Comme nous l'avions déjà rapporté sur ces colonnes, le mouvement associatif est à pied d'oeuvre pour fêter le premier jour de l'an amazigh qui coïncide avec le douze janvier de chaque année.
Ainsi, après l’association ‘’Amgud’’, c’est Taneflit N’Tmazight qui lui emboîte le pas en dévoilant son programme. Bien avant le mardi, cette association a déjà organisé sa première activité. Avant-hier, M. Amar Laoufi, professeur de Tamazight au département de l’université de Bouira, a animé une conférence-débat autour du thème » Yennayer et la revendication identitaire » au sein du siège de l’association. Devant une assistance composée essentiellement d’étudiants, le conférencier est revenu sur la signification et la valeur du premier jour de l’an amazigh, tout en développant son historique depuis que Imazighen eurent commencé à utiliser leur calendrier agraire. Mais, c’est surtout la période post-indépendance que cet enseignant-chercheur aura bien analysée notamment avec le mouvement culturel berbère qui a revendiqué non seulement la langue, mais aussi la culture dans ses diverses formes. Actualité oblige, car comme chacun le sait, depuis l’annonce de la constitutionnalisation de Tamazight comme langue nationale et officielle dans l’avant-projet de la révision de la constitution, les avis et les interprétations de cet article » 3 bis » vont bon train. Et bien sûr, les avis divergent car certains vont jusqu’à se prononcer sur les caractères d’écriture à choisir pour Tamazight, ce qui est en principe du ressort des spécialistes et des linguistes. M. Laoufi Amar estimera que c’est un leurre d’entendre que Tamazight devra être extraite aux politiques. » Non, il ne faut pas la confiner dans un article de la constitution et instituer une académie qui l’emprisonnera. Il faut lui donner, au contraire, tous les moyens nécessaires pour sa promotion et rattraper les 40 ans de déni qu’elle a subis d’une part, et plus de 12 autres années d’autre part, depuis qu’elle eut le statut de langue nationale », clamera-t-il. Et de revenir ensuite sur les combats menés depuis la crise dite berbériste de 1949 jusqu’aux événements douloureux du printemps noir 2001. » N’oublions pas tous ces sacrifices. Il est maintenant temps de les capitaliser. Chacun de nous devra lui faire sa promotion. Nous devons tous participer à son officialisation au niveau national. Editer, acheter les ouvrages en Tamazight, inciter nos enfants à l’étudier sont des actions à mener sur le terrain. Ne faisons pas en sorte à ce qu’elle soit facultative comme ce fut le cas depuis 1995 jusqu’à ce jour dans certaines wilayas du pays », a-t-il indiqué dans sa conférence. En tout cas, le conférencier a mis en garde contre tous les aléas et entraves qui pourraient encore être parsemés sur le chemin de cette officialisation. » Si des barrières sont mises devant elle, nous craignons qu’elle va subir ce que subit Tamazight au Maroc depuis son officialisation », jugera le conférencier. Amar Laoufi appellera tous les Imazighen à acheter au moins un ouvrage édité en Tamazight à l’occasion de Yennayer en plus des autres traditions qui sont connues de tous pour cette célébration, en gardant tout de même l’espoir de concrétiser ce qui a été décidé autour de cette revendication identitaire. » Nous attendrons que la réconciliation se fasse avec l’acceptation des deux langues nationales et officielles (arabe et tamazight) sans qu’aucune ne rejette l’autre. Tamazight a besoin de tant de moyens », conclura le conférencier. Il s’en est suivi un débat riche autour du thème présenté. Pour la deuxième activité deux poètes monteront sur la scène pour un récital poétique. Il s’agit d’Amar Belkada et de Rabah Haniche tant appréciés par l’assistance. M. Mohamed Chihaoui, en sa qualité de président de Taneflit, nous communiquera la suite du programme tracé pour cette occasion. » Nous avons encore deux autres jours », nous dira-t-il. Pour le onze et le douze janvier, il y aura des expositions au sein du siège de l’association. Il s’agit de livres, de coupures de journaux, de l’histoire de Yennayer à travers les siècles,… » En collaboration avec la Maison de la culture de Tizi-Ouzou, nous avons prévu un gala artistique avec des chanteurs locaux au cinéma le onze janvier à treize heures « , ajoutera notre interlocuteur. Ce dernier nous apprendra que pour cette occasion, un concours culinaire (plats et gâteaux traditionnels) est retenu, lequel sera couronné par des prix. Ce sont des activités en collaboration aussi avec l’APC. Par ailleurs, M. Chihaoui nous remettra un concours portant sur dix questions relatives à la langue et culture amazighes. » C’est un questionnaire que nous avons proposé à tous », conclura-t-il.
Amar Ouramdane

