Comme celui qui danse pour un aveugle – Le Congrès

Ath Rgad se prépare à rappeler à la souvenance le moment nodal de la Révolution «queue de poisson». L’association «zwi-tt, rwi-tt» astique ses amplis, dépoussière ses fanions vert, blanc, rouge et vert olive. Chabha le Chignon défripe sa robe kabyle, prépare son mascara et ses Yves St Laurent contrefaits. La Besace dégaine son dictaphone 4G, son numérique plasma et affûte ses accroches alarmistes.

Le FFCD, HAFIS et FLRD peaufinent leurs déclarations solennelles sur fond de «Qessamen», «tala3a lbedro 3alayna» et «ekker a mmis n umazigh». Mais l’on n’entend que les percussions d’une derbouka électrique déchaînée.

Kaci l’Angoisse est allé voir ses compagnons. Tous avaient pensé à la même chose : se rendre à Ouzellaguen de août 56. Une demi-heure après, ils se retrouvent, en août 56 (le 19), dans la région du congrès de la Soummam.

La vallée fourmille de soldats français.

– Mais comment ont-ils osé tenir le congrès ici !! , hallucine Da Militant.

– Allons voir du côté d’Ifri et d’Ighbane, propose le vieux Dezdeg

En court de route vers les deux villages, Sadiya n l’Euro est attirée par une Land Rover militaire. À son bord, un autochtone d’un certain âge portant des médaillons blancs, bleus, rouges, qui discute avec un officier. «Je vous le dis mon commandant, il y a quelque chose qui se prépare sous notre nez».

Sadiya n’a pas pu se retenir. Elle se rapproche du véhicule et lâche :

– Ur tettethid ara (tu n’as pas honte), tezenzd adrum s weghrum (tu as échangé la tribu contre un morceau de pain) !

– Anef-s (laisse tomber) Sadiya ! Il faut un peu de tout pour faire une révolution. De toute façon, lui et son espèce vont payer leur trahison, l’invite Dezdeg à poursuivre leur route.

– Atas i xelsen (on les a vus payer) !!

Le visage de l’autochtone en question a viré au citron. Il s’éloigne du véhicule en regardant dans toutes les directions. Il ne voit personne. Il trébuche et se relève pour aller s’asseoir à même le sol poussiéreux. Et c’est alors qu’il entame «min djibalina» entrecoupé de la «chahada». L’autochtone finira député dans l’Algérie indépendante.

Sadiya et ses complices sont arrivés à Ifri. La région est quadrillée par des centaines de Moudjahidines anonymes. Les visiteurs n’ont pas pu retenir leurs larmes.

Da Militant veut dire quelque chose mais n’y arrive pas. Il finit par indiquer du doigt une direction et d’ajouter : «il est là !»

«Il» c’est le colonel Amirouche dans toute sa splendeur. Il semblait donner des instructions à de jeunes maquisards, avant d’aller à la rencontre d’une personne que Dezdeg a reconnu.

– Soyez le bienvenu monsieur Kafi, accueille Amirouche la personne

– Merci. Conduisez-moi auprès des congressistes ?

– Je suis désolé vous n’êtes pas concerné. De toute façon, votre nom ne figure pas sur la liste que l’on ma remise.

– Vous savez à qui vous parlez ?

– Oui et je vous invite à vous reposer jusqu’après le congrès

T. O. A t. ouldamar@yahoo. fr

P. S / «La grande révolution dans l’histoire de l’homme, passée, présente et future, est la révolution de ceux qui sont résolus à être libres» J. FKennedy