Dans cet entretien, le recteur de l’université A. Mira de Béjaïa, M. Boualem Saidani indique que tout est mis en place pour assurer la rentrée 2015/2016 sans couacs, tout en abordant d’autres questions liées aux ambitions d’une université en constante évolution sur les plans quantitatif et qualitatif.
La Dépêche de Kabylie : Votre université s’apprête à accueillir une dizaine de milliers de nouveaux bacheliers. Est-ce-que tous les moyens ont déjà été mis en place ?
M. Boualem Saidani: L’université est rodée pour ce genre d’événements. Tout est déjà en place, et nos services s’apprêtent à accueillir tous les nouveaux inscrits. Dans le cadre du quinquennat 2009-2014, nous avons bénéficié de 12 000 places pédagogiques, en plus des 42 000 déjà existantes. L’Université de Bejaïa est déployée sur deux campus : Targa Ouzemmour, d’une capacité de 13 000 places pédagogiques, à vocation scientifique et technologique, et Aboudaou, qui est d’une capacité de 29 000 places, dédiées aux sciences humaines, lettres et sciences économiques. Le nombre d’étudiants est de 41 000. On est presque arrivés à saturation. Avec les nouvelles places, dont nous avons parlé plus haut, les capacités pédagogiques vont passer à 54 000 places. Les 12 000 étaient réparties équitablement sur les deux nouveaux campus. 6000 places à El Kseur et 6000 autres à Amizour.
Mais, à cause du retard de réalisation constaté dans la livraison des nouveaux campus, l’université a demandé à la wilaya, de délocaliser 2000 places pédagogiques, pour renforcer les capacités d’accueil de Targa Ouzemmour et d’Aboudaou. On a donc réduit le campus d’Amizour, à 4000 places. En principe, on devrait ouvrir ses portes en septembre. Nous sommes en train de tout faire pour augmenter la cadence du travail, et pouvoir recevoir les clés de ce campus au courant du mois d’Août pour l’équiper de tables, chaises, sono, Internet, laboratoires, etc… Nous avons lancé tous les marchés des équipements, et les entreprises sont prêtes à nous les fournir. Il nous faut au moins un mois pour faire toutes les installations. Nous espérons donc, que vers le mois de Septembre, le campus sera opérationnel.Pour cette année, nous allons recevoir 10 158 bacheliers, que nous devons prendre en charge. C’est le nombre des lauréats de la wilaya de Bejaïa. 500 à 600 d’entre eux vont partir s’inscrire ailleurs, par exemple dans les écoles nationales, ou pour faire des spécialités qui n’existent pas chez nous. Mais nous recevrons à peu près le même nombre d’étudiants des autres wilayas. Le nombre reste donc sensiblement le même. En comptant les 5000 sortants de l’année dernière, les effectifs étudiants de notre université vont passer à 46 000 ou 47 000 pour cette année. Nous serons donc, en mesure d’assurer une rentrée universitaire normale, en termes d’infrastructures pédagogiques. Nous allons aussi ouvrir une résidence de 3 000 lits, portant les capacités d’accueil à 23 000 lits.
Quelle sera l’affectation des nouveaux campus ?
Dans le passé il y avait une rumeur qui disait que le campus d’Amizour était destiné au droit, et celui d’El Kseur, aux sciences économiques. Mais cela ne correspond pas aux besoins de l’université de Bejaïa, qui sont beaucoup plus au niveau des filières à vocation scientifique et technologique. Aujourd’hui, Aboudaou qui est d’une capacité pédagogique de 29 000 places n’est fréquenté que par 23 000 étudiants, il y a donc un excédent de places. Ce n’est pas le cas pour celui de Targa Ouzemmour. L’idée qui se dégage au niveau du Conseil de direction et du Conseil pédagogique de l’université consiste à délocaliser une faculté qui est, actuellement, au campus de Targa Ouzemmour. La question sera tranchée dans quelques jours. Le campus d’Amizour est une très belle structure qui est très bien conçue. Il sera complètement autonome. On voudrait bien prendre une faculté et la domicilier là-bas, elle bénéficiera d’une totale autonomie avec ses propres locaux, ses propres budgets, son propre personnel et enseignants. Il ne sera pas livré à lui-même, la faculté sera responsable de sa gestion. La même vision sera opérée au niveau d’El kseur pour l’année prochaine. Il suffit de faire quelques adaptations et aménagements au niveau de ces deux campus.
