y prête bien attention, le contenu de l’analyse sociale et économique que nous avions développée n’exclut en rien l’existence de desseins malveillants venant de l’étranger.

Mieux encore, notre journal en a fait état à plusieurs reprises. Que l’on reprenne toutes les analyses qui ont accompagné le pseudo Printemps arabe, de janvier 2011 à aujourd’hui. Notre journal a tenu cependant à mettre en exergue, le moins subjectivement possible, l’humus social et les prédispositions issues d’un dérèglement socioéconomique qui rendent possibles et tentantes les déstabilisations venant de l’étranger. Les événements tragiques qui ont secoué la région de Ghardaïa en ce début du mois de juillet, prolongement et rebondissement des tensions à l’œuvre depuis presque deux ans, n’ont pas manqué d’interpeller les Algériens quel que soit leur niveau de responsabilité de mobiliser des analyses et d’alerter les consciences sur le danger réel qui guette la nation tout entière. Il semble qu’on n’ait pas pardonné à l’Algérie d’être demeurée ainsi un ilot de relative stabilité dans un monde arabe pris dans la tourmente d’un printemps qui n’en a jamais été un.

Il semble aussi que les difficultés sociales des Algériens, les déstructurations de la cellule familiale, l’effondrement des solidarités ancestrales, l’extrême mobilité des populations, la croissance démographique, le problématique déséquilibre régional sur le plan du développement, aient pu rendre possible la confrontation des profils culturels ou religieux, eux qui sont censés être la richesse humaine du pays et le gisement de la diversité historique et géographique de l’Algérie. Cependant, ce genre de confrontation, qui met aux prises le Mozabite au Chaâmbi ou l’Ibadite au Malékite, ne peut réellement se réaliser que lorsque des forces extérieures au périmètre local se mettent de la partie.

La main de l’étranger- un terme, certes galvaudé car utilisé naguère juste pour neutraliser des adversaires politiques, mais qui, malheureusement, garde plus que jamais sa validité- agit et réussit son geste dans des sociétés déstructurées, ayant perdu les repères et les solidarités ancestrales, sans pour autant accéder à la modernité politique qu’autorisent pourtant le capital moral de la guerre d’Indépendance et les potentialités économiques du pays. Donc, les deux analyses se complètent et n’affectent en rien la ligne du journal, comme certains en ont exprimé le souci.

Il s’agit de ne pas tomber dans la facilité des raisonnements à l’emporte-pièce et de ne pas céder à l’émotion du moment qui pousse à construire un raisonnement qui ne tire pas sa substance de la réalité. Des événements aussi complexes et aussi tragiques ont besoin de tous les éclairages possibles, sauf ceux qui versent dans l’invective, l’insulte, le racisme, l’appel au meurtre et autres joyeusetés qui, malheureusement, ne manquent pas de hanter les réseaux sociaux et certains sites.

Amar Naït Messaoud

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