L’effervescence qui s’emparait jadis des populations des zones rurales et des villages durant la fin de l’automne s’estompe progressivement, au point où certaines activités qui rentrent dans le cadre des préparatifs pour lancer certains travaux des champs, accueillir et affronter l’hiver particulièrement rude dans la région, ont complètement disparu.
À commencer par l’abandon de la corvée du ramassage des provisions de bois de chauffage dans la forêt que les villageois stockent en pile dans un coin de la cour. Une activité qui crée une animation particulière au niveau des espaces forestiers où l’on s’attaque au bois mort à l’aide de haches dont le son, semblable à celui des pétards, est répercuté par les profonds ravins.
Les fagots de bois sont ensuite acheminés à travers des pistes vers le village à l’aide de bêtes de somme, ânes ou mulets. C’est la première tâche dont s’acquittent, en cette saison, tous les pères de familles, sachant que le bois ne sert pas uniquement au chauffage mais aussi à la cuisson. C’est donc un élément tellement précieux et indispensable en hiver que la plupart des villageois coupent des arbres entiers, notamment des chênes verts ou pins d’Alep, durant l’été pour avoir du bois sec à l’arrivée des premières vagues de froid. Cette corvée a presque complètement disparu à l’heure actuelle, et ce, grâce à l’introduction du gaz butane dans les cuisines et le gasoil (mazout) pour le chauffage, deux matières qui commencent à leur tour à être, depuis ces cinq dernières années, déclassées et remplacées par le gaz naturel (gaz de ville) même dans ces contrées les plus reculées, y compris celles de haute montagne telles que Saharidj, Aghbalou.
L’activité suivante qui a, elle aussi, enregistré un net recul et qui ne tarderait pas à disparaitre, est celle des préparatifs du matériel des labours manuels qui consiste en la vérification et réparation des équipements nécessaires. Cependant, celle qui créait le plus d’animation dans ce créneau des labours est l’engraissement des terrains agricoles à l’aide du fumier des bêtes domestiques que chaque cultivateur entasse à proximité de son domicile durant toute l’année, et qu’il évacue ensuite durant cette période vers les champs pour l’éparpiller sur les surfaces à traiter plusieurs jours avant le démarrage des labours. Une activité qui se pratique par le système tiwizi où sont regroupées toutes les bêtes de somme du village pour évacuer à tour de rôle le fumier de chaque cultivateur. Les enfants se voient confier la tâche de conduire les bêtes chargées entre le dépôt du fumier et les champs en faisant des navettes ; d’où cette animation toute particulière autour de cette corvée.
L’autre tâche agricole qui démarre en cette fin d’automne est celle de l’irrigation des oliveraies. Les propriétaires s’attèlent à l’aménagement de rigoles pour recueillir l’eau des premières pluies pour la drainer jusqu’au pied de chaque olivier où sont aménagées des cuvettes individuelles sous chaque arbre, d’autant plus qu’en pareille période, les grains d’olives complètement formés entament une rapide croissance avant que ne s’enclenche le processus final de maturité. Le calibre des grains et le rendement de la récolte dépendent de la quantité d’eau dont a bénéficié l’oliveraie en cette saison. En parallèle à cette activité d’irrigation, les propriétaires s’attellent à soulever les branches basses qui plient sous le poids des olives à l’aide de pieux fourchus confectionnés dans la forêt -pour leur éviter de se casser ensuite- afin de mettre les branches chargées hors de portée des bêtes qui en raffolent de ces grains d’olives.
La dernière opération des préparatifs dans cette filière consiste à nettoyer le dessous des oliviers qu’on débarrasse des branchages, des épines et autres herbes sèches pour faciliter le ramassage d’olives. Quant aux équipements nécessaires pour cette campagne, tels que la confection de gaules et échelles, le raccommodage des filets et sacs, elles se font en temps perdu, soit durant les journées pluvieuses. Toutes ces activités à l’origine d’une animation toute particulière durant cette fin d’automne, ont soit disparu à cause de l’introduction de nouvelles techniques ou nettement reculé du fait que l’écrasante majorité des villageois se sont détournés des travaux des champs pour plusieurs raisons. La première étant l’insécurité qui prévaut depuis l’avènement du terrorisme à l’origine d’un exode rural massif durant lequel les petits agriculteurs se sont vus contraints de se séparer des bêtes de somme et de trait indispensables pour tout travail de la terre. La suivante est la baisse sensible des récoltes, due aux changements climatiques et l’apparition de certaines maladies, entre autres.
Oulaid Soualah

