Massa Bouchafa, une artiste au sommet de son art

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Ce qui frappe à priori chez cette grande star kabyle, c’est sa simplicité: simplicité dans les manières, simplicité dans l’habillement et simplicité jusque dans le prénom.

Massa, qui se décline en deux syllabes comme pour s’excuser de ce que le nom porté par deux artistes de talent, a de ronflant et d’imposant : monsieur et madame Bouchafa. En la voyant pour la première fois en chair et en os au salon d’honneur de la maison de la culture, assise à côté de son mari, où elle attendait de se produire en scène, on se dit que c’est ainsi qu’elle doit être chez elle en famille, qu’elle accueille des amis ou des étrangers: la spontanéité et la gentillesse faites femme ! Mais au-delà des qualités qui caractérisent les nobles cœurs, il y a celles qui font les grandes stars: le talent et le génie qui se sont réfugiés chez la diva berbère dans un seul organe: la voix.-Une voix qui tinte comme le cristal aux moindres vibrations des cordes vocales. En coutant cette voix aux sonorités si belles, si parfaites, on est ravi, transporté vers des régions sublimes… Sa carrière commence simplement, comme un roman, mais un roman écrit de main de maitre. Enfant, cette native d’Azrou Illiten, un village adossé aux monts de Djurdjura dans la commune d’Aïn El Hamam, se laissait bercer de mélodies. D’abord, il y a la chorale, elle en faisait partie dès le primaire. Cela s’est poursuivi jusqu’au lycée. Ses maitres avaient remarqué qu’elle était douée pour le chant et la sélectionnaient toujours pour ce type d’activités artistiques. La chanteuse à la voix merveilleuse s’est confiée à nous, «Après mes profs, l’encouragement est venu de mon mari qui compose pour moi les paroles et la musique.».Elle a confirmé «Il m’a aidé à me professionnaliser dans la chanson. Nous nous complétons. Il n’y a pas de Massa sans M’hand comme il n’y a pas de M’hand sans Massa». Et philosophe, elle a ajouté «c’est le destin, j’ai rencontré un artiste». Cette artiste doit être la quintessence du milieu artistique et la crème des maris. Depuis leur premier album qui se veut un hommage à Mouloud Mammeri, paru en 1990 et intitulé Da Lmouloud, l’auteur compositeur ne compose que pour sa chère moitié. Aujourd’hui avec un répertoire riche de 11 albums, Massa, qui veut dire en Kabyle Madame au sens noble du terme, et qui ne dira jamais crépuscule en arabe, car l’artiste de renom n’entend pas renoncer à sa carrière, a fait le tour du monde. Elle a fait la France, où elle a donné des concerts «dans les salles les plus prestigieuses de Paris, comme Bercy», comme nous l’avait déclaré l’ancien élève des Beaux arts de Bordj El Kiffan, mais également d’autres pays d’Europe, même l’Australie, les Etats Unis et le Canada. Dès lors la voie est toute tracée, et Massa ne risquait plus de se tromper. Elle quitta le collège où elle enseignait la physique pour suivre ce destin dont elle parlait, une fois à propos de sa rencontre avec son mari et une seconde fois de sa rencontre avec la chanson. Mais cette carrière flamboyante a quand-même tenu à un autre fil. «Un jour», a évoqué pour nous, le parolier et le compositeur de la sirène Kabyle, «un journaliste de la chaine2 est venu chez nous. Il a enregistré quelques-uns de mes poèmes. C’était au tout début de notre mariage. Ma femme les a chantés. Le journaliste les a diffusés. Le succès fut immédiat. Cela nous a alors encouragé à nous lancer dans la chanson». On pourrait penser que ce couple idéal, marié civilement pour le meilleur et pour le pire et lié tout aussi indissociablement par la chanson et le succès, ayant un garçon et une fille, eux-mêmes artistes, le fils étant DJ et la fille photographe, il n’avait baigné que dans le bonheur. Hélas le couple, menacé comme tous les grands artistes dans leur vie pendant la noire décennie, a du fuir l’Algérie et s’installer en France dès 1994. Ainsi est née cette chanson aux accents déchirants que Massa a chanté ce mercredi soir, devant une salle honteusement dégarnie, faute d’information. Une chanson intitulée Thamurtiw, mon pays, sortie en 2013. Elle raconte la cruelle séparation des deux artistes de leurs deux enfants laissés chez les beaux-parents. D’où le retentissement qu’elle rencontre toujours auprès du public.

La période de séparation qui a duré trois ans a pris fin, et depuis les enfants qui ont grandi ont réintégré le domicile établi dans le 93ème, à Paris. Mais les deux artistes reviennent chaque été pour nous enchanter de leurs paroles, de leurs musiques inspirées du folklore kabyle et de la voix inoubliable de Massa, la simplicité incarnée. Le prochaine album, qui sera le douzième, paraitra fin 2015, et à cette occasion, le couple d’artistes effectuera pour sa promotion une tournée qui le portera à travers les grandes villes du pays. «Nous sommes une famille d’artistes». C’étaient les mots par lesquels la diva kabyle a conclu son entretien en parlant de sa famille. Ils concluaient aussi celui du mari qui l’a prolongé pendant qu’elle chantait. La soirée finie.

Aziz Bey

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