Tizi-Ouzou Le village Timizart n Sidi Mansour élu le village le plus propre à Tizi-Ouzou en 2015 – Beauté et bonté

Timizart n Sidi Mansour est un village parmi les 36 villages de la commune de Timizart de l’ancienne confédération d’At Jennad.

Elle vient de décrocher le premier prix du concours «Aïssat Idir du village le plus propre» organisé par l’APW de Tizi Ouzou. Situé à une trentaine de kilomètres de la ville de Tizi-Ouzou, il a une altitude de 313m. Il est entouré à l’Est, par les villages de Timerzouga et Aït Bouali, à l’Ouest par Izarazen, au Nord par Aït Gouaret et enfin au Sud par Kahra. Timizart est renommé par le grand poète Youcef Oukaci et récemment par des festivals locaux de poésie et du lait.

On dit que les gens de ce village sont très naïfs au point, où même Youcef Oukaci leur a dédié un poème dont voici la version kabyle.

“Mi ara nnejmaâen deg Tfoughalt,

A bu therchi, yawi-tt-id,

Mi ara nnejmaâen deg Sidi Mansour,

A bu nniya, yawi-it-id’’.

En français, on peut le traduire comme suit :

«Quand les gens se rencontrent

à Tafoughalt,

Que celui qui a une ruse, la ramène.

Quand ils se rencontrent à Sidi Mansour,

Que celui qui a une naïveté

la ramène. ’’

Organisation à l’ancienne

Ce village qu’on nomme, tantôt Timizart n Sidi Mansour, tantôt le village de Timizart est habité par 3300 âmes. Ces habitants sont, pour la plus part, des agriculteurs propriétaires d’une parcelle de terre dans la plaine (Azaghar) et c’est pour cette raison, justement, que le nombre des émigrés est insignifiant par rapport aux autres villages. Il est composé des quartiers ou tribus (Iderma) : Aït Kaci et Aït Ali, Iamrache, Aït Cherbal et Iousâidène, Ibouaâchène, Aït Ramdane, Aït Ouiyikane et Iboumghitène, enfin Aït Zidane et Aït Lhamel. À l’instar de la majorité des villages de Kabylie, il est géré à ‘’l’ancienne’’ par un comité élu démocratiquement par une assemblée générale qui se réunisse régulièrement dans le lieu qu’on appelle ‘’Tajmaât’’. Une très ancienne bâtisse que le village a préservée et restaurée tout en gardant les spécificités et les symboles de leurs aïeux. La décision de l’assemblée générale est souveraine et respectée par tout le monde, sans exception. En plus de la discipline et du civisme des habitants de cette localité des jeunes se sont organisés en association, un point de chute des bonnes volontés et des compétences qui ont pris le défi de métamorphoser le paysage de leur village jusqu’à l’obtention du ‘’Prix du village le plus propre de la wilaya’’ organisé par l’APW de Tizi-Ouzou. Il s’agit de l’association ‘’Azetta’’ (Metier à tisser), l’initiatrice de ces actions. C’est ainsi qu’ils ont fait appel aux jeunes talents de l’école des beaux-arts d’Azazga, pour leur donner un coup de pouce dans l’embellissement des quartiers du village. Au final, tous les artistes et monuments de la culture berbère sont immortalisés par de jolis tableaux de peinture sur la plus part des murs de la localité allant de Issiakhem jusqu’à M. Mammeri en passant par Matoub et Djaout. Plusieurs sites ont été aménagés et décorés ou sculptés, à l’image de la fontaine, d’une cascade, les places principales du village…etc. L’environnement a, dans les activités du village, la part du lion. Des arbres plantés tout au long de la route. Des jardins en plein trottoir et des pots de fleurs suspendus aux murs. À chaque coin de la ruelle, trois bancs à ordure sont installés pour le tri des déchets: le verre, le papier et le plastique. L’opération de ramassage est assurée par les citoyens qui, à leur tour, sont chargés d’acheminer ses déchets vers un centre de tri qui se trouve à l’extérieur du village et qu’ils ont, eux même, construit et aménagé.