Quel sera le nouveau statut de l’université de Bejaïa, une fois passée de deux à quatre campus ?
C’est vrai que la gestion quotidienne de l’université se voit plus compliquée. L’idéal serait d’avoir un seul grand campus qui réunisse tous les moyens et étudiants au même endroit, en centralisant, également, les résidences universitaires pour améliorer leur gestion. On a donc réfléchi sur l’importance de construire de ces résidences à proximité des campus, pour limiter les besoins de déplacement des étudiants. Pour El Kseur, nous avons construit sur place quatre résidences universitaires. Au niveau d’Amizour, nous avons prévu deux, d’une capacité totale de 5000 lits. Il ne reste à prendre en charge que les externes qui seront transportés par les bus de transport universitaire. La gestion de tous ces flux reste quand même quelque chose d’extrêmement lourd, d’autant plus que dans très peu de temps, le nombre d’étudiants dépassera 50 000. C’est pourquoi nous avons réfléchi, pour le programme de développement de l’université au niveau du Conseil de direction, approuvé par le conseil scientifique, et validé par le conseil d’administration de sa restructuration en deux universités. Nous nous sommes prononcés dans ce sens. Une université à vocation des sciences et de la technologie et une autre des sciences humaines, droit, sciences sociales, et économiques, etc. Elles seront équilibrées en termes de capacités d’accueil, tournant chacune autour de 25 000 étudiants.
Quel est le nombre d’enseignants dans l’université de Bejaïa ?
Tous grades confondus, nous avons 1 500 enseignants. Et il y a une opération de recrutement de 146 nouveaux. Il y a aussi 1200 cadres administratifs et techniques. Nous avons 91 enseignants de grade de professeurs, dont 5 hospitalo-universitaires et 324 Maitres de conférences. Nos post-graduations sont hyper actives et nous enregistrons une soixantaine de soutenances de doctorat chaque année. L’université de Bejaïa a contribué au développement de la wilaya avec plus de 80 000 cadres, qui ont été mis sur le marché du travail. Cette université a un réseau de coopération avec plus de 70 organismes, entre entreprises et collectivités locales, en plus d’un réseau de coopération internationale avec 64 universités dans le monde, Europe, Amérique, Asie et Afrique. Elle est engagée sur plusieurs projets de coopération en local et en international, et avec des partenaires européens et africains, jusqu’à l’Afrique du Sud, comme avec l’université de Johannesburg et de Tunisie. Nous avons également 7 projets dans le cadre de la mobilité des étudiants avec l’Europe. Nous envoyons, chaque année, une centaine de nos étudiants en Europe, et nous capitalisons leurs acquis. Et recevons en échange une dizaine de leurs étudiants, qui passent plusieurs mois dans notre université sur financement de la communauté européenne, en étroite collaboration avec notre ministère de tutelle.
Quelles sont les caractéristiques de l’université de Bejaïa, par rapport aux autres universités en Algérie, et quelle est sa place ?
L’université de Bejaïa occupe la treizième place dans le classement national, sur le plan de la visibilité. Elle se caractérise par son ouverture sur le monde socio-économique et sur l’international, sur ce plan, nous sommes leader au niveau national. C’est aussi une université pluridisciplinaire, et de ce fait, elle est attractive. Nous accueillons plus de 23 nationalités. Nos enseignements, dans un certain nombre de disciplines dans des langues étrangères, est un atout important. C’est ce qui draine beaucoup d’étudiants étrangers. Il n’y a que cette université qui peut accueillir ces étudiants, que ce soit en sciences sociales ou économiques. Elle accompagne, aussi, d’autres établissements universitaires dans leur développement, c’est le cas de l’université de Tamanrasset. Nous avons une convention de coopération avec ce jeune centre universitaire qui nous permet de l’accompagner par des échanges d’enseignants, scientifiques et même culturels. Nous envoyons des étudiants de notre université à Tamanrasset pour des séjours culturels, et nous recevons ceux de là-bas. Ce sera aussi le cas avec les universités de Khemis Miliana et Tebessa. Mais aussi dans le cadre de nos projets de coopération avec l’Union Européenne, nous sommes partenaires avec d’autres universités algériennes, comme celles de Tlemcen, Constantine et Boumerdes,…
