M’Kira Subissant de plein fouet la hausse des prix des matériaux de construction – Les auto-constructeurs dans la tourmente

M’Kira, considérée parmi les cinq plus pauvres communes de la wilaya de Tizi-Ouzou, souffre de beaucoup de manques, notamment dans le secteur de l’habitat.

«Notre douar, dont les villages avaient été en totalité détruits par l’armée coloniale, n’a jamais bénéficié d’aide pour sa reconstruction, et ce, depuis l’indépendance. D’ailleurs, nous défions quiconque de tous les responsables de venir à M’Kira pour démontrer le contraire. Les quelques logements lancés depuis plus d’une trentaine d’années, lesquels se comptent sur les doigts d’une main, ne sont même pas encore achevés», nous confient ces citoyens, venus à notre rencontre, pour nous faire part du grave problème qu’ils vivent actuellement. Aussi, ces derniers ont tenu à nous informer qu’en matière de l’aide à l’habitat rural, les pouvoirs publics avaient accordé de nombreuses subventions aux villageois qui, malgré tous les aléas et tous les sacrifices, ont pu réaliser un toit. «Nous sommes des ruraux, nous tenons à vivre sur les lopins de terre hérités de nos ancêtres, d’autant plus que nous ne pouvons pas et nous n’avons pas cet audace d’aller vivre dans des taudis dans des bidonvilles, pour pouvoir acquérir un logement, dans une cité à la périphérie des villes. Pour ce, nous avions sollicité une aide des pouvoirs publics dans le cadre de l’aide à l’habitat rural qui est actuellement de soixante dix millions de centimes et qui nous a été accordée dernièrement, mais, vu la conjoncture actuelle, cette somme est devenue dérisoire», se plaignent-t-ils. En effet, depuis le début de l’année en cours, suite à l’augmentation des prix des carburants, tous les matériaux de construction ont été revus à la hausse. «Depuis toujours, tout le monde sait qu’à M’Kira, tous les produits coûtent plus chers qu’ailleurs, et ce, à cause de son éloignement. Donc automatiquement, s’il y a une petite augmentation ailleurs, elle est trois fois ou quatre fois plus supérieure chez nous», ajoutent nos jeunes interlocuteurs. «Avec l’aide que nous avons reçu, nous ne pouvons rien faire, d’autant plus que le ciment, le fer, ainsi que le sable qui sont à la base de toute construction, ont connu une augmentation vertigineuse. Le ciment est à 1 700 dinars le quintal alors qu’il était à 1200 dinars, le fer (12) qui se vendait à 5 000 dinars le quintal est monté à 7 200 dinars, la même chose pour le sable dont la benne de tracteur se négociait à 3 000 dinars, et qui est, cédée actuellement à 4 800 dinars, soit une augmentation de plus de 70%. Sans oublier, évidemment le coût de la main-d’œuvre et tous les autres matériaux. Par ailleurs, avant de quitter nos interlocuteurs, d’autres se sont joints à notre groupe, lesquels nous ont confié «nous sommes des maçons et nous travaillions sur des chantiers à Tigzrit mais, depuis quelques temps, nous sommes au chômage, car notre employeur avait décidé de fermer ses chantiers, à cause de la cherté des matériaux de construction…».

Essaid Mouas