La confrérie est gérée par un conseil des At Jennad : chaque village de la commune de Timizart délègue un représentant. Ce conseil est autonome vis-à-vis du village de Timizart. Il prend ses propres décisions en ce qui concerne les activités de la confrérie et celles de la mosquée et il ne s’immisçait jamais dans les affaires du village. Et vice-versa pour le comité du village qui gère seulement les affaires courantes de la localité. Une forme de la laïcité à la kabyle, une pratique partagée par la majorité des villages : l’imam n’a aucune autorité sur le comité du village et le président du comité du village n’est pas forcément un imam.

Des origines

Timizart n At Jennad est un nom composé : Timizart + At Jennad. Timizart est le singulier du nom Tamazirt en Kabyle qui veut dire jardin ou une parcelle de terre par extension. Quant au nom At Jennad, il est prononcé au départ At Znad qui veut dire ceux de la gâchette, puisque d’après des récits et des légendes, les At Jennad ont la gâchette facile surtout pendant les conflits vécus avec leurs frères ennemis et voisins les Aït Kaci de Tamda. Ils sont, aussi, sollicités pour la protection d’autres tribus qui se sentaient humiliées et agressées. Il y avait même des mercenaires pour ceux qui veulent se venger, d’après quelques récits.

Concernant Timizart n Sidi Mansour et d’après M. Ali Arkoub, président du comité du village, Sidi Mansour est venu de Meliana avec un groupe pour répandre le coran. Au départ, il voulait s’installé avec sa vache à Yakourène, mais les habitants l’ont chassé. Et puis un bon matin, les gens de Timizart l’aperçurent dans leur territoire, exactement à Lhemmam (ancien cimetière du village). Les villageois étaient très hospitaliers et aimables envers lui, d’autant plus qu’il prêchait la parole du Dieu. Avec le temps, on lui a même construit une mosquée et une confrérie et par la suite un mausolée. Petit à petit, les gens le vénérèrent à tel point que sa notoriété dépassera celle du roi de Koukou, Si Amar Oulkadi, à qui il a volé la vedette en déviant indirectement des impôts et des cotisations des At Jennad à son profit. Des impôts que le roi de Koukou venait récupérer chaque année.

Si Mohand Ou Mhand à Timizart

Le personnage de Sidi Mansour est tellement vénéré que même Si Mohend U M’hend lui a rendu visite, ou presque ! Selon des témoignages concordants, Si Mohend U M’hend s’est déplacé à Timizart avec un groupe de pèlerins pour rendre visite au Saint Sidi Mansour. À l’entrée du village, alors que ses compagnons se préparèrent à franchir la ligne d’arrivée, une jolie fille surgissait du haut d’un balcon. Epris de sa beauté Si Mohend U M’hend s’arrêta pour regarder cette merveilleuse créature et laissa tomber, de ce fait, le pèlerinage en abandonnant ses amis en route. Au retour de ses compagnons, il leur déclama ce poème :

‘’Sidi Mansour Ahrur,

D taqcict ay d-nzur,

Ma d kecc ara ak-id-nwaâi’’

La traduction du poème donnera, à approximativement, ceci :

‘’Ô Sidi Mansour, le libre,

Cette-fois, nous avons rendu visite à une fille, Et toi, ça sera pour la prochaine. ’’

Quelques personnalités de la région

Youcef Oukaci : célèbre et grand poète. Il était le messager des At Jennad.

Lhadj Moh Ou Smail : le grand chef de la confédération des At Jennad.

Sidi Mansour : le saint de la région qui porte actuellement son nom.

Said Iamrache : grand militant de la démocratie et de tamazight. Il est aussi artiste et poète, décédé en 1999.

Ali Ideflawen : grand chanteur de la chanson engagée.

Abdelkader Meksa : un chanteur de talent. Décédé en 1988 à l’âge de 34 ans. Connu par la chanson ‘’Loundja’’.

M’hamed Issikahem : né au village d’Imaloussen. Un grand peintre connu et reconnu à l’échelle universelle.

Arezki Ben Amar : un poète adulé. Ses poèmes sont sur les lèvres de la majorité de ces concitoyens.

H. Moula