7ème FITB Pièce allemande « Terroirs sans mots » – «Land ohne worte» à Amizour

L’Allemagne est présente lors de cette septième édition du Festival international du théâtre de Béjaïa, avec un one man show, ou devrions-nous dire, one woman show.

Ce trente-et-un octobre, une troupe venue de ce pays a fait une magnifique représentation au centre culturel d’Amizour, devant une foule admirative et ravie de la prestation qui y a été présentée.

La troupe était constituée de l’Allemande Lydia Zimke, qui a assuré la mise en scène de la pièce, la Genevoise Lucie Zelger, l’excellente comédienne, et le musicien Irlandais Owen Lasch, qui nous a gratifiés d’un très beau patchwork musical, interprétant un texte de Dea Loher. Ce one woman show, à l’exception de quelques phrases en français et en anglais, a été entièrement présenté en allemand. Au fond de la scène, la traduction du texte a été projetée par un data show, pour permettre au public de comprendre les paroles de Lucie Zelger. Cependant, en dehors de quelques phrases clés qui avaient permis de comprendre ce qui se disait, le jeu de l’actrice était à lui seul suffisant pour ressentir la douleur du sujet abordé. Le décor de la pièce était d’une grande simplicité. Une table sur laquelle la comédienne a développé son jeu de l’argile, du sable et de l’eau, essentiellement. Le sujet de ce monodrame aborde la question de la douleur et du déchirement que ressent tout artiste face à des situations dramatiques extrêmes, notamment sur les zones de guerres. Comment arriver à peindre et raconter ce qui a été vu et vécu en Afghanistan, en Syrie, en Irak, … Les mots manquent et les émotions sont ébranlées. Ces artistes, pourtant, ont besoin de raconter et de témoigner de l’horreur qui se passe en dehors de leur pays qui vit dans la tranquillité l’opulence et l’arrogance. À l’image de Shakespeare qui se demandait comment continuer à vivre dans la réalité après avoir connu l’illusion avec son «Be or not to be», Dea Loher, par la bouche de Lucie Zelger, est partagé entre deux vies totalement différentes qui l’emmènent non pas à chercher des solutions aux problèmes concrets liés à la guerre, mais à se remettre totalement en question. Comment rendre compte de cette réalité à son pays si préoccupé par des problèmes si insignifiants, comparés à ceux que vivent des populations démunies de tout, et qui risquent de perdre la vie à tout moment ? Le personnage qu’incarnait Lucie Zelger qui campait une artiste peintre, se pose des tas de questions à ce sujet. «Pourquoi ne pas peindre ce qui est brisé déchiqueté mutilé ?». Acceptera-t-on ce genre de tableau, dans une société qui ne pense qu’à ce qui est beau et esthétique ? Sa quête de la vérité va l’emmener même à se poser la question «Comment peindre la lumière ?». Autrement dit, au milieu du désespoir, comment arriver à donner de l’espoir ? La troupe a pris le risque de faire une représentation devant un public qu’elle ne connaît pas, dans un pays qu’elle ne connaît pas et dans une langue que ce public ne comprend pas. C’était un pari fou, mais qui en valait la chandelle. La rencontre a été une grande réussite, et l’expérience fut concluante. À une question relative justement au choix de l’utilisation de la langue de Goethe, Lydia Zimke a rappelé que la pièce a été à l’origine écrite en allemand. Une traduction en français a bien été envisagée, mais le texte n’est arrivé que depuis quarante-huit heures, et Lucie Zelger n’a pas eu le temps de le préparer, elle qui vit à Berlin mais qui est également parfaitement francophone. Cette expression démontre que malgré le fait que la pièce est une œuvre à texte, le jeu de l’actrice a largement compensé et dépassé la question de la langue. Il est aussi vrai que le public amizourois est un habitué du théâtre, et a parfaitement su dépasser l’obstacle linguistique, ayant réussi à lire le langage théâtral développé dans la pièce. Un autre aspect positif dans cette rencontre avec ces artistes venus de trois pays différents, c’est leur découverte de l’Algérie, et de la Kabylie en particulier. Ils ont avoué ignorer tout de son existence et de sa culture. Lydia Zimke avait voyagé au Maroc au temps de Hassan II et y avait rencontré des Berbères. Elle pensait que ce peuple n’existait que dans ce pays. Cette découverte pour eux a été l’objet d’une grande joie. Découverte de la région, de la langue, de la culture et du combat identitaire. Ils ont été très touchés par l’accueil qui leur é été réservé et ont promis d’essayer de revenir avec d’autres œuvres, et en français la prochaine fois. Leur pièce sera rejouée au TRB lundi prochain devant le public Bougiote qui, nous n’en doutons pas, saura l’apprécier à sa juste valeur, puisqu’elle parle de combat et d’espoir. La soirée a donc été très agréable, et l’artiste Azifas, qui est également le responsable du centre culturel d’Amizour, a annoncé d’autres représentations dans les prochains jours avec des troupes venues du Sénégal, de France et d’Algérie.

N. Si Yani