Des dos d’ânes partout !

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Il fut un temps où la ville de Béjaïa était considérée comme une ville de culture et de civilisation.

Et tous les chemins du savoir y menaient. Les romains, de leur côté avaient coutume de paver les routes de leur empire, pour indiquer le chemin vers Rome. On disait alors que «tous les chemins mènent à Rome». En extrapolant un peu aujourd’hui, ne devrait-on pas dire que tous les dos d’ânes mènent à Béjaïa ? Cette ville, depuis quelques années, a fait en sorte que les routes qui mènent vers elles soient pavées de ralentisseurs, appelés également «dos d’ânes». En effet, en quittant la wilaya de Bouira pour entrer dans celle de Béjaïa, et tout le long de la RN26, et sur plusieurs dizaines de kilomètres, des ralentisseurs ont été installés sur la route, dans l’objectif de ralentir la circulation et éviter ainsi les accidents. Mais cela ne va pas sans la création d’un certain nombre de problèmes. C’est ainsi que les automobilistes et autres usagers de la route trouvent excessif le nombre de ces ralentisseurs. Il y en a près d’une centaine sur la RN26, dont, à titre d’exemple, vingt-trois entre El Kseur et Béjaïa. Entre Amizour et Béjaïa, il y en a vingt-six, soit plus d’un ralentisseur par kilomètre, et une trentaine entre Aokas et le chef-lieu de wilaya. «Ce n’est plus un ralentissement de la circulation qu’on a maintenant, mais un véritable blocage», affirme un usager de la route. Les délais et les distances se sont ainsi rallongés à cause des retards causés par ces outils mal conçus et mal placés. De plus, ils ont été installés de manière assez aléatoire, à des endroits improbables. La logique du choix de ces endroits n’est pas du tout clair. Notre usager ajoute : «Les dos d’ânes devraient répondre à un besoin précis, à savoir ralentir la circulation aux endroits fréquentés par la population, comme les abords des écoles, des mosquées, des places publiques et des carrefours». Mais cela n’est pas toujours le cas. Parfois, au beau milieu de la route et sur une aire complètement dégagée, on installe des ralentisseurs, juste pour empêcher les véhicules de rouler vite, même si aucun danger évident ne se voit à l’horizon. C’est le cas à plusieurs endroits de la route menant de Béjaïa à El Kseur, ou à Aokas. En plus, ajoute notre interlocuteur, «ces ralentisseurs ne respectent aucune norme. Certains sont de véritables dangers, autant par leur emplacement que par leur forme». Djamel, un chauffeur de poids lourds, se plaint également des contraintes subies par les camions qu’il conduit. «Avec la charge que nous transportons, les dos d’ânes augmentent les chocs que subissent les amortisseurs et les différentes parties des camions», dira-t-il. Et à cause de leur fréquence trop élevée, ajoutera-t-il, «on n’a même plus envie de ralentir, rétrograder et passer la première pour redémarrer et passer l’obstacle. Alors, nous faisons souffrir d’avantage nos camions. C’est fatiguant de devoir repasser les vitesses tous les kilomètres parcourus». Même son de cloche du côté des transporteurs publics. A cause des nombreux ralentisseurs, les voyageurs se plaignent de l’inconfort des trajets. Ajouter à cela l’état de délabrement de certains bus et fourgons, les voyages deviennent vraiment désagréables. Il faudrait aussi relever le problème de la signalisation. Sur la RN26, celle-ci est relativement correcte, même si les automobilistes ne sont pas à l’abri des surprises. Cependant, sur la route reliant Béjaïa à Amizour, la signalisation des ralentisseurs fait vraiment défaut. Il est vrai que depuis une semaine, on croise à la sortie d’Amizour des équipes de travailleurs en train de repeindre certains ralentisseurs pour les rendre visibles la nuit. Mais cette opération est loin d’être suffisante. Il faudrait aussi placer des panneaux suffisamment loin pour permettre aux conducteurs de prendre leurs dispositions pour éviter un contact sec et violent avec les bosses qui font office de ralentisseurs. Cette situation se retrouve également en pleine ville à l’intérieur de Béjaïa même, où de nombreux ralentisseurs ont été installés, sans qu’une étude sérieuse n’ait été faite auparavant. Comment expliquer que sur une côte de près de dix pour cent, sur un sens unique, on puisse placer un ralentisseur ? C’est le cas, par exemple, sur la rue qui relie l’ex hôtel Christal à Sidi Ahmed. Mais on retrouve cette situation à bien d’autres endroits. Sur presque l’ensemble des rues de la haute-ville, il y a un débordement de ralentisseurs. De plus, l’état de la chaussée est tellement mauvais que les ralentisseurs deviennent superflus, ou même inutiles. À la sortie du lycée des Oliviers, par exemple, la rue du Palmier est dans un état catastrophique. Même les piétons ont du mal à circuler. À Taassast, Sidi M’hand Amokrane et Mangin, les ralentisseurs n’ont vraiment pas lieu d’être. L’excès de zèle a fait qu’on a installé des ralentisseurs casse-cou pour les automobilistes. Alors qu’il existe bien des textes réglementaires régissant ces accessoires de la route, on s’évertue à ignorer les normes, causant plus de dégâts que les dangers redoutés. À quand la révision de ces obstacles à la circulation normale ? À quand l’installation de vrais ralentisseurs, signalés selon les normes et conformément au code de la route ? À quand la réfection des chaussées, en rebouchant les nids-de-poule en organisant correctement les conditions de circulation ? On avait promis un nouveau schéma de circulation pour la ville, et ce sont deux feux rouges qui ont été pondus pour faire joli et donner une impression de modernité. À ce stade, on voit bien que la ville est à la fois pavée de ralentisseurs et de bonnes intentions. En ralentissant ainsi la circulation, sans raisons et sans études rationnelles, ce ne sont pas seulement les véhicules qui accusent le coup, c’est l’ensemble de l’économie de la région qui est ralentie.

N. Si Yani

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