Tizi-Ouzou Toxicomanie à l’université Mouloud Mammeri – La cote d’alerte !

La toxicomanie prend de l’ampleur dans le milieu universitaire et elle ratisse large à l’université Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou, ceci même si « l’irruption de ce phénomène est relativement récente en Algérie ».

C’est une conclusion d’une enquête menée par deux médecins spécialistes en la matière du CHU Nedir Mohamed, durant l’année en cours, à l’université Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou. Il s’agit de médecins résidents en épidémiologie et en psychiatrie du ledit CHU, assistés de leurs chefs de services respectifs. Cette enquête a été effectuée sur un échantillon de 1 172 étudiants, représentants 2,1% de l’ensemble des 55 000 étudiants que comporte l’université. Il en a résulté que 09% de cet échantillon, objet de cette enquête, s’adonnent à la consommation de la drogue. La frange des étudiants la plus touchée par ce phénomène est celle dont l’âge varie entre 19 et 24 ans, avec un pic de 19 à 21 ans. C’est-à-dire, 58,3% de ces toxicomanes ont l’âge variant entre 19 et 21 ans. Ceci, tout en sachant que l’université Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou comporte en son sein 55 000 étudiants. La propagation de la drogue et de la toxicomanie en général dans ce milieu avec tout son volume et la menace que pourra constituer chez les jeunes qui en sont exposés directement, interpelle plus que jamais les responsables concernés. Cela constitue une menace directe et pour l’université elle même et pour la santé publique et la société en général. Il s’agit là des constats et chiffres donnés par le Pr Ziri Abbès, DG du CHU de Tizi-Ouzou, à l’occasion de la Journée nationale de psychiatrie, ayant pour thème : «Les conduites addictives, psychopathologie et perspectives de prise en charge», organisée, jeudi dernier, à l’auditorium de l’établissement hospitalier spécialisé (EHS) de psychiatrie de Oued-Aïssi. En effet, M. Ziri, dans sa communication ayant pour thème : «Prévalence de la toxicomanie en milieu universitaire durant l’année 2015», a mis en exergue la dangerosité de ce phénomène de toxicomanie qui menace la société. «Les résultats préliminaires de cette enquête démontrent que la toxicomanie constitue une véritable menace et pour la santé publique et pour la société pouvant même générer une perte de ressources financières considérables pour l’Etat afin de l’endiguer», dira-t-il. S’agissant de la consommation de différentes substances, M. Ziri a affirmé selon les résultats de l’étude, que 26,1% des étudiants consomment du tabac, 19,8% de l’alcool, 7,4% consomment du cannabis, 1,8% de la cocaïne, 3,9% d’autres substances et 1,4% s’adonnent à la consommation d’autres psychotropes. La frange de ces étudiants la plus exposée à la toxicomanie est celle dont l’âge varie entre 19 et 24 ans. Concernant l’objectif de cette enquête menée en milieu universitaire, M. Ziri fera savoir qu’il s’agit de mesurer la proportion de la propagation de la drogue à l’université à travers une étude transversale, de s’intéresser aux causes et de prévoir les remèdes. Pour les motivations qui mènent les étudiants à consommer de la drogue, l’étude révèle : Les motivations personnelles représentent 49%, l’influence du groupe 15% et l’influence des amis 09%. Mais la conclusion la plus frappante comme résultat de cette enquête étant : «Le taux de prévalence de la consommation des drogues chez les étudiants de Tizi-Ouzou est nettement supérieur au taux de la consommation mondiale qui varie de 3 à 5%». C’est-à-dire, le taux de consommation de la drogue à l’université de Tizi-Ouzou dépasse de loin les 5%. Dans ce sillage et selon l’orateur, une enquête sur la toxicomanie a été effectuée en 2010 à travers 10 wilayas de pays. Le résultat : 37,7% des étudiants ont déjà consommé de la drogue. Car, en cernant ce phénomène en amont et en aval, cela permettra aux responsables d’établir des stratégies afin de contourner des implications néfastes et à même de l’endiguer définitivement. Les coûts financiers devant éradiquer la toxicomanie dans le monde, d’après cette étude, sont estimés entre 200 et 250 milliards de dollars. Et cette cagnotte représente 0,4% du produit intérieur brut (PIB) mondial. En somme, les conclusions de cette étude sur la consommation de la drogue à l’université de Tizi-Ouzou constituent une sonnette d’alarme, à la fois à l’adresse «des pouvoirs publics, des éducateurs, des professionnels de la santé mentale, des parents et du mouvement associatif». Par ailleurs, à l’entame de cette Journée nationale de psychiatrie, M. L. Bounous, directeur de l’EHS d’Oued Aïssi, a axé son intervention sur le thème : «EHS Fernane Hanafi de Oued Aïssi, état des lieux et perspectives». Pour lui, cet établissement spécialisé en psychiatrie, d’une capacité de 330 lits et abritant 345 malades, a fait une évolution des plus remarquables depuis sa création en 1972. Dans cette optique, il a souligné que la nouvelle génération de psychiatres recrutés à l’EHS de Oued Aïssi a fait un travail considérable ces dernières années. Un travail, selon lui, qui a ramené la sérénité et qui s’est traduit par l’efficience dans les prestations de soins prodiguées dans cet établissement. De même, il a été question, selon lui, qu’une cagnotte de 05 millions de DA eut été dépensée afin d’améliorer toutes les commodités ayant trait au confort des malades, dans cet établissement. Pour sa part, le directeur de la santé et de la population (DSP) de la wilaya de Tizi-Ouzou a affirmé dans son intervention, que la toxicomanie constitue «un véritable problème de santé publique». Dans ce sillage, il a fait savoir que ces journées d’études ayant trait à la santé de la population, qui sont organisées régulièrement à Tizi-Ouzou, sont bénéfiques à plus d’un titre. Car, selon lui, ces études autant qu’elles informent, elles interpellent les consciences.

Rachid B.