Boumerdès Réactions des citoyens à la nouvelle Constitution – Des avis mitigés

« Il aura fallu près de quatre ans pour que la nouvelle Constitution voie le jour, mais sa compréhension véritable et intégrale par les citoyens, ceux d'un niveau moyen tout au moins, risque de prendre encore plus d'une décennie ».

C’est le point de vue d’un professeur de sciences politiques actuellement en retraite à Réghaia.

Comme d’autres spécialistes, il part du constat que personne pratiquement ne reste indifférent face aux questions politiques, mais encore faut-il que celles-ci soient clarifiées. Au centre urbain sus mentionné proche de la zone industrielle de l’Est d’Alger, pourtant considéré comme lieu du début des manifestations violentes d’Octobre 1988, les citoyens interrogés admettent, dans leur majorité que le pays avait besoin d’une nouvelle mouture des lois. Mais leurs avis divergent sur celles qui viennent d’être présentées comme avant-projet. «Mon aîné en troisième année à l’université m’a fait savoir que cette nouvelle Constitution reconnait davantage nos droits en tant que femmes… mais de quels droits puis-je, moi par exemple, me targuer, alors que je travaille comme femme de ménage dans une école pour un salaire de misère», nous dira une mère de famille, parmi les passagers d’un bus reliant la ville précitée à Boumerdès.

La question économique est là particulièrement abordée au détour des discussions anodines surtout sur l’esplanade Madaur. Dans la soirée d’avant hier, un citoyen disait à qui voulait l’entendre : «Depuis la création des partis en 1989, nous ne disposions que d’une constitution-programme, à caractère idéologique, comme celle de quinze années auparavant». Puis, reprenant son souffle, il ajoutera que «ceux qui veulent plus de social n’ont qu’à voter pour les partis qui s’en réclament, encore faut-il que ceux-ci soient capables, une fois élus, de réaliser leurs projets». Reconnaissant que son niveau était limité un quadragénaire du quartier avoisinant de Alléléguia, préoccupé lui par son problème de logement, dit quant à lui souhaiter que des instances étatiques leur éclaircissent les nouveaux textes du pays.

Au même endroit, une controverse s’était engagée entre deux des ses camarades, autour de la place de la religion dans cette Constitution. L’un deux dira : «Avant même la promulgation de ces nouveaux textes constitutionnels, le ministre actuel des Affaires religieuses aurait limogé de nombreux imams, fortement imprégnés de l’esprit salafiste». Et l’autre de lui répondre : «Ces imams ont été tout de même remplacés par des hommes de religion, eux aussi Algériens».

Sans lâcher prise, le défenseur du salafisme voulut lui montrer que l’Etat s’orientait vers la laïcité laquelle est selon lui synonyme de mécréance.

«Détrompe-toi», lui rétorque son antagoniste, en le conseillant de parfaire ses études pour comprendre et la religion et la laïcité.

La question de Tamazight n’est abordée, elle, que concernant les moyens humains et techniques à mettre en œuvre pour accélérer sa généralisation. «N’était-ce l’influence de certains cercles arabo-islamistes étrangers et nationaux sur nos gouvernants, l’on aurait dû la reconnaître au début des années soixante-dix», notera un universitaire, ex-militant du FFS, en rappelant, avec regret, l’ordre intimé alors, au défunt écrivain Dda El Mouloud d’arrêter d’enseigner cette langue ancestrale à l’université d’Alger. S’ensuivit à l’époque, pour rappel, une répression féroce à l’encontre de ses autres confrères ou disciples, dans chaque coin d’Algérie.

Mais aujourd’hui, l’on est en droit de se féliciter, non seulement de la reconnaissance de Tamazight en tant que langue officielle, mais aussi de toutes les libertés individuelles et collectives acquises, s’entendront à dire la plupart des présents au débat, ce soir-là.

Salim Haddou