Ces mots exceptionnels mais coincés dans des formules occasionnelles

Partager

Il existe de nombreux mots de la langue berbère de Kabylie qui ne sont utilisés que très rarement car enfouis dans des formules toute faites, elles-mêmes dites occasionnellement. Prenons les quelques exemples qui suivent: On dit : «Yessimghur tissri» ici le mot «tissri» est au pluriel irrégulier. Le singulier du mot est «tissrit». Il peut prendre plusieurs sens mais le plus convainquant est le sens de «complications». La formulation se dit d’une personne donnée qui «complique les situations». On dit aussi : «yexda-k waluf» qui signifie : «ne t’inquiète pas ou encore «n’aie pas de soucis». Ici le mot à intérêt est «aluf», qui peut servir pour rendre les termes commeinquiétude, soucis, anxiété une appréhension ou encore une angoisse. Dans un autre exemple : «Ur yufi ttren» ou «ur yufi rriq» «ou encore «ur yufi tigert», les mots «ttren», «rriq» et «tigert» signifient «absolument rien». Ils sont porteurs d’une autorité de l’absolu bien plus fort que le mot «rien». Les locutions «ttren», «rriq» et «tigert» insistent sur le totalement rien et ne laissent aucune réserve, aucune alternative. Dans l’exemple «s baba ma ssanfegh-ak», la formule signifie «Je jure par mon père que je ne t’ai pas négligé» ou encore «je ne t’ai pas menti». De ce verbe «sanef» se produit le nom verbal «annuf» qui veut dire «négligence, étourderie, mensonge, canular». Il peut également prendre d’autres sens selon le contexte de son utilisation. Nous disposons donc d’un tas de formules toute faites que nous ne pouvons pas toutes citer dans cette chronique. Elles sont très occasionnellement utilisées et pourtant elles renferment en leur sein un tas de mots de grande utilité qu’elles peuvent nous fournir. Ces mots restent malheureusement coincés dans ces formulations et ne sont plus utilisés en dehors de celles-ci. Ils y sont comme «emprisonnés» par l’autorité de la tradition mais surtout par le retard que la recherche a mis ou continue de mettre pour s’en saisir. Voici donc un autre axe de recherche pour nos étudiants. C’est justement à la libération de ces mots que nous devrions attacher une importance afin, d’une part, d’enrichir le vocabulaire et d’autre part, nous éviter de verser dans la construction abusive, très laborieuse et très délicate de nouveaux mots appelés les néologismes, dont l’usage excessif et exagéré déforme le naturel de la langue comme c’est souvent le cas dans les ouvrages littéraires et les discours à tendance scientistes ô combien repoussants et incompris du public.

Abdennour Abdesselam

(kocilnour@yahoo.fr)

Partager