Notre université est également reconnue pour sa production scientifique. Toutes les thèses de doctorat en sciences et technologie soutenues à l’université de Bejaïa sans exception, et sont publiées dans des revues scientifiques de renommée internationale de catégorie «A». En 2014, nous avons eu 186 articles publiés. Au niveau national, nous sommes les seuls à faire cela, aux côtés de l’université de Bab Ezzouar. Il y a aussi un important effort consenti dans l’employabilité de nos jeunes. Chaque année, nous organisons un salon de l’emploi, qui est un espace d’échanges entre le monde universitaire et le monde socio-économique. C’est une opportunité pour les étudiants de prendre attache avec les entreprises nationales, privées et publiques pour s’enquérir de toutes les opportunités d’emploi. Généralement, un bon nombre d’étudiants décroche un poste de travail. Durant l’année universitaire, nous organisons des journées dédiées à des entreprises, par exemple, des journées «Danone», «Cevital» ou «Général Emballage». Elles viennent chez nous et exposent leurs produits et activités. L’université assure la relation entre les étudiants et ces entreprises. Nous sommes également en train de lancer des offres de formations professionnelles adossées à des entreprises spécifiques. Des formations à la carte, en quelque sorte. Nous avons fait une expérience avec «général emballage» qui a exprimé ses besoins de formations spécifiques et nous avons monté un programme. L’année dernière, une promotion de trente cadres a été formée, complètement financée par cette entreprise, avec des contrats d’embauche à la fin de la formation, pour les étudiants qui auront réussi. Nous nous apprêtons à lancer la deuxième puis la troisième promotion. Cette expérience qui s’avère concluante sera dupliquée et étendue vers d’autres entreprises. Nous sommes en discussion avec plusieurs autres dans ce sens-là.
En plus des facultés déjà opérationnelles à l’université de Bejaïa, quelles sont celles que vous auriez aimé avoir mais que vous n’avez pas encore, et quelles sont les autres spécialités que vous envisagez d’ouvrir dans un avenir proche ?
Actuellement, nous avons la faculté de médecine, et nous travaillons à lancer, à court terme, le département de pharmacie, et à moyen terme, celui de chirurgie dentaire. Nous sommes en train de travailler, également, à l’ouverture prochaine de la spécialité de Médecine Vétérinaire.
Qu’en est-il, de la filière d’histoire ? N’êtes-vous pas étonné de voir que dans la ville d’Histoire par excellence qu’est Bejaïa, il n’y ait pas un Institut de cette spécialité ?
Vous avez raison de soulever cette question. Bejaïa est une terre d’histoire et est l’un des bastions de notre Révolution, c’est un carrefour de la culture et des civilisations. Je suis comme vous, et je regrette l’absence d’un département d’histoire au sein de notre université. Même Saïd Abadou, l’ancien ministre des Moudjahidine nous a fait cette remarque. J’ai pris l’engagement de lancer, très prochainement, ce département. Le dossier est prêt, et ce n’est plus qu’une question de procédures. Il est pris en charge et ce département sera affecté à la faculté des sciences humaines et sociales.
Qu’en est-il des manifestations scientifiques ?
Nous organisons un grand nombre de manifestations scientifiques annuellement. Une trentaine de congrès de renommée internationale sont organisés, chaque année, par notre université. Cette année, nous avons organisé un congrès international sur les massacres coloniaux dans le monde, en collaboration avec Slimane Hachi, à qui je rends hommage. C’était un congrès international itinérant qui a eu lieu à Constantine, Guelma, Sétif, et Bejaïa. Bien sûr, nous avons largement abordé les massacres du 8 mai 45 et d’autres encore, à travers le monde. Nous avons été surpris de constater que cette question est traitée par des chercheurs de 13 pays différents, qui ont participé à ce congrès. En 2014, un autre congrès a été organisé avec l’université Harvard des Etats-Unis, sur les technologies de l’informatique. C’était une grande réussite. La participation de cette université à notre événement est une preuve de crédibilité pour notre université. Nous avons des clubs scientifiques d’étudiants et des associations culturelles très actives. Plusieurs festivals ont été organisés, dont celui du théâtre universitaire féminin, en hommage à la femme algérienne, pour dire haut et fort que nous ne devons en aucun cas, marginaliser la femme qui doit occuper sa place dans la société algérienne. Un autre grand festival a été aussi, organisé sur la culture amazighe. Nous espérons les exporter vers d’autres villes universitaires, comme celui du théâtre féminin, et les institutionnaliser.
Entretien réalisé par N. Si Yani

