L’idéologie et l’affectif doivent évacuer la scène

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Ahmed Ouyahia, le chef de cabinet du président de la République, a dévoilé hier, devant un parterre de journalistes, les amendements tant attendus et contenus dans l’avant-projet de loi portant révision de la constitution. La nouvelle mouture de la constitution stipule dans son article 3 bis que «Tamazight est également langue nationale et officielle». Toujours dans le même article revisité il est souligné qu’«il est créé une académie algérienne de langue amazighe, placée auprès du président de la République. L’académie qui s’appuie sur les travaux des experts est chargée de réunir les conditions de promotion de tamazight en vue de concrétiser à terme son statut de langue officielle». Voilà donc qu’à travers son document régissant les lois fondamentales, l’Etat algérien vient de se rattraper et de corriger une injustice qui a trop duré. Cet acquis, cette symbolique, nous ne cesserons pas de le souligner, est la consécration de grands sacrifices consentis par des générations de militants de la cause identitaire, dont beaucoup nous ont, hélas, aujourd’hui quitté et n’ont pas pu savourer cet instant historique. Réagissant au micro tendu par radio Tizi-Ouzou, beaucoup de citoyens n’ont pas caché leur joie. Un citoyen qui se trouvait parmi ces intervenants, a estimé que c’est pour la première fois qu’il se sent algérien à part entière. C’est dire que la réconciliation, la vraie, est identitaire. Maintenant que c’est fait, tamazight est désormais consacrée officielle, il incombe à l’Etat, comme c’est d’ailleurs souligné dans l’article 3 bis de la nouvelle mouture, à la concrétiser sur le terrain. Pour aller au-delà du symbolique, il est impératif d’évacuer l’affectif et l’idéologique. Cette institution promise chargée d’aménager tamazight, ne peut et ne doit être gérée que par des experts en la matière que seule la réalité linguistique du terrain interpelle. Le chef de cabinet du président de la République a, en réponse à une question, estimé que l’unification de la langue est une question complexe. Il s’est aussi interrogé : quelle Tamazight enseignée ? La question de l’ex-chef du gouvernement est pertinente, mais la réponse ne peut être de lui : c’est aux experts au fait de la dynamique linguistique d’y répondre. La langue unifiée, ce fantasme que l’on tentera de fabriquer dans les laboratoires se cassera les dents. La langue standard tant rêvée n’est pas pour demain la veille. Son avènement, si avènement il y aura, s’inscrira dans le temps et n’obéira à la seule loi de la dynamique sociale et au rapport de force naturel existant entre les langues. Des personnages de la sphère politique ne manqueront de s’ingérer dans la linguistique en brandissant leur sempiternel «oui, mais avec quel caractère ?». Cette question ne mérite même pas d’être posée, à moins que l’on veuille balayer d’un revers de main tout le travail d’aménagement qui a été fait depuis près d’un siècle. Et puis, qui a empêché tous ces détracteurs de tamazight en caractères latin de travailler le caractère arabe et tifinagh. Qu’ils se mettent donc au travail au lieu de chahuter ! Dans un siècle peut-être, s’ils se mettent au travail, dès maintenant, le rapport de force serait en leur faveur.

T.O.A

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