Les heures inquiétantes d'un désordre mondial

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La guerre, en œuvre dans l'aire géographique arabe depuis 2011, sous le faux label de "Printemps arabe&quot,; vient d'éclabousser d'une façon dramatique un pays, la France, situé à quelque 4 000 km du théâtre des événements.

En effet, à Paris, en ce vendredi 13 novembre, la population a vécu un véritable acte de guerre, avec 129 morts et plus de 300 blessés, acte signé et revendiqué par l’organisation terroriste de l’ « l’Etat islamique » (Daech). Cela s’est passé onze mois après l’attaque du journal satirique Charlie-Hebdo, qui avait fait une quinzaine de morts, dont la plupart étaient des journalistes. Paris semble ainsi recueillir ce qui, chez cette organisation terroriste, est considéré comme une « vengeance », au vu de la participation de la France à des opérations antiterroristes, en dehors de son territoire, sur les lieux même où est menée une guerre multiforme contre les pouvoirs en place. Pour avoir passé plus d’une décennie de terrorisme islamiste barbare, l’Algérie mesure, sans doute mieux et plus que n’importe quel autre pays, la douleur et le drame d’une telle épreuve. La solidarité des Algériens avec la France, et avec tous ceux qui sont frappés par la bêtise humaine d’une violence gratuite, est un geste primesautier qui a sa raison profonde qui vient d’une histoire récente faite de morts et de désolation. Ce que notre pays tentait de faire valoir comme argumentation quant au caractère transnational du terrorisme, a vite été confirmé par les débordements des conflits libyen, yéménite, syrien, irakien, etc. Des débordements qui font que, aujourd’hui, l’Algérie demeure menacée sur la presque totalité de ses frontières terrestres, avec des incursions qui ont parfois malheureusement réussi. En mettant en garde contre la destruction de la Lybie, en prônant des solutions de dialogue en Syrie et au Yémen, l’Algérie mesurait l’étendue et le niveau des capacités de nuisance du terrorisme islamiste. La France qui vient d’être frappée pour la deuxième fois en l’espace d’une année dans sa chair- après avoir subi, il ne faudrait pas l’oublier, les débordements du terrorisme algérien à travers les attentats de métro Saint-Michel en 1995-, est appelée sans doute à réviser ses plans sécuritaires, mais aussi la politique développée à l’endroit des communautés musulmanes vivant sur sol. Jusqu’à présent, cette politique est, le moins que l’on puisse dire, empreinte de confusion et de double langage. Au laxisme que lui reprochent certains partis et élites politiques dans son traitement de la donne de l’immigration, le gouvernement français a aussi affaire au reproche d’islamophobie que décochent en sa direction, et en direction des certaines administrations et organisations, des courants de l’immigration musulmane (représentants des étrangers ou des binationaux). Comme il semble coincé entre le marteau et l’enclume sur le plan interne, le pouvoir politique en France l’est également sur le plan externe. Le meilleur exemple ne peut être que celui du dossier syrien. La France ne veut pas de Bachar Al Assad, auquel elle ne prévoit aucun destin dans la nouvelle Syrie, mais cela renforce immanquablement les positions des radicaux de Daech, sachant que ce qu’on appelle l’ « Armée libre de Syrie » (ou les modérés) demeurent… modérément représentés sur la scène militaire et politique. Peut-être auraient-ils quelque chance d’être intégrés dans la stratégie russe qui tente d’éliminer physiquement la menace de l’Etat islamique. Le résultat des courses est que, pour des pays directement impliqués dans des conflits aussi fuyants et aussi incertains que ceux de la Syrie ou de l’Irak- et la France l’est totalement, surtout après la mobilisation dans la Méditerranée orientale de son porte-avions Charles de Gaulle-, les rebondissements sur le sol national de telles interventions ne sont pas à exclure. Mieux, ils sont censés être complètement intégrés dans la stratégie de renseignement et de prévention. Or, il se trouve que des éléments impliqués dans les massacres de vendredi à Paris étaient déjà « suspects », filés par la police et… laissés en liberté jusqu’à ce qu’ils aient décidé d’ôter la vie à des citoyens innocents. Les attentats islamistes qui ont endeuillé la capitale parisienne, et qui, auparavant avaient visé le Royaume Uni et l’Espagne, constituent les signes patents d’un désordre régional et mondial, où l’extrémisme et le radicalisme religieux tentent de se positionner comme des alternatives sociales et politiques. Historiquement et humainement condamnées, cognant la tête contre le mur de l’intelligence et de l’humanisme, ces projets d’alternatives se muent en monstres et en semeurs de morts. La riposte ne peut être que globale, solidaire et coordonnée, entre tous ceux qui luttent pour l’émancipation de l’homme et l’épanouissement des valeurs de la citoyenneté.

Amar Naït Messaoud

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